Macron central

Pierre Allorant

Pierre Allorant

Par Pierre Allorant

Rond central et surface de réparation

Un mois avant que toute l’Europe n’ait l’œil fixé sur le rond central de nos stades et leurs surfaces de réparation d’une crise de confiance dont l’abcès sera percé par le référendum sur le « Brexit », le microcosme – cher à Raymond Barre – bruisse sur le cas Macron, au centre d’un échiquier politique où trente années d’alternance et de cohabitation ont relativisé le clivage droite/gauche, surtout pour les plus jeunes électeurs, propulsant médiatiquement le sémillant ministre qui rappelle aux plus anciens commentateurs l’ambitieux titulaire des finances de la rue du Louvre au temps du gaullisme finissant, le « mirobolant » défenseur du « oui, mais », VGE.

Remonter sur son cheval

Cette fixation médiatique sur « l’Amiénois, cœur fidèle » est entretenue par le doute persistant sur la capacité du président sortant à « remonter sur son cheval » de candidat, rejouant ainsi l’interrogation des militants du RPR du siècle dernier, à la suite de la nouvelle défaite électorale de leur champion, Jacques Chirac, en 1988 face au roué François Mitterrand. Comme le souligne l’actuel locataire de l’Elysée, dont le bail est d’autant plus fragile que ce type d’expulsion redevient légal au printemps 2017, aucun successeur de De Gaulle n’a été réélu en-dehors des deux miraculés des cohabitations, Mitterrand et Chirac, qui avaient la chance de cumuler la légitimité du sortant et l’impunité politique, la charge de la preuve du bon bilan reposant sur les épaules du premier ministre, Chirac en 1986, Jospin en 2002.

Fêter Jeanne d’Arc loin du vieux menhir des Pyramides

JEANNEDARC_10_EBS’il s’agit bien de remonter en selle, la présence d’Emmanuel Macron pour présider les fêtes de Jeanne d’Arc du 8 mai 2016 tombe à pic. Loin de la piste de l’Arena de Bercy, le jeune ministre aura tout loisir de s’imprégner de l’atmosphère populaire d’une commémoration urbaine traditionnelle, très étrangère au rituel croupion du vieux leader frontiste place des Pyramides le 1er mai, là où la fin de sa carrière politique vous contemple, butte témoin de six décennies d’extrême droite depuis son élection de plus jeune député poujadiste en 1956.

Une ville en marche

À Orléans, depuis bientôt six siècles, la fête de la libération de la ville est, tout à l’inverse, un moment consensuel de fierté urbaine, civique et patriotique, de vrai rassemblement populaire. Incarnation de la République au Panthéon, Jean Zay y a défilé comme élu du Front populaire puis comme ministre en 1939 sous la présidence d’Albert Lebrun. Plus près de nous, les quatre premiers présidents de la Cinquième République, de De Gaulle à Mitterrand, ont honoré de leur présence le défilé républicain, comme leurs premiers ministres Debré, Chaban, Rocard. Comment ne pas analyser la rupture de cette tradition par les deux derniers « quinquennarques » comme le symptôme supplémentaire d’un étiolement, voire d’un abaissement durable, de l’autorité présidentielle ?

François Bonneau et Manuel Valls

François Bonneau et Manuel Valls

Le fait qu’Emmanuel Macron ait saisi au bond l’invitation opportune d’Olivier Carré ne peut qu’être mis au crédit de la sagacité et du sens politique de ces deux acteurs. Dépoussiérer, rajeunir et communiquer une nouvelle image de la ville et de ses fêtes pour l’un, montrer « en marche » sa conception éloignée de tout sectarisme, populaire d’une ambition nationale pour l’autre, ancien secrétaire de Paul Ricoeur, l’auteur de L’histoire, la mémoire, l’oubli : le « gagnant-gagnant » cher à Ségolène Royal semble de mise. On s’étonne qu’un féru de communication politique tel que Manuel Valls n’ait pas saisi plus tôt la balle au bond, lui qui, à l’instar de son équipe fétiche du FC Barcelone, paraît actuellement privé de ressort, coincé près de son poteau de corner sécuritaire, dépouillé de son éphémère atout de la transgression.

Euro comme Dieu en France

Ce rebond, ce second souffle, l’organisation et l’accueil d’un grand événement, a fortiori sportif, peut en offrir l’opportunité. La réussite de la Cop 21, pourtant au lendemain des tragiques attentats de Paris, a confirmé la capacité de la France à être au rendez-vous, ce qui est loin d’aller de soi comme en témoignent les sueurs froides actuelles du Brésil à quelques mois des Jeux de Rio. Jeux olympiques de 1900 et 1924, Coupe du monde de football de 1938, Euro de 1984, Mondial de 1998, ces grandes compétitions accueillies à Paris, avant les JO de 2024, offrent un instantané des joies et des doutes d’une époque, un portrait de groupe à un moment particulier de la vie de la nation, des accords de Munich à l’état d’urgence prolongé de 2016.

Rassemblement populaire

JEANNEDARC_06_EBDu 10 juin au 10 juillet, Magcentre fera le lien des « étranges lucarnes » aux tablettes, avec les regards décalés de ses chroniqueurs, leurs débordements d’ailiers droit et gauche. Souhaitons-nous, loin du déclinisme et du dénigrement de soi qui plombent le pays depuis …1998, de jouir, au moins pour un mois, loin, très loin, des débats avilissants sur la déchéance, d’un moment de ferveur, pas uniquement nationale. « Du pain et des jeux » ? Certes, mais « le pain, la paix, la liberté », n’était-ce pas le slogan, il y a tout juste 80 ans, du Front populaire ? Un gouvernement qui, avec Jean Zay, avec Pierre Dezarnaulds, député-maire de Gien, avec Léo Lagrange, a mis au premier plan l’éducation, la culture et le sport pour tous. La belle équipe ? À nous la liberté !

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