Passionné par le patrimoine au point de s’engager dans sa défense et de prendre la tête d’une croisade hexagonale en sa faveur, Stéphane Bern qui a présidé les fêtes de Jeanne d’Arc avec le succès que l’on sait n’en finit pas de déployer sa puissance de conviction en la matière. A la veille des journées du patrimoine et à la suite de la sortie de son livre « Sauvons notre patrimoine » le propriétaire du collège royal militaire de Thiron-Gardais dans le Perche a accordé une interview à Magcentre. L’animateur qui fourmille d’idées y annonce qu’il restera un soutien indéfectible du patrimoine.

Stéphane Bern un fan des Orléanais et d’Orléans en 2014.
Interview
Magcentre : Quel souvenir gardez-vous de votre déambulation orléanaise pour les fêtes de Jeanne d’Arc ?
Stéphane Bern : Excellent. Ce fut fabuleux. J’ai mis le feu à Jeanne d’Arc, pas à son bûcher c’était trop tard. (Rires)
Magcentre : D’où vous vient ce goût pour le patrimoine ?
SB : Cela remonte à mon enfance. J’ai très tôt compris qu’il incombe à chaque génération de transmettre le patrimoine dont elle hérite, qu’elle doit le laisser dans le meilleur état possible à celles qui suivront. Notre patrimoine n’opère aucune distinction entre les Français et les êtres en général. Il n’établit aucune barrière sociale, aucune hiérarchie. Il s’offre simplement aux regards et aux imaginations comme il le faisait avec nos prédécesseurs et comme il le fera avec nos descendants.
Magcentre : Certes mais il y a patrimoine et patrimoine, des petits, des grands, de différentes sortes…
SB : Je ne fais pas de distinction. Tous les patrimoines méritent considération. Il faut faire comprendre aux maires et à l’ensemble de nos concitoyens que le patrimoine n’est pas un luxe mais une nécessité. Il n’est pas un coût mais un investissement pour le développement touristique des villes et des villages. Le patrimoine dope l’économie locale et développe l’attractivité du territoire. Il est également créateur d’emplois et de richesses. Les pierres nourrissent les hommes et les femmes. J’ai été agacé qu’on puisse débloquer 450 millions d’euros pour rénover le Grand Palais à Paris alors que le patrimoine rural ou artisanal intéresse peu. Les joyaux sont partout. Restaurez un monument historique et les commerçants s’installent, les visiteurs affluent.
Magcentre : Certes mais pour son entretien et sa mise en valeur le patrimoine a besoin d’argent. C’est d’ailleurs pour cela que vous avez créé le loto du patrimoine, une goutte d’eau dans l’océan des besoins.
S.B : De l’argent il en faut et j’ai souvent rappelé que le loto du patrimoine ne saurait être l’alpha et l’oméga de la sauvegarde de nos monuments en péril. Mais il aura eu le mérite de provoquer une prise de conscience générale face à l’urgence du patrimoine. Malgré un prix de vente de 15 euros le ticket, l’opération a récolté 20 millions d’euros en deux tirages soit 30% de plus qu’un loto ordinaire. La troisième session démarre le 21 septembre et j’espère récolter encore plus.
Magcentre : Vous dites vous être intéressé au patrimoine tout petit. Mais quand avez-vous pris conscience du petit patrimoine ?
SB : A quinze ans j’ai pris conscience que si 50% des français vivaient dans les villes, les 50% autres demeurent à la campagne. J’habite dans le Perche à Thiron-Gardais où j’ai pu expérimenter la fracture entre villes et campagnes, dans ces moments où privé de la 4G et d’autres services, on se demande pourquoi on devient un sous-citoyen. Il faut tout faire pour donner l’envie aux gens de rester et de vivre dans nos villages. Oui je suis très frappé par cette fracture et je n’ai pas attendu la crise des « Gilets jaunes » pour m’en apercevoir. Il y a un produit du bonheur brut dans les villages à inventer.
Magcentre : Puisque nous venons d’évoquer Thiron-Gardais, le bruit court que vous êtes ruiné à cause de cet achat. Qu’en est-il ?
S.B. hillare : J’ai dit à un journal de la presse people que je m’étais ruiné pour ce bâtiment. On a aussitôt colporté sans le vérifier le bruit que j’étais ruiné.
Magcentre : Le patrimoine bénéficie de votre notoriété médiatique mais à cela est venu s’ajouter un côté institutionnel. Dès 2017, Emmanuel Macron vous a nommé à la tête d’une mission pour le patrimoine visant à identifier les sites locaux en péril avec le concours d’organismes dont la Fondation du patrimoine. A un moment vous aviez menacé de démissionner. Où en sont vos relations avec le président de la République ?
SB : J’entretiens avec lui et son épouse des relations d’amitié mais cela ne m’empêche pas quand le besoin m’en semble nécessaire de formuler des critiques. Je me suis opposé à la loi ELAN, au contournement de Bénac dans le Lot, par exemple ou encore contre les éoliennes. Tout en restant du côté du pouvoir je resterai fidèle à mes combats et pour terminer, à tous ceux qui se désolent de ne pouvoir visiter ma chambre à coucher et ma salle de bain à Thiron –Gardais, je dis qu’ils pourront le faire après ma mort car je léguerai tout à l’Etat…
Recueilli par Françoise Cariès