Face aux violences sexistes et sexuelles, la Région veut briser le silence

Former, écouter, oser poser les bonnes questions : derrière ces mots, une réalité brutale persiste. Les violences sexistes et sexuelles (VSS) continuent de traverser la société, souvent dans le silence. Pour y répondre, la Région Centre-Val de Loire mise sur la formation des futurs soignants. Une initiative nécessaire, mais qui révèle aussi l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.

Magali Bessard, François Bonneau, Danielle Lassous, Mathilde Brière et Vincent Raynaud, lors de la conférence sur la lutte contre les Violences sexistes et sexuelles à Bourges. Crédit : CG.



Par Charlotte Guillois.


La démarche est claire : armer celles et ceux qui seront en première ligne. Les infirmiers et aides-soignants, des métiers très féminisés, sont particulièrement exposés : confrontés chaque jour à des victimes de violences, ils le sont aussi eux-mêmes, puisque près d’une infirmière sur deux déclare avoir subi des VSS au moins une fois dans le cadre de son travail.

En 2025, 164 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. Derrière ces chiffres, des vies, des silences, des années de souffrance. Et une constante : ces violences peuvent toucher toutes les femmes, à tout âge, avec une vulnérabilité accrue pour les plus fragiles.

Former, ce n’est donc pas seulement sensibiliser. C’est apprendre à reconnaître les signes, comprendre les mécanismes, savoir orienter. C’est aussi sortir d’une idée dangereuse : celle que ces violences seraient inévitables. Or, elles s’inscrivent dans une culture, dans des rapports de pouvoir, dans une éducation encore défaillante sur le respect. Et surtout, former, c’est commencer à briser un verrou central : celui du silence.

Dire, écouter, nommer : la parole comme premier outil

Dans les amphithéâtres, la formation ne laisse pas indifférent. Elle bouscule, parfois dérange, mais surtout, elle met des mots là où il n’y en avait pas.

« En tant que jeune femme, ça met des mots sur des comportements qu’on vit aussi », confie une étudiante. « Ça fait du bien, on se sent comprises. » La formation devient alors un espace rare : un lieu où l’expérience intime rejoint enfin un cadre collectif.

Du côté des étudiants masculins, la prise de conscience est plus hésitante, mais réelle. « C’est délicat d’aborder ces questions, on peut se sentir attaqué… mais c’est important de comprendre qu’on parle du genre masculin, pas de nous individuellement », déclare un étudiant avec sagacité.

Un constat revient avec insistance : celui d’un manque criant d’éducation en amont. « On regrette qu’il n’y ait pas ce type de sensibilisation au collège ou au lycée, alors qu’on y voit beaucoup de comportements inadaptés. »

Attendre que la parole vienne d’elle-même ne suffit pas, et l’expérience de terrain le prouve. « Au début, on pensait que des affiches suffiraient à libérer la parole. Mais non. Il faut oser poser la question », affirme Vincent Raynaud, intervenant au Planning Familial. Et lorsque les professionnels le font, tout change : « On est passés de 3 % à 30 % de révélations. Quand on cherche, on trouve. Poser la question et écouter, c’est déjà agir. » Un premier pas, souvent décisif.

Un combat fragilisé par un climat inquiétant

Mais cette dynamique, encore fragile, s’inscrit dans un contexte plus large, traversé par des tensions profondes.

Pour Vincent Raynaud, les racines des violences sont claires : « Ce qui fonde les violences sexistes et sexuelles, ce sont les stéréotypes de genre, dans lesquels on est tous pétris. » De ces représentations découlent des préjugés, puis des violences : un enchaînement qu’il devient urgent de déconstruire.

Sur le terrain, cela implique de changer de posture. « Il ne faut pas se positionner en héros. Il faut laisser l’agentivité à la personne victime. Être là, écouter, croire, et laisser les choses cheminer. »

Mais au-delà du travail de fond, un autre phénomène inquiète. « On sent un vent réactionnaire, presque conservateur, sur les questions femmes-hommes. » Vincent Raynaud évoque notamment le danger des discours masculinistes, qui prennent de plus en plus de place.

Un constat partagé par les institutions. Derrière les discours réactionnaires, « il y a la défense inquiétante d’un ordre inégalitaire entre les femmes et les hommes », rappelle François Bonneau, président du conseil régional.

Dans ce contexte, sensibiliser devient un acte de résistance. Car au moment même où la parole se libère, d’autres tentent de la refermer. Reste alors une urgence : tenir. Continuer à former, à parler, à écouter. Et surtout, ne pas céder à ce retour en arrière.

 

Plus d’infos autrement :

Annie Kubasiak-Barbier, témoin engagé des violences familiales

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