Et l’on s’étonne des velléités de Brexit ?

Gérard Hocmard

Par Gérard Hocmard

Bon, d’accord, les Britanniques sont entrés en Europe à reculons et après coup, en imposant d’emblée des conditions que le général De Gaulle n’aurait jamais acceptées (souvenons-nous de son célèbre : « je la veux toute nue ! »). Ils ont ensuite sans cesse négocié des concessions, exemptions et rétrocessions, avec par ailleurs une lourde responsabilité dans l’élargissement à coup sûr prématuré et en tout cas inconsidéré de l’Union européenne. Ce n’est pas à un anglophile transi – au sens où l’on parle d’amoureux transi – qu’on l’apprendra.

Si l’on peut regretter l’attitude des gouvernements britanniques successifs, on peut quand même tenter d’en comprendre la raison en essayant de se mettre dans leur peau. Même s’ils sont partisans de l’Europe, les Britanniques partagent avec leurs compatriotes tenants du Brexit le souci de garder le contrôle de leur destin, en conservant celui de leur justice, de leur monnaie et des entrées sur leur territoire. Tout en étant depuis longtemps en avance sur leurs homologues européens pour ce qui est du taux d’application des directives européennes, ils ont toujours été intraitables sur le principe de subsidiarité, c’est-à-dire le principe selon lequel chaque pays aurait la possibilité de faire les choses à sa façon et selon ses habitudes plutôt que de se voir imposer une même façon de faire décidée à Bruxelles. Pour ce qui est de l’immigration en Grande Bretagne, notons au passage qu’elle est loin d’être nulle comme on le croit généralement sur le continent, mais qu’elle est choisie, quitte à ce que Calais soit hélas le réceptacle de l’immigration non autorisée.

Appelez cela du nationalisme, de l’égoïsme ou tout ce que vous voudrez. Mais est-on si sûr que si les Français étaient interrogés sur ces points, ils auraient – toutes options politiques confondues – des réactions bien différentes ?

Si l’on veut bien se souvenir que l’Europe que l’on nous promettait devait représenter une force capable de résister à la menace soviétique – à l’époque – et à l’hégémonie américaine, que l’axe franco-allemand devait nous assurer prospérité, sécurité, paix et tout, il faut avoir la fibre européenne chevillée au corps pour vouloir encore y croire et garder l’idéal que l’on s’était forgé. Des pans entiers de notre industrie ont disparu, notre agriculture est à l’agonie et, après avoir dû gérer le chaos politique créé dans les Balkans par une Allemagne pressée de faire exploser la fédération yougoslave, nous voici à la remorque d’une Angela Merkel qui veut faire avaliser à l’Union européenne le TAFTA qui profitera à son économie et a mis devant le fait accompli une Europe championne des droits de l’homme en cédant au chantage du sultan de Turquie museleur des libertés publiques, massacreur de Kurdes et à l’attitude plus qu’ambiguë à l’égard de Daech…

Et l’on s’étonne qu’il y ait, à 37 km de nos côtes, des gens qui souhaitent quitter l’ « Union » européenne ou l’amener à une réforme fondamentale ?

Gérard Hocmard

Commentaires

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  1. Cher Gérard,

    permettez-moi de ne pas partager votre point de vue sur la responsabilité allemande dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Certes les Allemands avaient de grandes habitudes de passer leurs vacances sur la côte Croate, mais on ne peut pas les accuser d’avoir incité ces fameux Croates à encercler l’armée fédérale dans ses casernes, puis à lui couper l’eau et le ravitaillement, et à détruire les maisons des Serbes à coup de grenades. Je ne vois pas non plus de responsabilité allemande dans ce qui s’est passé à Sarajevo ou en Macédoine entre autres.
    Je précise que les commerciaux allemands ont été à l’oeuvre très vite pour conquérir de nouveaux marchés, notamment dans la calme Slovénie, tout comme ils l’ont fait dans une grande partie des nouveaux états issus de l’ex-Union soviétique, pendant que nous nous contentions d’apporter un peu d’aide humanitaire symbolique.

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