Une semaine après les premières rumeurs, Côme Dunis, maire RN de Montargis, a confirmé mercredi 5 août sa démission de ses fonctions de maire, pour raisons de santé, cinq mois seulement après son élection. Cette annonce ouvre une période d’incertitude politique et institutionnelle pour la ville.
Derrière les façades de l’hôtel de ville, une nouvelle séquence politique s’ouvre pour Montargis, entre succession du maire et recours électoral toujours pendant – photo Izabel Tognarelli.
L’ancien député-maire Jean-Pierre Door (LR), qui a dirigé Montargis pendant près d’un quart de siècle, a choisi de ne pas commenter l’événement sous un angle politique. Le médecin reprend le dessus sur l’élu : « On ne plaisante pas avec les questions de santé », insiste-t-il, saluant les réactions dignes de l’ensemble des opposants politiques représentés par Benoît Digeon (LR), Bruno Nottin (PCF) et Dalip Vehapi (PS). Pour l’ancien élu, la maladie met naturellement entre parenthèses les affrontements partisans.
Une transition qui interrompt la mise en place de la nouvelle majorité
L’émotion passée, la vie institutionnelle reprend ses droits. La décision de Côme Dunis intervient à un moment où la nouvelle majorité n’a pas encore achevé son installation. Cinq mois, à l’échelle d’un mandat municipal de six ans (en l’occurrence éventuellement sept, en raison des échéances électorales qui se bousculent en 2032), représentent à peine le temps des tout premiers arbitrages pour une équipe par ailleurs sans aucune expérience de la vie municipale. Les dossiers ont à peine eu le temps de s’ouvrir ; les relations avec les partenaires institutionnels sont en construction, les habitudes de travail s’installent progressivement. Le départ du maire vient interrompre cette phase de mise en route.
Un calendrier qui entretient les incertitudes
Le calendrier intrigue également. Côme Dunis a annoncé sa démission au lendemain de l’annonce de la validation des comptes de campagne de l’ensemble des listes candidates à Montargis. S’agit-il d’une simple coïncidence ou a-t-il choisi d’attendre cette échéance avant de rendre publique sa décision ? « On ne peut pas savoir, mais on peut se le demander », répond Jean-Pierre Door, avant de nuancer aussitôt : « Ou bien cela correspond-il à l’attente de résultats d’examens médicaux ? »
Une succession sous contrôle… mais pas sans interrogations
La lettre de démission doit d’abord être acceptée par le préfet. Une fois la démission devenue effective, le conseil municipal sera convoqué dans un délai de quinze jours pour procéder au remplacement du maire, dans le cadre d’une élection interne au conseil.
Durant cette période de latence, un ou une adjointe – normalement, la première adjointe – va exercer provisoirement les fonctions de maire. Mais cette suppléance est avant tout destinée à assurer les affaires courantes. Les décisions politiques les plus structurantes attendront l’élection du futur maire.
Une succession sans retour devant les électeurs
Les Montargois ne retourneront cependant pas aux urnes, pour élire ce nouveau maire, sauf si le tribunal administratif venait ultérieurement à annuler le scrutin de mars 2026. Pour le moment, c’est le conseil municipal élu il y a cinq mois qui désignera lui-même ce nouveau maire. Les 33 conseillers municipaux voteront à bulletin secret. Dans les faits, la majorité RN, largement majoritaire, devrait imposer sans difficulté le candidat qu’elle aura choisi.
Un nom circule avec insistance : celui de Dominique Coquelle, adjoint chargé de la sécurité et ancien policier. Le choix du futur maire ne dépendra toutefois pas uniquement des équilibres internes de la majorité municipale. Il est difficile d’imaginer que le député RN de la circonscription, Thomas Ménagé, reste étranger à cette désignation, mais aucune annonce officielle n’a été faite à ce jour.
Reste une inconnue. Une liste électorale est construite pour conquérir une mairie, moins pour gérer la succession imprévue de celui qui l’a conduite à la victoire. Le choix d’un successeur fera-t-il consensus au sein du groupe RN ? Ou bien révélera-t-il des dissensions jusqu’ici restées en arrière-plan ? Cet exercice constitue le premier véritable test d’une majorité qui n’a que cinq mois d’existence et aucune expérience politique.
L’ombre persistante de l’incertitude judiciaire
Cette transition intervient de surcroît dans un contexte particulier. Le recours déposé après les élections municipales par Bruno Nottin (PCF) n’a pas encore été examiné par le tribunal administratif. Pour Jean-Pierre Door, ce dossier contribue aussi à nourrir l’incertitude : « Je pense que ce recours peut avoir des chances d’aboutir », estime-t-il.
Il connaît ce type de situation. En 2017, le tribunal administratif avait annulé l’élection législative face à sa rivale de l’époque, Mélusine Harlé (LREM), entraînant l’organisation d’un nouveau scrutin. Sans préjuger de la décision que rendra la justice administrative d’ici la fin de l’année, l’ancien édile observe que la faible différence de voix enregistrée lors des municipales de 2026 – une centaine entre la première et la troisième liste, une cinquantaine entre la première et la deuxième – nourrit là encore les interrogations sur l’issue du recours.
Au-delà de la succession, l’épreuve de vérité pour le RN
Au-delà du cas personnel de Côme Dunis, cette séquence interroge la capacité de la nouvelle majorité à fonctionner lorsque disparaît celui qui en incarnait la victoire.
Le Rassemblement national avait largement personnalisé sa campagne autour de son candidat, ancien Gilet jaune. Son départ oblige désormais son équipe à démontrer qu’elle ne reposait pas sur un seul visage. Qui portera les grands dossiers ? Qui représentera désormais Montargis auprès de l’Agglomération, du PETR – où Côme Dunis était vice-président –, du Département, mais aussi auprès de la Région ou de l’État quand il s’agit d’aller chercher les aides et les financements nécessaires ?
Autant de questions qui dépassent largement le seul choix d’un successeur. Les prochaines semaines diront si la nouvelle majorité dispose d’une véritable assise collective ou si elle était avant tout structurée autour de la personnalité de celui qui l’avait conduite à la victoire.
Les chantiers qui attendent le futur maire
La personne qui succédera à Côme Dunis ne devra pas seulement assurer la continuité politique de la majorité. Plusieurs dossiers d’envergure – lancés par la précédente majorité – l’attendent dès sa prise de fonctions.
Parmi eux figure d’abord la transformation de la rue du Général-Leclerc, vaste opération de redynamisation du centre-ville engagée dans le cadre du programme Action Cœur de Ville. Elle mobilise des financements importants, engage de nombreux partenaires – notamment l’État – et de nombreuses entreprises.
Le futur pôle éducatif réunissant une école, une crèche et une halte-garderie est un autre dossier majeur. Dès son arrivée à la mairie, Côme Dunis avait annoncé vouloir reprendre le projet « à zéro », estimant qu’il devait être entièrement repensé, sans pour autant renoncer à la création de ces équipements. Cette orientation se heurte toutefois à l’état d’avancement du dossier : les procédures de marchés avaient déjà été engagées.
Enfin, plusieurs dossiers plus récents demeurent en suspens, comme le projet d’implantation d’une antenne de l’Institut Rafaël, qui devait accompagner chaque année 500 personnes en reconstruction après un cancer, ou encore les débats autour du Conservatoire Patricia-Petibon, qui ont immédiatement suscité de très vives réactions. Ces sujets constitueront autant de dossiers que le futur maire devra gérer.
Plus d’infos autrement :
À Montargis, « il faut savoir piloter », répond Jean-Pierre Door à Côme Dunis