Le Medef de Tours a réuni au Palais des Congrès plusieurs représentants de partis politiques en campagne pour la présidentielle de 2027. Si aucun candidat n’était présent, le public qui comptait principalement des chefs d’entreprise a pu écouter chaque représentant de parti distiller sa bonne parole et exposer sa vision de la situation économique du pays.
Les partis des candidats à la présidentielle étaient représentés par des responsables politiques du Centre-Val de Loire. ©Magcentre
À l’approche de la présidentielle de 2027, les entreprises attendent des réponses aux défis économiques qui pèsent sur leur avenir. Réindustrialisation en souffrance, difficultés de recrutement pour certains secteurs, transition écologique sans freiner la croissance : autant de préoccupations au cœur de cette soirée spéciale introduite par Valentin Doligé, président du Medef Centre-Val de Loire, qui souhaitait confronter les programmes des partis aux grandes priorités des chefs d’entreprise présents dans le public.
Des entreprises qui souffrent de trop de charges
Au regard de la dernière grande étude recueillie par le Medef auprès de 66 000 entreprises françaises, la plus grande inquiétude reste le niveau des impôts et des charges sociales, juste avant le poids des démarches administratives. Contrairement aux discours présentés par les représentants des partis, la transition numérique et l’impact de l’intelligence artificielle dans le travail n’occupent que la dernière place des préoccupations. Les remaniements fréquents des règles fiscales et sociales exercent aussi une pression et une inquiétude importantes qui exigent des entreprises d’être en constante réadaptation de leur budget. La réponse la plus alarmante à cette étude est probablement que la majorité des entreprises craignent une faillite ou une fragilisation à venir si rien ne change au cours du prochain quinquennat. Elles sont ainsi 85 % à craindre une augmentation des charges fiscales et 63 % à attendre en urgence une réforme fiscale. « Le niveau des charges et des impôts est la principale difficulté aujourd’hui, à tel point que la plupart des chefs d’entreprise conseillent aux jeunes qui souhaitent se lancer dans la création d’entreprise de le faire, mais surtout pas en France », explique Charles Znaty, porte-parole du Medef national.
En présentant le déroulé de la soirée, il n’a pu faire l’impasse sur les derniers événements que le pays a connus, avec les nombreuses casses des commerces du samedi 17 octobre. « On n’a pas de direction politique, mais on essaie de créer de la prospérité et de la richesse, tout simplement », avance-t-il, avant d’interpeller les représentants des partis politiques sur la responsabilité qu’ils ont au regard de ces commerces qui mettront du temps à se relever.
Des programmes politiques vagues mais d’étonnants consensus
La parole des représentants des partis a été scrupuleusement distribuée à égalité, pas plus de dix minutes pour présenter leur constat et les axes de leur programme. Les discours ont été brefs et bien sûr vagues, mais on peut étonnamment constater des grands thèmes qui reviennent de la gauche jusqu’à la droite. La transition écologique après la canicule de cet été est souvent mentionnée, et la gestion de l’intelligence artificielle aussi. Il s’agit d’opérer des transitions importantes sans impacter la croissance.
Ainsi pour Aymeric Compain, représentant de La France insoumise et conseiller régional en Centre-Val de Loire, ces transitions doivent s’accompagner d’une augmentation des salaires. « On préfère séparer les petites et grosses entreprises, contrairement au Medef, et on est pour que les grosses entreprises payent plus que les petites. » Une vision que partage Fanny Pidoux, représentante de Place publique menée par Raphaël Glucksmann, et membre du bureau national du Parti socialiste et porte-parole de la fédération du Loiret. « Il faut supprimer la CSG et taxer les 2 % des plus riches, c’est ce que contient entre autres notre projet de loi intégrale sur le travail qui englobe tout, du salaire à la santé en passant par l’IA et la projection quant aux métiers qui vont bientôt être supprimés. »
Pour le parti Renaissance porté par Gabriel Attal, « il faut agir sur la recherche, sur la visibilité des entreprises qui ne peuvent plus se projeter, et il faut baisser les impôts et revenir sur les taxes sur le patrimoine et la fiscalité en général », développe le député tourangeau Daniel Labaronne. Le RN représenté par Thomas Ménagé ajoute qu’il faut investir dans le numérique et la robotisation – non pas opérer une transition mais plutôt l’accélérer – et partage la nécessité de baisser les charges. « Il faut aussi supprimer toutes les dépenses toxiques qui ne servent à rien, et fixer un prix fixe sur l’énergie française. »
Le défi démographique
Au-delà des charges et du coût de l’énergie, un autre enjeu de société aux conséquences économiques inquiète : la baisse de natalité en France. Romain Marsily, représentant de Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard, alerte sur ses effets à moyen et long terme. « Les enfants qui ne naissent pas sont les apprentis et les clients de demain que nous n’aurons pas » et donc, comme pour le parti Horizon, il souhaite revoir une politique familiale et instaurer un accompagnement des familles dès le premier enfant. Pour le parti « libéral », la situation est dramatique. Il souligne l’urgence de libérer les entreprises du poids fiscal, et de « cotiser moins pour gagner plus ». Le constat de l’urgence à baisser la fiscalité est aussi soutenu par Nicolas Orgelet (Les Écologistes), adjoint à la mairie de Blois, qui rappelle aussi combien la canicule de cet été a fait chuter le tourisme et impacté d’autres secteurs d’activité.
Au sortir de la présidence d’Emmanuel Macron, qui avait gagné la confiance de certains Français notamment par son expertise dans l’économie, le pays semble être proche d’un chaos dont le samedi 17 octobre a été le symptôme. Cette soirée a été le théâtre d’une belle opération séduction menée par les partis représentés, dont certains ont manifesté l’urgence d’abandonner plusieurs de leurs dogmes pour se rapprocher des intérêts des entreprises, voire de leur enjeu de survie.
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