Jean-Baptiste Perronneau: du pastel au numérique

L’exposition consacrée à Jean Baptiste Perronneau proposée par le Musée des Beaux Arts d’Orléans cet été, première rétrospective consacrée à cet artiste, offre une occasion exceptionnelle de découvrir l’art de ce portraitiste du XVIIIe siècle: elle intéressera le touriste de passage pour son ouverture sur l’Europe des Lumières, elle intéressera en plus le visiteur orléanais par l’éclairage sur la vie artistique locale  qu’elle comporte.

Portrait d’une femme en robe bleue et de son serviteur noir Pastel sur papier entoilé JB Perronneau 1746 Orléans MBA

De la beauté
Le pastel a l’éclat et la fragilité
Claude-Henri Watelet in “L’art de peindre”

Cette exposition, c’est d’abord la redécouverte d’une technique picturale, le pastel qui connut une vogue particulière au XVIIIe siècle, et dont Jean Baptiste Perronneau fut tout à la fois l’un des maitres avec Quentin Delatour et l’un des promoteurs réalisant plus de quatre cent portraits de personnalités connues et/ou oubliées à travers l’Europe des Lumières. Nobles, savants, bourgeois, artistes, femmes et hommes d’une nouvelle société en gestation sont présentés ici: soixante-dix portraits dont cinquante trois au pastel, provenant de collections publiques et privées, viennent enrichir l’ensemble de dix-huit portraits de cet artiste conservés au musée d’Orléans, pastels dont on ne se lassera pas de dire combien ces portraits ont gardé une fraicheur, une intensité du regard, une personnalité saisie dans toute son expressivité.

Et puis, bien sûr, il y a cette amitié orléanaise de Perronneau avec Thomas Aignan Desfriches, commerçant artiste et mécène orléanais, qui accueillit plusieurs fois l’artiste lors de ses pérégrinations européennes, ce qui nous vaut ces magnifiques portraits de M. et Mme Desfriches récemment acquis par le musée d’Orléans.

Portrait d’Aignan-Thomas Desfriches JB Perronneau pastel sur papier bleu 1751 MBA Orléans

Fragiles pastels

L’exposition de Musée des Beaux Arts d’Orléans est la plus importante consacrée à cette technique depuis 1908 ! La raison en est simple: l’extrême fragilité de ces œuvres, le plus souvent sous verre, faites de poudre colorée et de papier: dès le XVIIIe siècle cette fragilité imposait des conditions drastiques de transport (interdiction de clouer les caisses !) notamment lorsque Jean-Baptiste Perronneau se trouvant à l’étranger se devait d’envoyer ses portraits à Paris aux Salons du Louvre (qui lui vaudront plus tard les critiques de Diderot et de Bachaumont).

Aujourd’hui, le musée d’Orléans a du réaliser des prouesses techniques pour réunir ces œuvres venues de toute l’Europe avec un procédé de transport mis au point par Valérie Luquet, chargée de la restauration et de la conservation préventive des pastels au Musée des Beaux Arts. Cet investissement en recherche a permis cette exposition, et fera d’Orléans un musée expert pour cette technique picturale, expertise complétée par une politique d’acquisitions et de restaurations régulières.

La fonction du portrait: nouvelle technique pour une société nouvelle

L’exposition offre aussi l’occasion d’une réflexion sur l’art du portrait et son évolution: l’apparition de la technique du pastel, et Perronneau en saisit alors tout l’intérêt, ouvre la fonction représentative du portrait à un large public: le portrait perd sa fonction de représentation du pouvoir religieux ou civil pour devenir une figuration humaine dans toute la subtilité de son expression instantanée. Étonnamment, les portraits de Perronneau sont pratiquement tous cadrés de la même façon, calqué sur le cadrage d’un autoportrait de Rembrandt: légère contre plongée du sujet et regard “caméra”. 

Une exception: portrait de Philippe Cayeux, sculpteur et de son épouse qui renforce l’impression d’un instantané. JB Perronneau non daté
Coll. particulière

Le pastel autorise une forme de matérialité des tissus et des accessoires quotidiens toujours présents qui renforce cette sensation de saisit sur le vif (l’exposition offre d’intéressantes comparaisons avec des portraits à l’huile réalisés en seconde main, à la demande des commanditaires).

Ainsi cette technique du pastel, et c’est aussi l’intérêt de cette exposition, comporte-t-elle en son sein une double révolution dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Une révolution sociale d’abord, car le pastel a le double avantage d’être relativement bon marché et rapide à exécuter ouvrant le privilège du portrait à une nouvelle classe sociale, une bourgeoisie certes éclairée mais aussi pressée car sans doute moins oisive qu’une noblesse qui prenait le temps de poser en grand apparat.

Le pastel est ainsi intrinsèquement le précurseur de l’instantané photographique, mais le pastel comporte par sa technique spécifique une fragilité particulière de conservation, et de nombreux procédés furent essayés sans succès pour en améliorer la durée de vie. Le pastel se trouve être la manifestation d’une société nouvelle dont la consommation d’images va aller s’accélérant, jusqu’à nos jours où le numérique offre une profusion sans doute de plus en plus  éphémère d’images, et ce n’est sans doute pas le moindre des paradoxes de notre société qui sera sans doute celle dont les images s’effaceront bien plus vite que celles de Lascaux…

Que de bonnes raisons pour ne manquer cette exposition à aucun prix !

Gérard Poitou

Jean-Baptiste Perronneau, portraitiste de génie dans l’Europe des Lumières”

Exposition du 17 juin au 17 septembre 2017 labellisée “Exposition d’intérêt national” par le Ministère de la Culture

Musée des Beaux Arts d’Orléans place Sainte Croix 45000 Orléans 02 38 79 21 86

Samedi 17 juin à 15h, par Dominique d’Arnoult, commissaire de l’exposition, spécialiste de Jean-Baptiste Perronneau

Vendredi 30 juin à 18h : « Le pastel dans tous ses états », par Valérie Luquet, restauratrice des arts graphiques du MBA

22 et 23 juin Colloque international « Jean-Baptiste Perronneau, un artiste de son temps ? »

https://www.facebook.com/MBAOrleans/

 

 

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