À Orléans, assiste-t-on au crépuscule de Serge Grouard ?

Pour être réélu, le maire aux cinq mandats a proféré beaucoup de promesses : Conservatoire, musée des Beaux-Arts, Halles Châtelet. Mais tout se délite malgré le masque d’une communication insolite.
 

Sur ses réseaux sociaux, le maire d’Orléans gratifie ses abonnés de vidéos louffoques sur l’actualité du pays. (Capture du compte X de Serge Grouard).


Par Jean-Jacques Talpin


« Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent », proclamait avec cynisme Jacques Chirac, l’une des idoles (sur le même piédestal que Tintin et Milou) de Serge Grouard, réélu en 2026. Pour décrocher ce cinquième mandat, l’ex-LR devenu « divers droite » avait déroulé une ribambelle de promesses notamment dans le domaine de la culture : restructuration du Conservatoire et de la salle de l’Institut, rénovation du musée des Beaux-Arts, création d’une Cité Jeanne d’Arc. Mais depuis un an, ce maire bien réélu a compris que pour soigner sa clientèle, il ne fallait surtout pas faire de vagues.

Silence et immobilisme

Dans un contexte budgétaire il est vrai critique, Serge Grouard s’est surtout fait depuis l’an passé le chantre de l’immobilisme et du silence.

Certes, le chantier de la SMAC (scène de musiques actuelles) devrait prochainement débuter sur le site Interives après des années d’attente et d’études. Pour le reste, c’est plutôt vaches maigres et morne plaine. Le cas du conservatoire dont le projet de rénovation remonte à 2023 est flagrant. En mauvaise condition (le mot est faible), voire dangereux, le bâtiment a besoin d’une restructuration urgente et complète. Les professeurs en grève, avec le soutien des élèves et des parents, l’ont rappelé récemment.

De 27 à 11 millions

Mais sous prétexte d’un déménagement de la police municipale, le projet a été passé à la serpe avec un budget ramené de 27 à 11 millions d’euros et sans calendrier précis. Mais Serge Grouard joue l’étourdi : « On n’a jamais inscrit un budget de 27 millions, on ne sait pas d’où ce chiffre sort », a-t-il martelé avec un certain culot à la presse locale ce 28 septembre alors que cette estimation avait été souvent répétée lors de la campagne électorale. C’est en tout cas ce que professeurs et parents d’élèves du Conservatoire avaient entendu. Le programme va donc être revu à la baisse avec l’abandon d’un projet de nouveau bâtiment et la « mise en réflexion » de la construction d’un auditorium. Le projet va donc glisser sur les prochaines années… peut-être pour se rapprocher des prochaines élections municipales de 2032.

Les Halles Châtelet : pas avant 2031

Et s’il se sentait prêt à rempiler pour un autre mandat, M. Grouard pourrait logiquement couper le cordon d’inauguration de ce nouveau conservatoire en 2030 ou 2031.

Il en va de même pour la restructuration du centre alimentaire des Halles Châtelet qui sera achevée au plus tôt en 2031 après que la ville a repris le dossier suite aux défaillances des porteurs de projets… Là encore le flou reste de mise tant pour le calendrier que pour le coût du dossier vaguement estimé autour de 40 millions d’euros. Inutile de dire qu’on en reparlera alors qu’on s’approchera des prochains rendez-vous électoraux.

« Notre temps est compté ! »

Pour dissimuler ses déboires, Serge Grouard fait de la com ! Il a ainsi décidé d’investir les réseaux sociaux avec une série de messages qui pourraient passer pour un programme présidentiel (il a déjà essayé à la risée de tous de présider Les Républicains !) s’il ne rejetait pas en bloc toute la classe politique. Il s’est donc lancé dans une communication « abracadabrante » comme s’amusait son idole Chirac. Une fois avec des jouets (Kiki, lapin aux grandes oreilles, etc.) pour représenter les candidats à la présidentielle, une fois avec des réveils pour rappeler qu’avec la dette « notre temps était compté », il égrène donc ses messages. Reprenant ses formules préférées, il rappelle que « la France dévisse » et que « la dette va devenir ingérable ». En rappelant qu’il n’est « candidat à rien » et qu’il « n’y a pas un rond dans la caisse », il sort donc son ardoise magique : suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, remise en cause des 35 heures dans la fonction publique, retraite à 65 ans, « réforme puissante de l’État », et bien sûr priorité à la sécurité.

« Ne plus emmerder les Français »

En s’appuyant sur des chiffres d’insécurité ou d’immigration remixés à la sauce Grouard, il prône « tolérance zéro et impunité zéro ». Tout en s’engageant dans la lutte contre le dérèglement climatique, il milite surtout en faveur « d’une grande lessive pour supprimer toutes les dépenses inutiles et tout ce qui ne sert qu’à emmerder les Français ».
 

https://twitter.com/SergeGrouard/status/2099723004741611703

 
Chacun jugera de la pertinence de ses propositions, voire du ridicule de la mise en scène… D’ailleurs Serge Grouard, désireux de ne pas passer pour un maire faible dans sa maison, a décidé de reprendre en main la vie interne de la démocratie municipale et ses relations avec l’opposition.

L’opposition réduite au silence ?

Il a ainsi décidé de supprimer la retransmission en direct des conseils municipaux, de supprimer les « questions aux Orléanais » lors de ces conseils, de réduire très sensiblement le nombre de commissions municipales et de faire disparaître les élus d’opposition des conseils de quartier. Bref, de remettre en cause tout ce qui « pourrait emmerder » la vie paisible des élus de la majorité municipale. La voix de l’opposition de gauche et de l’écologie est ainsi réduite à portion congrue. Il en va ainsi de la vie municipale orléanaise. Circulez, il n’y a rien à voir !


Plus d’infos autrement :

Grandes dissonances entre la mairie d’Orléans et son Conservatoire

Commentaires

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  1. Communication insolite voir ridicule pilotée au plus près par son adjoint à la réclame surnommé gentiment par ses collègues : la ridicule alumette qui se prend pour le soleil:))
    A regarder la dernière retransmission en direct du conseil municipal toutes ces personnes s’écouter parler pour ne rien dire durant des heures, on peut sans problèmes comparer l’enceinte municipale à une boite d’alumettes bien remplie. Rien de bon à prévoir pour l’avenir ville hélas.

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