Accusé par le nouveau maire RN de Montargis d’avoir laissé 3,4 millions d’euros d’impayés, Benoît Digeon (LR) est au cœur de la polémique. Son prédécesseur, Jean-Pierre Door (LR), sort du silence pour défendre la gestion passée et appelle Côme Dunis à « prendre le volant ».
L’hôtel de ville de Montargis, au cœur de la polémique sur les finances municipales entre l’actuelle et les anciennes équipes – photo Magcentre
À Montargis, le débat sur les finances municipales frôle la sortie de route. Le nouveau maire, Côme Dunis, dénonce 3,4 millions d’euros « de factures impayées et impayables » et met en cause la gestion de son prédécesseur, Benoît Digeon. Jean-Pierre Door, ancien député-maire et pilote aguerri, habitué des circuits automobiles comme de la mécanique, conteste fermement cette lecture de la situation financière de la ville.
Un changement de braquet
L’ancien édile pointe d’abord un manque d’expérience. « Jusque-là, Côme Dunis était élu d’opposition à Paucourt. Or entre Paucourt et Montargis, ça n’a rien à voir : il conduisait une voiture à pédales, le voilà à présent au volant d’une berline de compétition », résume-t-il, soulignant le changement d’échelle entre une commune de 900 habitants et une sous-préfecture de 15 000 habitants. À ses yeux, « parler de 25 années de difficultés financières revient à regarder le compteur sans jamais ouvrir le capot ».
Au cœur du désaccord se pose la question de l’investissement. « Soit vous ne faites rien et vous laissez une ville en perdition ; soit vous vous posez en bâtisseur et vous transformez cette ville. Pour cela, il est nécessaire d’investir et d’avoir recours aux emprunts. »
Investir pour transformer la ville
En un quart de siècle, Montargis a été profondément transformé : rénovation de la salle des fêtes et de l’église, réaménagement du quartier des cinémas, de la place du Pâtis, refonte de nombreux axes et quartiers. « Vouloir développer une ville comme Montargis avec des moyens minimaux, c’est comme alimenter une grosse cylindrée au goutte-à-goutte », insiste l’ancien élu.
À ces investissements s’ajoutent des aléas majeurs : incendies de la mairie, de l’école Génébrier et de l’école de voile, inondations de 2016, émeutes de 2023. Chacun de ces événements a nécessité des dépenses très importantes. « En 25 ans, on a reconstruit la ville presque de fond en comble », résume Jean-Pierre Door.
Dans cette logique, l’endettement est une composante du trajet. « Quand on construit, c’est pour 50 ans, voire pour un siècle, pas pour deux ans », rappelle l’ancien maire, défendant une dette « active », dont les habitants peuvent constater les effets. À l’inverse, ne pas investir reviendrait, selon lui, à laisser la ville décliner.
L’ancien maire insiste aussi sur les contraintes structurelles. Depuis la suppression de la taxe d’habitation, les communes dépendent totalement de la taxe foncière et des dotations de l’État, de la Région et du Département. À Montargis, cette taxe foncière rapporte 14 millions d’euros – ce qui couvre juste la masse salariale – dans un contexte marqué par une forte proportion de logements sociaux (42 %). Or les bailleurs sociaux bénéficient d’abattements fiscaux en quartiers prioritaires, c’est-à-dire presque tous les quartiers à Montargis. Les marges de manœuvre fiscales s’en trouvent mécaniquement réduites.
Prendre le volant
Face aux critiques, Jean-Pierre Door rappelle enfin que les comptes de la Ville n’ont jamais été remis en cause par les autorités de contrôle, qu’il s’agisse de la Chambre régionale des comptes, de la préfecture ou de la direction des finances publiques.
Au-delà de la polémique, il estime que l’enjeu réside désormais dans la capacité du maire à savoir actionner les leviers pour mobiliser les financements, assurer l’équilibre budgétaire et poursuivre le développement de la ville : « Pour les dotations de l’État, il faut prendre son courage à deux mains et solliciter les subventions, entrer en relation avec les services préfectoraux et négocier avec les ministères ». En résumé, il s’agit désormais pour le nouveau maire de prendre le volant : « il faut qu’il devienne pilote ». Et de conclure, fidèle à son registre : « Maintenant, il faut prendre le volant et tenir la route. »
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