Laissez les danser, laissons les raver…

Certains écoutent Dalida. Certains écoutent Gims. Certains écoutent du Mozart ou du Chopin. Certains écoutent l’accordéon autrement que celui de Marc Peronne. Certains…. Dans le Cher, près de Bourges, alors que se profile un projet de loi restrictif légiférant les freeparties, certains se sont secoués la boule devant les murs du son. Drôle de week-end de 1er mai pour les anti-rave. Drôle de week-end pour ceux qui ont profité des sound systems, en toute illégalité assumée, sur un terrain militaire pas aussi dangereux que ça.

Mur Ultim Atom & Biobanas sce Wikipedia

par Fabrice Simoes

Boum, boum, boum… Les boums rythment les mouvements de près de 20 000 teufeurs. La cadence, quasiment celle des orgues de Staline. Un boum peut en cacher un autre sur un terrain militaire où sont effectués, très régulièrement, des tirs d’obus. Devant un mur de son réglé au point de faire battre le corps plus fort que le cœur, ils sont debout. Chacun tout seul mais avec les autres. Ils ont clamé sur les réseaux ouverts à tous qu’ « On n’arrête pas un peuple qui danse ». Ils sont venus du Sud ou du Nord, d’ici et là-bas, d’ailleurs même. Ils se sont donnés rendez-vous, sur les réseaux qui leurs sont propres, à quelques encablures de Bourges comme pour faire de la préfecture du Cher une capitale européenne, avant l’heure, de la culture teknival. En douce, sans bruit, sans agence de pub, sans prévenir les autorités, ils se sont installés sur un site qui leur appartient un peu, puisque militaire et, de fait, payé à coup de leurs impôts parce que les teufeurs ne sont pas obligatoirement des chômeurs.

« Y’a danger »

Le ministre de l’intérieur est venu. Il a vu. Il n’a pas vaincu et ça, il n’a pas aimé. On lui a répété que sur ce site « y’a danger », les moins pyrotechniciens du coin ont même ajouté « ça peut péter… » De quoi affoler le pélo mais pas le teknivalier obtus et tellement baladé, depuis des années, par toutes les strates de la hiérarchie, par les autorités multiples, par les pouvoirs et les élites. Désormais, il a dépassé le stade des croyances moutonnières. Le ministre est venu et il a survolé les lieux pour voir, du haut, tous les trous qui devraient, depuis le temps, mamelonner les forêts et prés.

Si ça pétait tant que ça, le polygone berruyer devrait ressembler à la surface de la lune. Pas de cratère. Pas le moindre trou d’obus à l’horizon alors que les trous de balles ça ne manquait pas durant un peu plus de quatre jours. Ils ont été entre 17 000 et 30 000 à danser, surveillés comme le lait sur le feu par 600 membres des forces de l’ordre, déjà payés à coup de leurs impôts parce que les teufeurs ne sont pas obligatoirement des assistés.
Un fermier va porter plainte à cause des potentielles capsules de bouteilles de bière qui pourraient se retrouver dans un de ses champs. Comme si les militaires étaient exempts de Kro … Alors que là, la tendance était plutôt à la version anglo-saxonne du « Taureau Roux ». L’épicier du village d’à côté a fait son beurre, parce que les teufeurs ne sont pas obligatoirement alcoolos.
Décider que « organiser une rave party sera maintenant un délit » est une forme de bras d’honneur aux acteurs de terrain qui demandent depuis des décennies de sortir de la précarité juridique. C’est aussi donner encore plus de pouvoirs répressifs. C’est aussi ouvrir la boite de(s) Pandore(s) des arrêtés plus ou moins juridiquement contestables. Sur les réseaux on affirme haut et fort que « la répression n’a jamais été une solution. On ne construit rien durablement en poussant une culture dans l’ombre, en refusant le dialogue et en confondant encadrement et interdiction. »

Ne pas en rater un

Mardi matin, les derniers bahuts ont été inspectés. Officiellement 17 000 personnes avaient déjà été contrôlées dès le dimanche après-midi. C’est nettement plus qu’à la sortie d’un repas patriote de Pierre-Edouard Stérin. 57 armes saisies, la plupart des couteaux suisses ou des tire-bouchons. 2425 PV dressés. Ne pas en rater un, telle était la consigne. Les derniers matériels ont été saisis. Très peu ont échappé à la mise sous séquestre. Les derniers raveurs ont pris les dernières prunes. 135 € pour trois ou quatre jours de fête, loin de Sainte Sévère*, mais avec hélicoptère ministériel M’sieur Tati. C’est moins cher qu’un seul concert de Céline Dion à Paris ou qu’un repas en amoureux au Canon Français. Même pas grave, les Teufeurs ne sont pas obligatoirement des cigales.
Une semaine plus tard, demain, à Cornusse, on va sortir les chips, boire un coup de pif, avec modération, fumer un bédo, mais à la maison, s’installer confortablement pour regarder le concours de l’Eurovision. Une autre vision de la vie, de la musique, de la fête. Plus propre sur soi pour sûr, même si les teufeurs ne sont pas obligatoirement des gros dégueux.
Boum, boum, boum … les boums se succèdent à la cadence des essais. Le champ de tir a été rendu aux Caesars parce qu’il faut toujours leur rendre ce qui leur appartient.

*Village de l’Indre où fut tourné “Jour de Fête” de Jacques Tati

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