Lorsqu’il devint ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg disait dans sa déclaration de patrimoine n’avoir pour seul bien qu’un fauteuil signé du designer américain, Charles Eames. Le voilà nanti d’un nouveau siège, celui de vice-président du groupe Habitat. En charge de l’innovation, évidemment. Une reconversion étonnante pour celui qui fut à Bercy, au temps de sa splendeur gouvernementale, le chantre du « made in France » : le groupe auquel il appartient désormais produit 50% de ses meubles en Asie.
Le groupe CAFOM (But, Conforama) qui a racheté l’enseigne Habitat en 2011 et s’emploie depuis à lui redonner des couleurs pouvait-il trouver commercial plus flamboyant ? Montebourg qui a préféré démissionner de son poste de ministre avant d’être placardisé sera-t-il plus à l’aise dans la promotion de meubles design ?
Si l’on en croit le portrait que dresse du Bressan la journaliste Maud Guillaumin dans son livre fort bien documenté « Le Vicomte », Arnaud Montebourg devrait être aussi à l’aise dans la promotion de canapés et de lampes déco qu’en politique social-libérale à laquelle il ne croyait pas vraiment.
Rester dans le moule ? Non merci
Arnaud Montebourg est rarement là où on l’attend et jamais complètement dans le moule où il entend moudre son grain. En bonne journaliste qui ne laisse rien de son sujet au hasard, Maud Guillemin a enquêté longuement et recoupé ses sources plutôt deux fois qu’une. Aussi appuie-t-elle son propos sur des faits et des témoignages précis et conclut très vite après démonstration que le destin de ce natif de Saône-et-Loire n’est pas des plus lisibles tant il a cherché à se sculpter une stature de chef au- dessus des partis et à la marge du sien, le parti socialiste.
Très tôt Montebourg s’affirme comme un fonceur, un bretteur, un défenseur de la démocratie propre. Son ambition est grande et peu importe les « coups » qu’il doit mettre en œuvre pour atteindre son but. Qu’on se le dise on est avec ou contre lui et s’ il n’a plus besoin de vous, inutile d’attendre une reconnaissance.
Petit-fils de bouchers-charcutiers
Député, président de Conseil général, puis troisième homme avec 16% à la primaire du parti socialiste….Il y a de quoi avoir confiance en soi comparé aux 5% de Manuel Valls. Sauf qu’aujourd’hui l’homme aux 5% est Premier ministre et lui, après un stage de repreneur d’entreprise à la vice-présidence d’Habitat.
Vicomte pas vraiment. Petit-fils de bouchers-charcutiers à Autun du côté paternel et de Kabyles algériens du côté maternel, ce coq de Bresse grandit, fils unique d’une mère professeur d’Espagnol et d’un père inspecteur des impôts. Souvent, parce que son nom s’y prête, les gens ajoutent une particule à son nom ce qu’il réfute mollement, sauf quand il vaut mieux se déclarer prolo.
Dans l’aristocratie, il y est entré par mariage avec Hortense de Labriffe (1997-2010) dont les ancêtres remontent au XIIIème siècle, rencontrée à Sciences Po. Après son divorce, il a collectionné, d’Audrey Pulvard …. à Aurélie Filippéti.
Narcisse il l’est sans aucun doute, mais narcisse très talentueux. Avocat, il est secrétaire de la conférence de sa promotion, titre honorifique mais qui préfigure généralement une brillante carrière abandonnée pour cause d’entrée en politique. Il commence par dénoncer l’appartement qu’Alain Juppé s’était attribué dans les HLM de Paris, suivi d’un grand combat contre les tribunaux de commerce , légitime et justifié, mais étouffé par l’appareil d’État
Il a fini par se mettre à dos tout le PS
Au gouvernement il répète à l’infini qu’il ne faut pas laisser au FN le monopole du patriotisme, particulièrement en économie. Comme toute la classe politique, il n’a pas échappé à l’obsession FN. Il hurle contre avec elle mais, Il a fini par se mettre à dos tout le PS avec son arrogance et son côté bravache.
Du livre de Maud Guillemin, Arnaud Montebourg ne sort pas grandi. Pourtant avec sa capacité infinie à donner des coups de pied dans la fourmilière, il incite à une certaine bienveillance et mérite qu’on continue à s’intéresser à lui, surtout que ceux qui l’ont expulsé du champ politique n’en finissent pas de s’enfoncer. Espérons qu’ayant gagné le monde de l’entreprise, il mettra à travers elle ses talents au service du rayonnement de la France et à la multiplication de ses emplois. Reviendra-t-il en politique ? Pas exclu.
F.C.
“Le Vicomte”
Maud Guillaumin
Editions du Moment
236 pages 17,95 euros