Voyage en art contemporain dans le Limousin

Entre forêts et grands espaces, le Limousin n’a pas qu’une très belle nature à offrir. Son autre spécialité, l’art contemporain, se déploie dans le château médiéval de Rochechouart et sur une île au bord du lac de Vassivière. Au passage, les curieux feront un crochet par Saint-Léonard-de-Noblat puis Saint-Junien, l’un des berceaux français de la ganterie où vient d’ouvrir une remarquable Cité du Cuir.

Le château de Rochechouard. @BdV



Par Bénédicte de Valicourt


Direction le château de Rochechouart et son musée d’art contemporain

Pas de doute, le château de Rochechouart, à 45 minutes environ de Limoges, a de la gueule. Pont-levis, canonnières, tours rondes plantées sur un promontoire rocheux qui domine la vallée de la Graine et de la Vayres et le cratère de météorite vieux de plus de 210 millions d’années… Ici tout atteste de l’authenticité des lieux, un château quasiment entièrement reconstruit au début du XVe siècle, dont le donjon et le châtelet d’entrée datent du XIIIe siècle. Sauf qu’à Rochechouart, vous ne verrez pas une enfilade de salles et du mobilier d’époque, mais bien des œuvres d’art contemporain présentées en majesté sur trois niveaux et des expositions temporaires renouvelées régulièrement. La dernière en date : « Le musée en mouvement » (cf. encadré) visible jusqu’au 12 décembre, est née du désir de l’équipe du musée de montrer la collection dans la continuité des 40 ans du lieu.

Au passage, ne pas rater les spectaculaires fresques murales du XVIe siècle de la salle des chasses et de la galerie d’Hercule qui retracent en grisaille la vie du héros mythologique. Elles sont uniques et sont restées recouvertes pendant des siècles avant d’être redécouvertes (1965) pour la plus grande joie des artistes comme Richard Long qui joue volontiers avec dans « Rochechouart line », son œuvre de 19 mètres de long sur 1 mètre de large. Stéphanie Birembaut, la nouvelle conservatrice, s’affaire et réfléchit déjà à ce qu’il va falloir modifier dans l’accueil pour faciliter l’accès à ce musée d’art contemporain, labellisé Musée de France, ouvert en 1985 et dont la collection exceptionnelle, qui explore les liens entre histoire, nature et imaginaire, comprend plus de 1 300 œuvres d’artistes internationaux.

Rochecouart Line, une œuvre de Richard Long exposée au pied des fresques de la galerie d’Hercule au château de Rochechouart. © CDD Limoges Manza-studio


Le musée abrite également un fonds dédié à Raoul Hausmann, figure majeure du mouvement Dada, qui fait actuellement l’objet d’une exposition. La visite débute au rez-de-chaussée dans une vaste salle entièrement recouverte de dessins façon BD qui racontent l’histoire du lieu. Puis il faut grimper dans les étages, passer d’étroits couloirs, traverser de vastes salles, avant d’atteindre la très belle charpente du XVIe siècle, une vaste pièce où sont exposées, entre autres, les œuvres les plus monumentales.

Ne pas oublier en sortant de visiter le village, autrefois fortifié, et ses très belles maisons construites en impactite, la roche née de la chute de la météorite, sans rater au passage la maison des Consuls (XVe siècle)… On peut également aller à la découverte de l’astroblème (réserve naturelle de la météorite) à la Maison de la Réserve.

« Le musée en mouvement », exposition temporaire au château de Rochechouart jusqu’au 13/12/2026.

Et aussi Raoul Hausmann, l’homme-orchestre », jusqu’au 13/12/2026. www.musee-rochecouart.com

Et maintenant direction le lac de Vassivière et son Centre international d’art et du paysage

(À 1 heure de Limoges en passant par Saint-Léonard-de-Noblat).

Pour atteindre le Centre international d’art et du paysage (CIAPV), dédié à la création contemporaine, il faut d’abord traverser une passerelle au-dessus du lac de Vassivière, l’un des plus grands lacs de barrage de France avec ses près de 1 000 hectares. Eaux bleues limpides, îles, forêts denses, vastes prairies, petits ports sur les 47 kilomètres de rivages… Ici, entre Haute-Vienne et Creuse, en plein parc naturel régional de Millevaches, c’est visiblement le royaume des activités de plein air. Mais nous ne sommes pas là pour cela. Car aller sur l’île de Vassivière, accessible également par bateaux-taxis à partir du mois de juin, c’est d’abord pénétrer dans un domaine dédié à l’art contemporain.

Lac de Vassivière. ©CDD Limoges Manza-studio


Nous sommes sur l’ancien domaine agricole de la famille Vassivière, une famille lyonnaise qui possédait plus de 9 000 hectares avant la création du lac. Il en reste un château parfaitement restauré en 2012 et ses dépendances. Celui-ci a été transformé en bar-restaurant, en appartements et ateliers où passent en résidence une trentaine d’artistes chaque année. En 1991, une galerie rectiligne épousant la prairie qui accueille des expositions temporaires et une curieuse tour phare, véritable vigie d’où l’on peut voir le lac, sont également sorties de terre. Juste à côté, il suffit de faire quelques pas pour se retrouver dans la forêt, avec un peu plus loin des prairies et le bord du lac où sont disséminées des sculptures. Ces lieux portent le joli nom de « le Bois de sculpture », car 63 sculptures y sont posées çà et là. Ce n’est pas forcément simple de les trouver, car elles peuvent parfois se fondre dans la nature, mais l’exercice est enchanteur, ludique et bucolique. Comme – pour ne prendre qu’un seul exemple – ce géoglyphe, un immense dessin réalisé sur le sol représentant une licorne, uniquement visible au mois d’août quand la végétation le permet, le tout en grimpant au sommet de la tour. Et pour ceux qui ont peur de rater quelque chose, des visites guidées sont aussi organisées.

Sculpture de Kimio Tsuchiya, 1990, Bois des sculptures @BdV


Bon à savoir : en 2018, le CIAPV a initié un programme de commandes architecturales et paysagères in situ pour l’espace public rural. Conçu comme une extension du Bois de sculpture, le parcours comprend neuf créations disséminées dans neuf villages autour du lac.

CIAP-Île de Vassivière, 87120 Beaumont-du-Lac.

À voir : l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs ». Jusqu’au 1er novembre 2026.

Bois de sculptures : parcours accompagnés les mardis à 15h30

www.ciapvassiviere.org

www.lacdevassiviere.com

Le CIAPV, une longue histoire

Le Centre international d’art et du paysage, c’est une longue histoire débutée en 1983, à l’initiative d’un groupe d’artistes et d’amateurs d’art de la région, réunis autour de l’association Lac&S (Limousin art contemporain et sculptures). Cette année-là, ils décident d’inviter une douzaine d’artistes à créer sur le granit de l’île, surnommée l’île aux pierres. C’était le premier symposium de granit en Limousin. Un vrai succès qui fut repris les années suivantes, avant que l’association ne lance en 1987 un projet de centre d’art contemporain. C’est celui-là même dans lequel nous nous promenons avec joie aujourd’hui et qui s’enrichit régulièrement de nouvelles sculptures. Une galerie expo-vente présentant trente artisans d’art de la région complète le dispositif avec la boulangerie en contrebas. Ouverte de mai à septembre, c’est le royaume de Benoît Brisset, un artisan boulanger, artiste à ses heures qui cuit son pain dans le four de la famille Vassivière (1780). Certains jours, il vend jusqu’à 120 kilos de pain. Et sa boulangerie est, explique-t-il pas peu fier, « devenue un but de promenade et génère en été parfois jusqu’à 40 % du flux sur l’île qui reçoit environ 200 000 visiteurs à l’année ».

De Limoges à Saint-Léonard-de-Noblat

En allant vers le lac de Vassivière, un arrêt s’impose à Saint-Léonard-de-Noblat. Labellisée « Plus beaux Détours de France », cette jolie petite ville médiévale (4 300 habitants) est accessoirement la patrie de Poulidor qui y a vécu depuis l’âge de 20 ans. Sa très grande collégiale romane bâtie autour des reliques et du tombeau de saint Léonard, son saint patron, a attiré dès le XIe siècle des milliers de pèlerins. Cela lui vaut encore de nombreux visiteurs et elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre du bien national Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Au passage, si vous voulez des enfants, n’oubliez pas de toucher les chaînes sur le tombeau de St Léonard. Autre curiosité locale de cette petite cité, berceau de la race bovine limousine et pôle manufacturier d’importance du cuir, de la porcelaine toujours très présente et ancienne capitale du papier : le Moulin du Got. Ce moulin à papier en activité jusqu’en 1954 est à nouveau en fonctionnement après des années de silence. La fabrication se fait à la main avec, comme au XVe siècle, du coton, du lin et du chanvre et non du bois, sur une impressionnante machine du XIXe siècle. C’est aussi une papeterie d’exception qui innove avec des papiers recyclés ou à base d’épluchures de légumes, une imprimerie typographique qui fonctionne avec du matériel de la fin du XVIIIe siècle aux années 1960 et un lieu d’exposition et de création ouvert aux artistes où sont organisés des ateliers d’arts graphiques.

Le tombeau de St Léonard. @BdV


À Saint-Léonard-de-Noblat, on n’oublie pas également de passer par les ruelles médiévales du centre, de s’arrêter chez Sébastien Martin pour acheter des massepains, une spécialité locale à base d’amandes qui ressemble à des macarons. « Le massepain a été rapporté en 1900 par un moine suisse qui s’est arrêté à St-Léonard-de-Noblat à la maison Petitjean », explique Sébastien Martin, artisan boulanger pâtissier dont c’est l’une des spécialités. Depuis, le Massepain est devenu l’emblème de Saint-Léonard. « En 1980, la confrérie des Massepains a voulu le faire labelliser, mais cela a capoté et du coup chacun a sa propre recette. De mon côté, je l’ai eu en achetant ma pâtisserie », dit-il.

Moulin du Got. Le Pénitent. St-Léonard-de-Noblat/visites guidées.

Exposition « Le papier prend vie » jusqu’au 19 décembre 2026. Du mardi au samedi de 14h à 17h30. www.moulindugot.com

Bon à savoir : On peut aussi se rendre à Saint-Léonard à vélo par la Vélidéale qui relie le Limousin à l’Atlantique sur 638 km, en passant par le parc naturel régional de Millevaches et par Limoges. Comptez 1h30 environ à partir des bords de Vienne à Limoges.

Saint-Junien et la nouvelle cité du cuir

Saint-Junien-Cite du cuir. ©CDD Limoges Manza-studio


Saint-Junien, à 20 minutes de Limoges et à 10 minutes de Rochechouart, est avec Millau et Grenoble, l’un des berceaux de la ganterie française depuis le Moyen-Age. La ville, dont le cœur historique vaut aussi le détour et d’où sortent encore 60 % des gants de luxe français, abrite d’ailleurs encore trois ganteries dont Morand, un fabricant de gants pour l’armée et la gendarmerie, Hermès qui y a ouvert une unité de production de maroquinerie de luxe fermée au public et Agnelle qui, par contre, se visite. « Cité du cuir », un immense espace muséographique ouvert fin 2025 dans une ancienne usine de lavage de laine, d’une mégisserie et d’une ganterie réhabilitée au bord de la Vienne. On en sort, en sachant tout ou presque sur les métiers du cuir et la ganterie, de la tannerie, aux peaux, en passant par la fabrication des gants. Même le mouvement syndical qui a vu la création ici en 1902 de l’Union syndicale ouvrière qui a permis aux ouvriers de s’émanciper, y est raconté. Le lieu a aussi été pensé pour les professionnels avec des ateliers de travail pour les artisans et un centre de documentation. Impressionnant.

Saint-Junien, Cité du cuir. ©CDD Limoges Manza-studio


Au passage, allez aussi faire un tour en ville et sur les bords de la Glane où le peintre Jean-Baptiste Camille Corot trouvait son inspiration. Et si vous passez par-là la bonne année – c’est tous les 7 ans –, vous pourrez aussi assister à la cérémonie des ostensions, un jour où Saint-Junien célèbre ses deux ermites, en grande pompe et en costume dans une procession réunissant plus de 1 000 personnes. Et il y a même ce jour-là – excusez du peu – des gardes suisses.

Cité du cuir,
Du mercredi au dimanche et du mardi au dimanche en juillet et août de 10h à 12h30 et de 14h à 18h . www.citeducuir.fr

Carnet de bord

Où dormir ?

À Saint-Léonard-de-Noblat

Le jardin des Lys, maison et table d’hôtes. Accueil au petit soin dans cette très belle maison à deux pas de la collégiale, dotée d’un beau jardin et de 5 vastes et très agréables chambres. Le plus : l’apérol maison exclusif, les herbes du jardin, la cuisine 100 % maison, les artistes locaux exposés sur les murs et la gentillesse et le dynamisme de Delphine et son mari anglais.

Place de la collégiale. www.jardin-des-lys.com

À Rochechouart

-Manoir des Perrières, 5 charmantes chambres d’hôtes et un gîte.
Tél : 0638135784. www.lemanoirdesperrieres.fr

-Logis hôtel de France : 12 chambres et cuisine locale, Label Maître Restaurateur, 7 Place du docteur Octave Marquet. www.logishotels.com

-La maison tombée du ciel, un charmant gîte pour deux personnes, 8 rue Prévot-Lathière.

Où manger ?

À Rochechouart

–La Table de Florent, 3 rue Joliot Curie, Tél : 0544245887. Cuisine de saison et producteurs locaux par le jeune chef Florent Linard. Fermé lundi et mardi. Et aussi juste à côté, le Salon de thé du manoir des Perrières, où l’on peut également dormir.

–L’estaminet du château : 2 rue Thérèse Tenant. Tél : 0555041209. Cuisine bistronomique valorisant les produits locaux.

–Café Nono : 6 rue Bertrand Boudeau. Salon de thé, sandwichs et joli cadre.

Aux abords du lac de Vassivière

-L’atelier23 à Royère de Vassivière : cuisine de saison avec des produits du coin souvent biologique sur la place du village. Boutique, scène pour les concerts, espaces de travail, salle de projections. www.latelier23.com

-L’auberge de la Feuillade à Faux-la-Montagne.

À Saint-Junien

–La table du Gantier, 9 bd Victor Hugo. Tel : 0555794435. Une bonne table conviviale.

–Le Lauryvan : 200 allées du Bois aux Bœuf. Tél. : 0555022604. Restaurant ou bistrot sous les arbres à 5 minutes du centre-ville 

–Le Castel de Glane, DOM de la Vergne. Tél : 0555013279. Une belle table dans un beau cadre à l’entrée de la ville.
Et aussi pour déguster un Arena, ou gâteau des gantiers, une spécialité locale : Pâtisserie Faure & Salon de thé : en plein cœur de ville.

Pour plus d’informations : www.visitlimousin.com


Plus d’infos autrement :
 

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