Des « Histoires à voir » au château de l’Étang à Saran

Dans la galerie du château de l’Étang, à Saran, une exposition colorée tape à l’œil : les « Histoires à voir » de Jean-François Lemoult, accompagnées des mobiles de Daniel Guy. Jusqu’au dimanche 26 avril, le public peut découvrir l’univers singulier du peintre loirétain, qui raconte des histoires et fait resurgir les souvenirs d’enfance.
 

Jean-François Lemoult dans la galerie du château de l’Étang. Crédit : CG.



Par Charlotte Guillois.


Jean-François Lemoult a appris le métier d’ébéniste à Orléans, puis s’est formé au procédé de la marqueterie pendant un an à l’école Boulle. S’il a toujours aimé dessiner, la vocation de peintre ne s’est imposée que tardivement, à l’âge de la retraite, lorsque son amie lui a glissé pinceaux et tubes de peinture entre les doigts.

Si la matière et la technique lui plaisent, l’impression de peindre comme tout le monde le dérange. Alors, Jean-François décide de créer sa patte, en appliquant à la peinture la technique de marqueterie, qui consiste, en ébénisterie, à assembler différentes pièces de bois. Sur la toile, cela se traduit par l’application de couleurs juxtaposées. L’autre particularité de sa technique, c’est de ne jamais tracer de courbe : il déstructure le motif originel pour ne travailler qu’avec des lignes droites, réalisées au scotch. « Cela crée un effet très intéressant, dans la mesure où c’est le cerveau qui perçoit les courbes », explique le peintre. Et en effet, face à l’un de ses tableaux, la magie opère : on peine à croire que ce ne sont que des droites.

Une peinture aux couleurs de l’enfance

Jean-François Lemoult travaille d’après photos. Les sujets sont variés : « ce sont des paysages, des oiseaux, des silhouettes ou bien des immeubles. » Il utilise des clichés qu’il prend lui-même lors de ses balades à vélo, mais aussi des photos envoyées par ses amis, ou encore des publicités issues de revues vintage. L’artiste varie les inspirations, au gré de ses envies.

Mais s’il y a bien une chose qui ne change pas, c’est la capacité de ses toiles à éveiller des souvenirs chez ceux qui les regardent. « Beaucoup de gens me confient se raconter des histoires à travers les tableaux qu’ils achètent. Certains se reconnaissent, ou reconnaissent des proches » raconte Jean-François. Pourtant, ses personnages n’ont pas de visage, ce sont des silhouettes. Il suffit cependant d’un vêtement, d’une couleur ou d’une attitude pour que ces figures abstraites deviennent des personnes réelles : les membres d’une famille, des amis ou de simples passants croisés dans la rue.

« Une femme a acheté une toile parce qu’elle lui rappelait un souvenir d’enfance : le jour où elle a vu la mer pour la première fois. Elle disait au revoir à ses oncles, tantes et cousins qui partaient en bateau pour les États-Unis, et le tableau lui a rappelé l’ambiance de cette journée-là », se remémore Jean-François. Les œuvres du peintre, aux couleurs vives, sont très imprégnées de ses propres souvenirs d’enfance. Peut-être est-ce la raison pour laquelle elles nous rendent si nostalgiques.

Histoire d’eau, la fameuse toile qui a réveillé le souvenir du départ en bateau. Crédit : capture d’écran du catalogue de Jean-François Lemoult, https://lemoultraine.e-monsite.com/album-photos/belles-photos/.

Entre jeu visuel et souvenirs intimes

Au-delà de leur dimension nostalgique, ses toiles ont aussi un aspect ludique. « En hommage à Toulouse-Lautrec, un dessinateur que j’aime beaucoup, je glisse des petits messages dans mes tableaux. Ce sont des détails de la peinture que j’agrandis avec des couleurs différentes », explique l’artiste. Cette manière d’apposer sa signature invite le spectateur à prendre le temps de s’arrêter, d’observer et de retrouver ces fameux détails. Les enfants y sont particulièrement réceptifs, s’amusant à chercher la signature comme s’il s’agissait d’une chasse au trésor. 

Si Jean-François peut peindre librement ce dont il a envie, c’est aussi parce qu’il ne vit pas de la peinture. Pourtant, il expose régulièrement en France et en Europe, et estime que ses œuvres se vendent bien. « Beaucoup de gens peignent mais n’exposent pas, car il existe peu de lieux pour les artistes. Aujourd’hui, pour se montrer, il faut payer, participer à des salons. Comme mes tableaux ne ressemblent à aucun autre, il n’y a pas de critère pour en déterminer la valeur, donc il faut un coup de cœur. C’est pour ça que l’exposition s’appelle Histoires à voir : si les gens m’achètent une toile, c’est parce qu’elle les touche, parce qu’elle réveille un souvenir. »

Le peintre espère que les visiteurs prendront autant de plaisir à découvrir ses œuvres qu’il en a eu à les créer. Il nous donne ainsi rendez-vous à la galerie du château de l’Étang, où il sera présent tous les week-ends jusqu’au 26 avril.

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