Dans La Gradiva, Marine Atlan, directrice de la photo et réalisatrice, met en scène un groupe de jeunes emmené à Pompéi par leur prof. Dans un récit fluide, elle capte par l’image leurs émotions et leurs conflits. Magnifiques portraits d‘ados qui se cherchent et ont du mal à trouver leur avenir. Premier film émouvant, passionnant, fin, avec une large réflexion implicite.
La visite sur le Vésuve. Photo Films du Poisson – Bibi Film TV – Arte France Cinéma.
Marine Atlan suit un groupe en voyage scolaire à Naples et Pompéi. Ils sont en terminale, emmenés par leur prof de français latin (Antonia Buresi). Ça commence dans le train, avec une longue scène assez mystérieuse de sexe (pudique mais explicite) entre un couple d’élèves, regardée, surveillée sans doute, par un troisième élève, lui-même surpris par une quatrième. Sans rien préciser, la réalisatrice saisit une belle circulation du désir dans ce groupe que l’on ne connait pas encore.
Toni (Colas Quignard). Photo Films du Poisson.
Un couple de garçons va s’emparer du récit, celui qui officiait et celui qui regardait. L’un, Toni (Colas Quignard), blond aux yeux bleus, certainement moins favorisé socialement que d’autres, semble à la fois grande gueule, écorché vif, rebelle, tout fou et très imaginatif. À plusieurs moments, Mercier, la prof, le rembarre rudement. Et il ne se laisse pas faire, lui répond, même violemment. Son copain James (Mitia Capellier-Audat), plus policé, dragueur invétéré (c’était lui le surveillé), intelligent, fils de journaliste au Monde, est lui aussi un peu retors, mais moins agressif. Plus séduisant, c’est la coqueluche des filles du groupe.
Toni et James. Photo Films du Poisson.
Et l’objet du désir de Toni aussi. Il a une histoire avec un type rencontré dans un restaurant. Mais surtout, au dortoir, il se rapproche de James, qui ne le repousse pas mais n’accepte pas ses avances. Toni en est très frustré.
Suzanne devant les fresques de Pompéi. Photo Films du Poisson.
À Pompéi, on vient bien sûr se confronter au passé. Les ruines d’abord, mais aussi les traces artistiques, les peintures retrouvées sur les murs de maisons. Mais Marine Atlan s’intéresse beaucoup aux regards de ces jeunes, leurs attitudes devant ces fresques qui justement montrent un érotisme que ces jeunes gens de 17 ans ressentent dans leur corps. Une autre séquence plus tard suit Suzanne au milieu de sculptures romaines dans un musée. Seule au milieu de ces hommes nus qui paraissent gigantesques mais avec des corps parfaits, des images lumineuses captent une émotion intense que l’arrivée de Toni ne casse pas.
En plus de ce passé commun, collectif, vit en nous un passé personnel. Toni, à partir de l’histoire de sa grand-mère, s’est construit le sien. Servante dans une famille napolitaine, elle a eu un enfant de son patron. Il a une photo qui montre la famille et sa grand-mère devant une maison. Il est certain que sa mère est le résultat d’une grande passion, ce qui le valorise, le fait rêver. Avec Suzanne, ils retrouvent l’endroit de la photo. Mais Suzanne détruit son rêve. Le patron a sauté sa bonne, comme d’habitude. Toni s’écroule.
James et les sculptures romaines. Photo Films du Poisson.
Mais Marine Atlan est très intéressée aussi par la vie quotidienne de ces jeunes, leur part enfantine et les réflexions plus matures dont ils sont capables. Une scène au restaurant où ils parlent politique les classe en catégories assez caricaturales au départ, mais intéressantes dans les développements. Un libéral très à droite, une fille pragmatique, Toni qui bouillonne, James qui tempère et la prof qui ne tranche rien, qui les écoute. D’autres moments, dans les rues, dans les chambres, montrent leur vitalité insouciante ou leurs problèmes. Et lors de la dernière soirée, ils font une petite fête pendant laquelle, hasard introduit par Marine Atlan, ils reçoivent les résultats de Parcoursup. L’avenir vient s’insérer dans la construction.
Le groupe au restaurant. Photo Films du Poisson.
La Gradiva allie fraîcheur et profondeur. Rien n’est précisé et pourtant tout est clair. Ce que ces jeunes n’arrivent pas à dire, ou disent maladroitement, brutalement, passe par l’image. Marine Atlan dessine un portrait léger et profond, précis et large, riche en émotion, captivant de jeunes qui peuvent représenter la jeunesse dans son ensemble parce que le film est choral, mais qui sont d’abord des individus en devenir, qui se cherchent avec toute la difficulté que cela implique. Elle a avec eux un rapport direct, sans surplomb scénaristique, ce qui donne au film ce caractère presque documentaire, alors qu’il est très écrit.
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