Préparée dans le plus grand secret, une cargaison de matériels militaires commandée par le Qatar et dissimulée sous une autre appellation est restée en rade sur le tarmac de Bricy pendant des mois. Les Qataris avaient changé d’avis. C’était en 2012. Dans le plus grand secret, en violation de l’embargo européen, la France livrait des armes à certains insurgés syriens dans l’espoir qu’un rééquilibrage des forces sur le terrain convaincrait Assad d’accepter une issue politique.
Journaliste spécialisé dans le suivi de la politique étrangère, Xavier Panon a noté au jour le jour les informations recueillies et a comparé les décisions prises sous Sarkozy et sous Hollande, nos deux “Chantecler présidents”. D’un côté, Sarkozy, “l’atlantiste et l’occidentaliste”, qui fait la leçon à Obama, ami puis ennemi d’Assad et Kadhafi. De l’autre, « Hollande l’urgentiste », confronté au cynisme de Poutine et au lâchage d’Obama, s’impose en chef de guerre contre les djihadistes d’Aqmi au Sahel et les massacreurs de Daech en Irak.
Il en résulte un livre copieux, fourmillant d’informations minutieuses. Au fil des pages on avance pas à pas dans les coulisses de notre diplomatie
Au cœur des négociations au sommet
Les confidences « off » des principaux acteurs de la diplomatie et des Armées, entrainent le lecteur au cœur des négociations au sommet. Elles illustrent les rapports différents de Sarkozy et Hollande avec Angela Merkel, comme avec Pékin, Washington, ou le Qatar. Entre continuité et volonté de se démarquer, ils offrent le spectacle de deux présidents, l’un transgressif, l’autre consensuel, qui se veulent porteurs de valeurs “universelles” et d’un rôle mondial pour la France de Charlie.
A bien des égards, avec des styles et des tons différents ils mènent sur le fond des politiques étrangères proches. Tous deux ont constaté que « la France doit désormais travailler davantage en réseaux être utile ». La France s’éloigne de la politique Gaullo-Mitterrandienne basée sur l’indépendance. Elle défend ses intérêts mais a admis comme l’ensemble des pays occidentaux qu’il n’y a plus de maîtres du monde, qu’il est bon de jouer sa carte au cas par cas pour tenir son rang.
Xavier Panon a choisi d’exposer les faits chronologiquement dans une suite de courts chapitres. Cela a le mérite d’être clair mais ne facilite pas la lecture. Ce sera un avantage pour les historiens qui trouveront dans ce livre une mine de renseignements facilement repérables et bien sourcés.
Françoise Cariès.
« Dans les coulisses de la diplomatie française »
L’Archipel 480 pages 22 euros