De 2006 à 2012 Patrick Buisson a été le très influent conseiller de Nicolas Sarkozy. Conseiller de l’ombre car cet ancien professeur d’histoire proche des « néofascistes » Alain Renault et François Duprat n’aime rien tant que tirer les ficelles en coulisse.
Le secret où il peut élaborer toutes sortes de chantages est la matrice dans laquelle il tisse sa toile d’araignée. Son univers truffé de thèses identitaires a explosé en 2014 sous le coup d’une révélation : Patrick Buisson, ex-directeur de la rédaction de « Minute », journal proche de l’extrême droite, qui se veut le rassembleur de la droite souverainiste et de la droite nationaliste, avait la manie de cacher un dictaphone dans sa poche grâce auquel il enregistrait, des coups de fil, toutes les réunions auxquelles il participait y compris ses têtes à têtes avec le chef de l’État.
Ministres, conseillers, chefs d’entreprises, journalistes, directeurs de chaînes, nul n’échappait à l’enregistrement. Une mine d’or pour leur propriétaire, un pouvoir occulte, une envie de domination à satisfaire à tout moment. Une habitude prise dans sa jeunesse d’agitateur anti –Mai 68 à Nanterre et soigneusement conservée.
Après la défaite de Sarkozy, les peurs se sont évanouies, les langues déliées, et certains de ceux qui avaient subi la paranoïa de celui qui avait obtenu en remerciement la direction de la chaine « Histoire » se sont éloignés et vengés. Alors Nicolas Sarkozy a découvert avec stupeur que Buisson le désignait par les affectueux vocables du « Nain, le Petit, Naboléon, talonnettes, le zinzin, ou encore tête creuse ».
Les auteurs du livre, Ariane Chemin et Vanessa Scheider, toutes deux grands reporters au Monde ont produit un livre de journalistes très documenté pour lequel elles ont démultiplié et recoupé les sources. Le récit va d’une écriture alerte au plus près de la vérité, bâti uniquement sur des faits, des textes et des enregistrements vérifiables. Si l’ensemble est très intéressant , très instructif et mérite une lecture attentive on peut retenir quelques temps forts qui illustrent le tempérament et les idées du personnage central comme un parfait mélange des genres ( conseiller et directeur de la chaîne Histoire) sa proposition de revenir sur les accords d’Evian, son rôle auprès de Jean-Luc Mélanchon mais aussi auprès de ses poulains, Laurent Wauquier et Guillaume Peltier.
Le poulain Guillaume Peltier
Peltier apparait dans le livre à la page 134 « Guillaume Peltier, Geoffroy Didier, Jérôme Lavrilleux, le bras droit de Jean-François Copé… Patrick Buisson s’est toujours entouré d’hommes plus jeunes que lui, petits Rastignac avenant qu’il guide dans l’ombre ». Ses protégés font avancer ses idées, lui se bat pour les placer à des postes-clé, pour en faire des relais. Dans le chapitre consacré à la Droite forte, page 207, « Voilà quelques années que l’idéologue d’extrême droite a repéré le jeune Peltier. Né en 1976, le garçon a le profil idéal. Son sourire juvénile et son aisance médiatique en ont fait un chouchou des plateaux de télévision. “Une merveille” s’extasie Buisson » qui le recommande à Nicolas Sarkozy . Après des classes au Front national, professeur d’histoire comme Buisson, il se lance sur les conseils de celui-ci en 2008 dans l’analyse des sondages avec sa société de conseil Com 1+ dont il facture les services aux élus du parti. Buisson aide aussi le tandem Geoffroy Didier-Guillaume Peltier à créer La Droite forte avec son credo « le rassemblement des classes moyennes, des catégories populaires, de la France périurbaine et rurale, qui souffrent du déclassement social et identitaire et qui sont les grands perdants de la mondialisation » Du Buisson dans le texte, bien que le tandem jure la main sur le cœur que le conseiller occulte ne leur a soufflé aucune idée ». (Page 212)
Nicolas Sarkozy jure qu’il ne veut plus entendre parler de son conseiller, mais concluent les deux auteures : « en politique, les anges du pardon peuvent parfois absoudre les mauvais génies ».
F.C.
« Le mauvais génie »
Ariane Chemin, Vanessa Schneider
Fayard , 306 pages, 19 euros