
Abdelkader Damani
La vacance du poste de directeur du Frac (Fonds Régional d’Art Contemporain) pendant 2 ans a conduit à l’annulation en 2015, de la Biennale Archilab, manifestation autour de l’architecture de réputation internationale, privant ainsi Orléans d’un incontournable outil de notoriété pour la ville: no comment sur l’incurie des responsables de ce résultat calamiteux…
Qu’à cela ne tienne, le nouveau directeur du Frac, arrivé en juin (voir Magcentre), Abdelkader Damani, présentait à la presse ce mercredi soir, en présence du Président de la Région, François Bonneau, du préfet Nacer Medah, et de Muriel Cheradame, maire-adjoint d’Orléans, son projet pour le Frac des prochaines années. Et c’est un directeur pour le moins turbulent qui a décidé de faire (re)vivre ce lieu bien nommé “Les Turbulences” avec un programme aussi innovant qu’ambitieux.
« l’esthétique, c’est prendre conscience de la diversité des peuples »
Bernard Blistène
Tout d’abord, comme pour rattraper le temps perdu, le nouveau directeur se propose d’organiser deux biennales, toujours en octobre, avec alternativement, les années paires une biennale consacrée à l’art contemporain intitulée “Ne pas séparer des mondes”, avec une première en 2018, et les années impaires, donc dès 2017 une biennale consacrée à l’art et à l’architecture intitulée “Marcher dans les rêves d’un autre”.
Cette biennale impaire sera évidemment l’héritière des 9 éditions précédentes d’Archilab, bâti sur la rencontre entre un territoire riche d’un patrimoine architectural exceptionnel et la collection non moins exceptionnelle de dessins, maquettes et esquisses d’architecture du Frac Centre Val de Loire, la troisième au monde après New York (MOMA) et Paris (Beaubourg), collection qui continue de s’enrichir par des acquisitions et des dons comme celui que vient d’effectuer l’architecte et scénographe Patrick Bouchain.
Mais la préparation de cette biennale 2018 va aussi susciter un important travail collectif qui s’effectuera, comme le souhaite Abdelkader Damani, avec des groupes de réflexion formés de citoyens, d’élus, d’étudiants, de scientifiques et bien sûr d’architectes et d’urbanistes autour de trois axes définis: Réaliste, Utopiste, Historique. Étape clef de cette préparation, le symposium “Our Common Future” prévu en octobre 2017, qui regroupera les villes du monde, peu nombreuses il faut le dire, organisant des manifestations sur le thème de l’architecture: Shenzen, Lisbonne, Oslo, Chicago, Londres et Rotterdam.
“L’art, c’est fabriquer du sens”
Autour de ces deux événements rythmant et structurant l’action du Frac, l’un des plus fréquenté de France, le nouveau directeur veut impulser une nouvelle dynamique, d’abord en multipliant les initiatives en direction du public pour le familiariser à la fréquentation du lieu, avec un programme d’expositions, mais aussi d’ateliers plus ou moins ludiques, de conférences ou de voyages thématiques, ou des propositions plus extravagantes comme la possibilité de dormir au Frac lors des journées du patrimoine…
Autre idée elle aussi un peu provocatrice, celle de vider les réserves du Frac de ses 19.000 œuvres en stock en les dispersant dans d’autres lieux d’exposition bien sûr, mais aussi dans des lieux publics comme les piscines par exemple, et pourquoi pas les abribus ou chez les particuliers…
Vaste programme donc pour ce lieu, dont le directeur rappelait qu’il n’a d’autre mission que “d’apprendre au public à s’émouvoir”.
Gérard Poitou