Créée en février pour faire vivre la mémoire de l’esclavage et lutter contre les discriminations, l’association Bégon & Grégoire Héritages Blésois a désormais un plan d’action. Lors des Rendez-vous de l’histoire de Blois, elle animera notamment une table ronde avec la participation de Magcentre sur Michel Bégon, « le technocrate de l’esclavage ».
Louis Buteau et Catherine Lacassagne présentent la feuille de route de Bégon & Grégoire Héritages Blésois. Crédit Jean-Luc Vezon.
Sous l’impulsion de son président Louis Buteau et d’un conseil d’administration aux multiples talents, l’action de l’association est désormais balisée par une feuille de route en huit points.
Rappelons qu’elle s’est constituée à la suite de la parution sur le site de Magcentre d’un article, sous la plume de l’historien-journaliste Philippe Voisin, consacré au Blésois Michel Bégon qui fut l’un des auteurs du Code noir, le système esclavagiste mis en place en 1685 par Louis XIV.
« À Blois, les noms de Michel Bégon et de l’abbé Grégoire font partie de notre espace public. Pourtant, derrière ces noms se cachent deux trajectoires profondément opposées. Michel Bégon fut, sous Jean-Baptiste Colbert et Louis XIV, l’un des rédacteurs du Code noir, texte régissant l’esclavage en France. L’abbé Grégoire fut, durant la Révolution française et l’Empire, un défenseur engagé et infatigable de l’abolition de l’esclavage. Ces deux mémoires contradictoires en héritage sont notre boussole », souligne Catherine Lacassagne.
Un garde-fou également car l’objet de Bégon & Grégoire Héritages Blésois n’est pas d’enflammer le débat public en opposant les uns contre les autres, d’autres s’en chargent du côté de LFI ou du RN, mais plutôt de susciter un débat citoyen vecteur du vivre-ensemble.
« Comment comprendre cet héritage ? Comment l’interroger collectivement ? Et comment faire coexister ces mémoires de manière consciente dans notre ville ? », développe Catherine Lacassagne.
Un plan pour ouvrir le dialogue
Plusieurs leviers seront donc utilisés dans les mois à venir. Une pièce de théâtre, en cours d’écriture par Régine Launay, sera montée avec une compagnie professionnelle, la Ben Compagnie et des comédiens amateurs. Elle devrait être présentée lors des RDVH 2027. À noter que le collège Bégon (Rep+) accueillera une résidence mission dénommée De quoi Bégon est-il le nom ?. Les collégiens pourront ainsi participer au processus de création.
Pour alimenter le débat public, l’association sera présente lors du festival 2026 dont le thème est Les Marchands. Au programme, une table ronde publique intitulée « Un technocrate de l’esclavage – Nouveaux regards sur Michel Bégon », le vendredi 9 octobre à l’INSA Centre-Val de Loire (16h) en présence de Pierre-Yves Bocquet, directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et Philippe Voisin. Dans le cadre du cycle cinéma, deux films seront par ailleurs projetés : Haïti, la rançon de l’indépendance de Wandrille Lanos (dimanche 11, CRDM, 11h30) et Cobra Verde de Werner Herzog en version restaurée (vendredi 8, Les Lobis, 20h45).
« Dans une démarche de transmission et de déconstruction » et pour toucher notamment les jeunes, une bande dessinée sera éditée en partenariat avec Bd Boum. Imaginée par Catherine Lacassagne, elle mettra en scène une jeune femme en quête d’identité confrontée « à la charge raciale ».
L’association envisage également la création d’une stèle, « contre monument Bégon » dans l’espace public (1), mettant à l’honneur des personnalités ayant résisté à l’esclavage comme Olympe de Gouges, Rosalie Solitude, Toussaint Louverture, Louis Delgrès ou l’abbé Grégoire. Concernant les noms de rues ou de lieux publics portant le nom Bégon, une réflexion sur des plaques mémorielles explicatives (comme à Bordeaux) est souhaitée tout comme l’attribution de noms de rues à des antiesclavagistes.
D’autres actions sont à l’ordre du jour comme un jumelage avec une ville ultramarine symbole de l’esclavage à l’image de Petit-Canal en Guadeloupe, l’organisation d’une rencontre annuelle sur « l’économie de la plantation » ou une mise en lumière renforcée de la Journée nationale de commémoration le 10 mai. (3) Enfin, l’association fera le déplacement en 2027 pour l’inauguration du mémorial national en hommage aux victimes de l’esclavage situé dans les jardins du Trocadéro. (4)
Financement participatif
Si le projet de l’association a reçu un large écho favorable allant de la Ville de Blois au Département, en passant par l’Éducation nationale (collège Bégon), la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et plusieurs acteurs locaux (Maison de la Bd / Bd Boum, Ciné’Fil, Scène nationale…), elle a aussi besoin de fonds pour engager ses projets.
« Un financement participatif (crowdfunding) verra le jour en octobre pour financer la pièce de théâtre », précise Louis Buteau, heureux du soutien rencontré par Bégon & Grégoire Héritages Blésois avec notamment le vote, à l’unanimité moins une voix (3), par les conseillers départementaux d’un vœu invitant la communauté éducative et les élèves à réfléchir à la question de la mémoire de l’esclavage.
(1) Une rénovation du buste de l’abbé Grégoire situé dans le jardin près de l’Hôtel-Dieu est également demandée.
(2) Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.
(3) Guillaume Peltier (parti Identité et Liberté).
(4) Dans un espace de 5 000 m², des stèles en lave émaillée porteront les noms de 215 000 esclaves devenus citoyens libres après l’abolition de 1848 en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Saint-Martin et à La Réunion.
Le 25 juin, Pierre-Yves Bocquet directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage a rencontré l’équipe enseignante du collège Bégon. Crédit FME.
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