À l’occasion des élections municipales, on retrouvera à chaque fois cinq listes dans la préfecture et les sous-préfectures du département. On note cependant plusieurs disparités selon les territoires. Pas de camouflage à l’extrême gauche, et plutôt deux fois qu’une, à Bourges et à Vierzon. Par contre si l’extrême droite sera représentée officiellement par le RN dans la capitale du Berry, elle le sera mais plus ou moins masquée dans la deuxième ville du Cher. À Saint-Amand-Montrond, les extrêmes des deux bords ont fait l’impasse.
À Bourges, le futur maire aura, avec Bourges Plus, à gérer l’épineux dossier de l’ancienne Maison de la culture. Photo Magcentre
Par Fabrice Simoes.
Dans un département du Cher où 210 communes n’auront qu’à valider une seule liste, soit près de 75% des villes et villages, la préfecture et ses sous-préfectures font figure de cas à part. Même si, à chaque fois, cinq listes ont été déposées et validées : ce seront trois villes trois ambiances puisque chacune aura ses spécificités politiques. Par exemple, à Bourges et Saint-Amand-Montrond, les maires sortants repartent devant les électeurs pour le poste de premier magistrat de leur commune, il n’en est pas de même à Vierzon. La maire actuelle est certes bien là mais en fin de liste… Une certitude, quelle que soit la commune, les partis officiellement déclarés comme extrémistes par le ministère de l’Intérieur (classification validée par le Conseil d’État) ne manqueront pas dans le département du Cher.
Large choix des extrêmes aux divers à Bourges
Sur les panneaux d’affichage réglementaires de Bourges, le compte est bon avec la liste d’extrême droite officielle du parachuté Ugo Iannuzzi (RN) et deux listes d’extrême gauche avec Colette Cordat (LO) et, selon le nouveau classement du ministère de l’Intérieur, Marion Récher (LFI). Si on ajoute les deux listes siglées « divers », l’une à droite emmenée par le conseiller d’opposition Philippe Mercier, l’autre à gauche conduite par le maire sortant Yann Galut l’addition est juste.
Dans l’ordre, le premier, responsable de la communication du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, est originaire du Val-de-Marne. En 2022, il avait représenté le RN dans la 7e circonscription de ce département, celle de L’Haÿ-les-Roses, avant de faire campagne aux législatives dans la 1re circonscription du Cher en 2024. La seconde est là depuis toujours et entend démontrer que la voix des travailleurs existe encore et encore. Pour la troisième candidate, ce sera la première campagne en tête de liste LFI. Depuis l’éviction de Yannick Bredin de la majorité municipale, Insoumis adjoint au maire, le parti mélenchoniste a repris son indépendance. Le quatrième a été le premier adjoint de Pascal Blanc (Parti radical), maire de la mandature précédente. En 2020, il avait échoué à conserver l’hôtel de ville dans le giron de la droite. Le cinquième, quant à lui, devrait jouer sur la corde sensible des points positifs de son bilan avec en tête de gondole la nomination de la cité berruyère au titre de capitale européenne de la culture 2028.
Très divers dans le Boischaut
Dans le Boischaut, le maire des années 2010, que l’on peut classer divers droite, Thierry Vincon (St-Amand ma ville) fait un retour surprise devant les électeurs. Il souhaite revenir aux affaires après une mandature que, de l’extérieur, il n’a pas vraiment appréciée. Même s’il ne l’avait pas choisi pour lui succéder, en 2020, il avait laissé les commandes de la ville à son ancien directeur de cabinet, Emmanuel Riotte. Ce dernier, divers droite aussi, a alors été élu au premier tour. Il est candidat à un deuxième mandat. Toujours au chapitre de la diversité de droite, on retrouve Marie Blasquez, cheffe d’entreprise et de l’opposition municipale sortante. Sur un territoire où la gauche a toujours eu besoin d’union pour exister, ce sont cependant deux listes concurrentes qui complètent le panel électoral. L’une est conduite par un Normalien, secrétaire de la section Saint-Amandoise du Parti socialiste, Antoine Le Vilain. Il a été désigné tête de liste par le collectif Saint-Amand Citoyens. L’autre, Dominique Larduinat (PCF), vient de passer un mandat dans l’opposition municipale divers gauche avec Sylvie Olivier. Ils veulent s’appuyer sur cette expérience immersive pour porter les espoirs d’une liste « de la gauche humaniste, écologique, progressiste et citoyenne ».
À Vierzon, l’extrême droite avance masquée
À Vierzon, après de nombreuses années d’une large union de la gauche, la majorité municipale s’est quelque peu délitée. Depuis trois mandats, des maires issus du Parti communiste ont présidé aux destinées de la ville. Pour le prochain mandat, quels que soient les vainqueurs, le maire ne sera pas issu du PCF… Pour ces élections municipales, l’union des gauches, hors LFI, sera conduite par une non-encartée, Maryvonne Roux. Elle a cependant été adoubée par le Parti communiste et la plupart des partis de la gauche locale.
Désormais, LFI fait donc cavalier seul. L’ancien conseiller mélenchoniste de la majorité municipale Thibaud Lhonneur avait déjà choisi de reprendre sa liberté de penser avant la fin du mandat. C’est lui qui conduira l’une des deux listes d’extrême gauche. La seconde sera portée par l’inusable Régis Robin (LO) à la tête de l’éternelle liste des travailleurs.
Cela dit, la deuxième ville du Cher sera aussi la deuxième grande ville du département à potentiellement pouvoir basculer à l’extrême droite. En effet, malgré des dénégations à répétition, comment ne pas cataloguer la liste de Yannick Le Roux, très présente sur les réseaux sociaux, autrement. Certes, elle ne comprend pas que des colistiers encartés mais compte huit d’entre eux membres du RN, et plusieurs autres bien marqués au bout du bout de la droite. Associés aux soutiens d’Identité-Libertés de Marion Maréchal, de Reconquête ! d’Éric Zemmour, de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, et celui moins visible mais prégnant d’Alexandre Avril, le candidat sans étiquette, lui aussi, à la mairie de Salbris et vice-président de l’UDR, le parti d’extrême droite d’Éric Ciotti, difficile de ne pas faire un rapprochement.
Au milieu de tout ça, l’ancien président départemental de La République en marche, Ahmed Taoussi, et sa liste très centriste, vont avoir bien du mal à se faire entendre.
Plus d’infos autrement :
À Bourges, l’ancienne Maison de la Culture se réinvite dans la campagne municipale