Il y a des maladresses surprenantes surtout lorsqu’elles viennent d’un politique aguerri et en charge d’un ministère important. Interrogé mardi soir sur LCI au sujet du communautarisme de Molenbeek, notre ministre des Finances, Michel Sapin a déclaré: “Je ne sais pas s’il faut dire la Belgique en tant que telle, mais je pense qu’il y a eu une volonté ou une absence de volonté de la part de certains responsables politiques, peut-être par envie de bien faire, peut-être par sentiment que, pour permettre une meilleure intégration, il faut laisser des communautés se développer, peut-être aussi une forme de naïveté.”
Et de donner dans la foulée la France en exemple : “Nous savons, et la France le sait peut-être plus encore que d’autres, que ça n’est pas la bonne solution…. Lorsqu’un quartier est en danger de se communautariser, on doit agir, on doit agir par une politique de la ville, par une politique d’intégration, par l’école, par la langue. Face au communautarisme, il faut agir ». Les Belges, et on les comprend, n’ont pas apprécié de tels propos qui ont immédiatement suscité de vives réactions en Belgique comme en France.
Invité du 20 heures de France 2, le ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, a réagi, en direct. Il a concédé que le débat sur le communautarisme existait en Belgique avant d’inviter ses homologues français à «regarder en face, ensemble les problèmes qui se posent y compris dans les banlieues françaises». Enfin il a a également regretté que cette remarque ait été prononcée dans un moment où « l’unité s’impose ». Sur France France Info, Laurette Onkelink, vice-présidente du parti socialiste belge, s’est indignée à son tour : « C’est indécent par rapport à un peuple qui souffre, qui est sous le choc. On a besoin de solidarité, pas de donneurs de leçons », a-t-elle asséné.
Valls se démarque de son ministre
Interrogé ce mercredi dans la matinale d’Europe 1, notre Premier ministre s’est élevé contre les propos tenus par son ministre des Finances : « Nous ne voulons pas donner de leçons à nos amis belges. La France a aussi des quartiers sous l’emprise des trafics de drogue et de salafistes. On a fermé les yeux mais partout en Europe et aussi en France, sur la progression des idées extrémistes du salafisme dans des quartiers qui à travers ce mélange de trafics de drogues et d’islamisme radical ont perverti une partie de la jeunesse».
S’étant rendu à Bruxelles pour participer au nom de la France à la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de l’aéroport et du métro, Manuel Valls, lors d’une conférence de presse avec son homologue belge, Charles Michel, a déclaré « n’avoir jamais ressenti la moindre naïveté et le moindre angélisme de nos amis belges. Nous sommes frères, cousins, nous aimons nous titiller, mais nous sommes unis face à l’épreuve » .
De nombreux parlementaires français ont également affirmé leur désolidarisation avec les propos de Michel Sapin. L’entourage de celui-ci a immédiatement précisé que « le ministre n’avait pas eu la volonté d’épingler la Belgique. Son propos était plus général sur le terrorisme ».
Dès mardi soir, Michel Sapin a adressé un message d’excuse à Johan Van Overtveldt, son homologue belge, pour « la polémique et lui redire toute sa sympathie »
F.C.