Le concombre enfin démasqué à Saint-Denis-en-Val

En plein développement, les Serres du Val dirigées par Yann Jacques, produisent concombres et aubergines dans un circuit le plus vertueux possible tant pour l’environnement que pour les saisonniers qui y travaillent.

Yann Jacques, directeur des Serres du Val à Saint-Denis-en-Val (45). Photo AC Chapuis



Par Anne-Cécile Chapuis


Tout de blanc vêtu, Yann Jacques s’affaire dans ses serres. Cet ingénieur agronome qui vient tout juste de fêter ses 40 ans règne sur un site de 110 000 m² au sud d’Orléans. À l’origine et depuis 2001, cet espace était géré par trois maraîchers. C’est en 2019 que le dernier des fondateurs encore aux manettes a transmis l’entreprise à Yann Jacques qui l’a rénovée, modernisée et agrandie, tout en introduisant l’aubergine, « un challenge personnel » pour cette production difficile car très sensible aux maladies et autres insectes ravageurs. D’ailleurs, l’hygiène est une préoccupation majeure des serres, et les visiteurs ne franchissent l’entrée que munis de blouses et charlottes, après avoir traversé les sas emplis de liquide désinfectant pour les chaussures.

Le cycle des plantations est réglé. « On plante de janvier à octobre, en novembre on nettoie, et on arrive à fermer 15 jours en décembre », ce qui amène à une production annuelle de 2 300 tonnes de concombres et 1 800 tonnes d’aubergines. Les légumes sont commercialisés par l’intermédiaire des SAS SOPA et Kultive, groupements de maraîchers auprès desquels se fournissent les commerces de moyenne ou grande distribution et les grossistes.

Les aubergines en plantation hors sol sur substrats. Photo AC Chapuis

Des saisonniers fidélisés

En haute saison, la serre emploie jusqu’à 90 salariés qui peuvent représenter 23 nationalités différentes. Outre les 27 permanents (1 RRH, 1 RAC, chefs de culture, agents de serre, maintenance), c’est un turnover de 60 saisonniers en contrats d’intérim ou CDD jusqu’à 8 mois, avec une volonté de fidélisation.

Les conditions de travail, qui restent exigeantes surtout en période de canicule, ont évolué avec la mécanisation pour le transport et la mise en palettes désormais totalement automatisées. Les saisonniers, qui bénéficiaient d’habitations légères sur le site par le passé, sont aujourd’hui logés dans des maisons (avec jardin que ces travailleurs de la terre aiment à cultiver pour eux-mêmes !) en centre-ville de Saint-Denis-en-Val pour un loyer abordable.

Une démarche écologique

« Transition énergétique, biocontrôle et économie circulaire sont les trois piliers du développement de la SAS Les Serres du Val. Les serres sont chauffées grâce à deux centrales de cogénération. La lutte contre les ravageurs privilégie la protection biologique intégrée et la transition vers des intrants organiques et/ou biodégradables constitue une priorité ». En clair, chez Yann Jacques, on vide les poubelles !

Les concombres de seconde catégorie. Photo AC Chapuis


La loi du marché impose un concombre dans les normes, bien droit et calibré. Pour autant, les « moches » présentent les mêmes qualités gustatives et nutritives. Aux Serres du Val, on les valorise auprès d’industriels qui les transforment, et quant aux « très moches », ils sont envoyés en méthanisation pour contribuer à la production de biogaz.

Par ailleurs, un maximum de ce qui concourt à cette culture hors sol est en constante amélioration. Les substrats moins gourmands en eau (laine de roche, fibre de coco) ont été privilégiés. L’eau (de pluie, de forage et d’arrosage) est récupérée, filtrée, réutilisée. Pour exemple, en cette année 2026 marquée par de faibles précipitations, déjà 24 000 m³ d’eau ont été recyclés. Des écrans thermiques ont été installés sous les toitures et même les ficelles attachant les plants sont biodégradables, ce qui n’est pas neutre quand on sait qu’il en faut 1 000 kilomètres pour l’aubergine, 450 kilomètres pour le concombre.

Les bacs de récupération et traitement de l’eau. Photo AC Chapuis


La recherche et le développement restent les maîtres-mots de cette entreprise qui cherche à concilier production alimentaire et rentabilité sans négliger le respect de la planète et de ses habitants. Connaître ces lieux de production et les principes qui les sous-tendent change notre façon de consommer le concombre ou l’aubergine, enfin démasqués !


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