Honte à moi. Jusqu’à une période récente, jusqu’à ce qu’il remporte le prix Alexandre Vialatte, j’ignorais tout de l’écrivain Jacques A. Bertrand, natif d’Annonay, Ardéchois de culture et de cœur.
Après avoir découvert, à l’âge de dix ans et demi, qu’il pouvait toucher et faire rire son entourage en racontant sur un cahier d’écolier l’opération qu’il venait de subir au genou, Jacques A. Bertrand décide de devenir poète, “nouvelliste, romancier, chroniqueur – écrivain en tout cas”. Après son baccalauréat (philosophie), et entre à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille.
Il devient ensuite journaliste professionnel pendant une douzaine d’années, avant d’écrire et de publier des livres. En 1995 il reçoit le prix de Flore pour son livre « Le Pas du Loup » et cette année le prix Alexandre Vialatte.
Je me suis donc plongée dans “Brève histoire des choses” qui lui a valu cette distinction et j’ai senti la honte m’envahir de n’avoir point lu plus tôt des textes d’un esprit aussi drôle qui emploi une langue belle simple et juste. Jacques A. Bertrand promène son regard sur les objets qui l’entourent ou qu’il croise et leur invente une philosophie bien à lui déjantée si l’on veut mais pleine de bon sens. Prenez un morceau de savon, savez-vous que « rien ne ressemble plus à l’Homo sapiens sapiens que le savon » ? Leurs existences qui vont en parallèle nous apprennent que Ponce Pilate se lavait déjà les mains et que lorsqu’« on embaume l’Homme. On jette le savon».
Il faut aller découvrir l’histoire du cadenas, celle du chapeau, du barbecue, de la perceuse ou encore de l’animal de compagnie pour se demander avec l’auteur « qui embrasser le 29 janvier, journée mondiale des lépreux ? »
Humour en demi-teinte gentiment subversif, écriture ciselée méditation profonde qui se dégustent lentement. Un vrai bonheur.
Françoise Cariès
Brèves histoires des choses
Jacques A. Bertrand
Julliard, 140 pages 16 euros