Max Ernst à Chaumont-sur-Loire : une exposition au cœur de la nature

Du 3 octobre 2026 au 28 février 2027, le Domaine de Chaumont-sur-Loire accueille « De Natura », une exposition consacrée à Max Ernst dans le cadre du festival ARtCHIPEL. À travers peintures, sculptures et collages, l’artiste surréaliste explore une nature mystérieuse, mouvante et profondément liée à l’imaginaire. Une invitation à regarder le vivant autrement, entre matière, rêve et merveilleux.
 

Le jardin de la France, de Max Ernst. Crédit : Collection du Centre Pompidou,Mnam/Cci, Paris. Photo : CG.

 

Par Charlotte Guillois.

 

Chez Max Ernst, les arbres ne sont jamais tout à fait des arbres et les paysages semblent dissimuler des mondes insoupçonnés. La nature est moins un sujet à représenter qu’une matière à explorer, un territoire où se rencontrent le réel et l’imaginaire. Une forêt peut devenir une créature, une roche prendre les traits d’un visage, une forme végétale se muer en animal fantastique.

C’est cette relation singulière au monde naturel que donne à voir « De Natura ». En réunissant différentes facettes de son travail, l’exposition dévoile un univers où rien ne demeure véritablement immobile. Les formes se confondent, les matières se répondent et les frontières entre les règnes s’effacent. La nature de Max Ernst est une nature vivante, mais aussi intérieure : elle se nourrit des souvenirs, des rêves et des visions de l’artiste.

Quand la matière fait naître des chimères

L’une des particularités de Max Ernst réside dans sa manière de laisser la matière participer à la création. Avec le frottage, le grattage ou encore le collage, il détourne des formes préexistantes et fait surgir des images auxquelles il n’aurait peut-être pas songé autrement. Le hasard devient alors un véritable compagnon de création.

Les chimères occupent une place importante dans cet univers hybride. Oiseaux, figures humaines, végétaux et créatures imaginaires s’entremêlent jusqu’à devenir difficilement identifiables. Dans Chimère (1928), deux silhouettes d’oiseaux se superposent et semblent annoncer certaines figures récurrentes de son œuvre, notamment Loplop. Un an plus tard, ses Fleurs de coquillages (1929) font surgir des formes à mi-chemin entre la fleur et le minéral.

Cette fascination pour les métamorphoses se retrouve également dans Les Trois Cyprès, réalisés en 1951 dans les paysages de l’Arizona. Les silhouettes semblent emprunter autant au monde végétal qu’aux formes animales et humaines. Chez Ernst, la nature ne connaît décidément pas de frontières bien définies.
 

Les trois cyprès, de Max Ernst. Crédit : Collection du Centre Pompidou,Mnam/Cci, Paris. Photo : CG.

Un dialogue entre la Terre et le cosmos

L’univers de Max Ernst ne s’arrête pas aux paysages terrestres. Depuis les années 1920, les astres, les lunes et les constellations traversent également ses compositions. Le monde sous-marin, les forêts et l’espace céleste paraissent appartenir à une même continuité, comme si chaque élément de l’univers entretenait un lien secret avec les autres.

Dans Savage Moon (1926), un disque lunaire éclaire un paysage peuplé d’une forme tentaculaire, entre algue et créature fantastique. Plus tard, Les Poissons noctambules (1972) brouille les repères entre les profondeurs marines et l’immensité céleste. Les poissons semblent flotter parmi les astres, tandis que les yeux et les étoiles se répondent.

Cette vision trouve un écho dans les mots de l’artiste, qui invitait à ne jamais limiter son regard à ce qui se trouve devant soi. Une philosophie qui traverse toute son œuvre et rappelle que l’émerveillement commence parfois simplement en changeant de perspective.
 

Les poissons noctambules, de Max Ernst. Crédit : Collection du Centre Pompidou,Mnam/Cci, Paris. Photo : CG.

Le Pin perdu, un refuge au cœur de la Touraine

La relation de Max Ernst à la nature ne s’est pas seulement exprimée sur ses toiles. Elle a également pris corps en Touraine, où l’artiste s’installe durablement en 1955 avec son épouse, la peintre Dorothea Tanning. Le couple acquiert quelques mois plus tôt une ancienne ferme à Huismes, près de Chinon, qu’il baptise Le Pin perdu.

Après plusieurs années passées dans les paysages désertiques de l’Arizona, le couple découvre un environnement plus doux, entre jardin, arbres et bâtisses anciennes. La maison devient à la fois un lieu de vie, un atelier et un espace de création. Max Ernst y réalise une part importante de son œuvre jusqu’en 1967. Le jardin lui-même participe à cette démarche artistique, avec ses murs ornés de bas-reliefs et ses aménagements pensés comme un prolongement de son univers plastique.

Cette histoire tourangelle donne une résonance particulière à l’exposition de Chaumont-sur-Loire. Comme le souligne François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, « collages, tableaux et sculptures de Max Ernst dialogueront avec le fleuve et ses rives, ainsi qu’avec la mémoire de ces lieux patrimoniaux intemporels ». Il se réjouit également de voir l’artiste retrouver ce territoire où il a « créé certaines de ses œuvres majeures et vécu des jours heureux ».

Présentée dans le cadre de la quatrième édition du festival AR[t]CHIPEL, organisée avec le Centre Pompidou, « De Natura » s’inscrit dans une programmation qui célèbre également Alexander Calder. Du 15 octobre 2026 au 30 avril 2027, le festival entend faire circuler les œuvres et les artistes dans différents lieux de la région. Une manière de rappeler que le Centre-Val de Loire n’est pas seulement une terre de patrimoine, mais aussi un territoire qui, depuis longtemps, accueille et inspire la création artistique.
 

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