Un rassemblement organisé par l’élu orléanais a regroupé plusieurs centaines de personnes vendredi soir devant la mairie. Appelant au sursaut de « l’immense majorité silencieuse », le maire dénonce les casseurs, l’extrême gauche et LFI et se prononce désormais pour Marine Le Pen en cas de duel avec Mélenchon au second tour de la présidentielle.
Serge Gouard a mobilisé les élus devant la mairie d’Orléans ce vendredi 6 novembre. Photo Magcentre
Le quart d’heure de notoriété warholien de Serge Grouard a failli être gâché ce vendredi 6 novembre. Alors que son appel « Y’en a marre » avait rassemblé plusieurs centaines de personnes, quelques dizaines de manifestants, essentiellement des jeunes, sont venus gâcher la fête. Brièvement, les deux camps se sont fait face dans l’espace restreint devant l’hôtel de ville dans un combat verbal et choral, la Marseillaise et « ici c’est Orléans » venant étouffer « nous on est là ! » et l’Internationale. Serge Grouard, appuyé par le président de l’association des maires du Loiret, la maire de Meung-sur-Loire, Aurore Caro et le président des métiers de l’hôtellerie a pu égrener ses attaques contre « les pilleurs, les casseurs et autres abrutis ». Dans le vertige de son « Y’en a marre » diffusé partout en France, Serge Grouard entend s’imposer comme le chantre de cette majorité silencieuse et des élus à qui il lance un appel pour mobiliser les foules partout en France.
L’appel de Serge Grouard entendu. Photo Magcentre
« Contre l’ultra minorité aboyeuse »
Quelle mouche a donc une nouvelle fois piqué le maire d’Orléans ? Régulièrement pris de vertiges gaullistes, le Srge Grouard exprime souvent ses sautes d’humeur et ses envolées politiques. Il y a quelques semaines, il avait déjà semé le trouble sur les réseaux sociaux en publiant une série de vidéos abracadabrantesques qui ont fait rire au fond des chaumières. Cette fois, il entend porter le fer plus profondément. Il avait ainsi appelé à un rassemblement « citoyen et pacifique » ce vendredi soir devant la mairie afin de dénoncer « les dégradations et les violences commises dans les rues, les agressions visant les policiers, les gendarmes et les sapeurs-pompiers, les menaces et les intimidations dont sont victimes les journalistes ». Se réclamant gaulliste, avec sans doute en mémoire la grande manifestation de la droite sur les Champs-Élysées le 30 mai 1968 contre la « chienlit » gauchiste, il entend désormais parler au nom de la « majorité sans voix » intimidée par « l‘ultra minorité aboyeuse ! ».
Les opposants se sont fait entendre. Photo Magcentre
« Marre des casseurs et des agitateurs de l’ultragauche ! »
« La France se casse la gueule, a-t-il expliqué vendredi matin lors d’une grande interview complaisante de 20 minutes sur la chaîne d’informations CNews. C’est le Titanic qui coule. » Pour lancer cette manifestation, il a publié sur les réseaux un « appel aux Français » intitulé « Y’en a marre ! » largement relayé par des médias complaisants. Un appel aux élus et à la population contre la « bordélisation » et contre « LFI qui ravive les braises et veut empêcher la campagne électorale ». Ne s’attardant pas sur les revendications lycéennes ou les demandes sociales, M. Grouard répète à l’envi ses antiennes bien installées sur les antennes : « y’en a marre de voir, depuis des semaines, les rues de nos villes devenir des champs de bataille, nos commerces vandalisés, nos bâtiments publics brûlés, et des vies de travail brisées. Marre de voir des policiers, des gendarmes et des pompiers se faire agresser alors qu’ils sont là pour nous protéger. Marre de ces casseurs et de ces agitateurs professionnels de l’ultragauche qui sèment la violence pour récolter le chaos. Marre de voir des journalistes menacés et obligés d’être protégés ».
« Y’en a marre de Serge Grouard » !
L’opposition municipale est naturellement vent debout contre cet « appel qui divise ». Les élus de toute la gauche s’interrogent d’ailleurs : « Au nom de qui parle-t-il, lui M. Grouard, le maire d’Orléans ou le président de la Métropole ? » La gauche dénonce même « le roi de l’amalgame » en rappelant que le maire avait été particulièrement discret lors de l’hommage rendu à l’occasion de l’attentat de Trappes.
Cela dit, faut-il placer ce « y’en a marre » (auquel la gauche répond par « y’en a marre de Serge Grouard ») au rang des éruptions cutanées qui perturbent régulièrement le maire ? Ou alors l’expliquer par l’ego surdimensionné d’un élu qui cherche à retrouver une petite place sur l’échiquier politique national. Ex-UMP puis ex-LR, depuis divers droite, Serge Grouard navigue au gré des vents entre Jacques Chirac, son mentor, Jean-Louis Borloo et l’extrême droite. Pendant des mois il se voit même ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Jacques Chirac, puis ultérieurement président des Républicains avec à chaque fois la déconvenue, voire la risée dans le landerneau orléanais.
Obsession sécuritaire
Avec cet appel qu’il aimerait voir repris au niveau national, il retrouve une petite notoriété nationale et même son rang de commentateur sur la droitière CNews où il eut longtemps son rond de serviette. Même s’il se défend de toute affinité avec l’extrême droite, ses positions ravissent le Rassemblement national. En fait, M. Grouard aime choquer, décontenancer ses interlocuteurs. Un jour avec beaucoup de convictions, il prend la défense des Ukrainiens ; une autre fois il attaque l’afflux de migrants dans sa ville affirmant que « Orléans ne sera pas Calais ». Et depuis 2001 avec son fidèle bras droit sécuritaire Florent Montillot, il a régulièrement flatté les instincts primaires les plus réactionnaires avec des propos anti-migrants, des arrêtés contre la présence des mineurs la nuit ou contre la mendicité.
Oui à Marine Le Pen !
A-t-il définitivement viré de bord ? Là encore il trouble le jeu tout en se crispant sur son obsession sécuritaire et la lutte contre l’immigration. Lors de l’amicale interview sur CNews, il s’est ainsi démarqué d’Édouard Philippe associant une partie de la casse dans les manifestations aux jeunes issus des quartiers et de l’émigration. « Je n’accepte pas cette immigration ouverte comme dans un moulin » martèle-t-il, tout en rappelant sa vieille revendication démagogique et intenable : « immigration zéro ».
Homme de droite, il refuse pour les prochaines présidentielles de prendre parti pour l’un des nombreux candidats de la droite qu’il imagine comme « un équipage du Titanic » prêt à sombrer. Seule certitude, comme élu « lepéno-compatible » il votera Marine Le Pen lors d’un éventuel face-à-face Le Pen-Mélenchon au second tour le 2 mai prochain. Une déclaration qui n’a pas surpris l’opposition écologiste et de gauche du conseil municipal : « C’est une nouvelle étape de la campagne menée par Serge Grouard pour Marine Le Pen, dans l’espoir d’un strapontin ministériel que tous les gouvernements lui ont jusqu’ici refusé ».
Serge Grouard fait ainsi pour la première fois et officiellement un pas vers l’extrême droite qu’il a accueillie il y a deux semaines lors du congrès national du RN. Cela paraissait évident mais cela va mieux en le disant… même sur CNews !
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