Portraits du futur maire de Tours: l’ex-président de l’OM ou l’ancien barman?

Tours, lanterne rouge de Ligue 2, va t-elle se donner comme nouveau maire un ancien président de l’Olympique de Marseille, Christophe Bouchet? La succession de Serge Babary (LR) en partance pour le Sénat pour cause de cumul, promet en tous cas d’être sportive. Un bon signe avant-coureur pour l’ancien journaliste de l’AFP et de la NR?

Le Vinci un des monuments phares de Tours.

Quel que soit le nouveau premier magistrat, Tours sera gouvernée au centre. Un peu plus au centre droit si Xavier le favori Dateu l’emporte car plus “Briand-compatible” que Bouchet ce qui à Tours est indispensable. Le président de la métropole aurait ainsi les coudées plus franches pour continuer de tirer les ficelles tourangelles, qu’avec un Christophe Bouchet à la personnalité affirmée.

Un peu plus au centre gauche si Christophe Bouchet créé la surprise en l’emportant soit au match aller, soit au match retour. En effet, il est probable que celui que ses adversaire à gauche baptisent “l’ancien barman”, un homme réputé fade et sans charisme, Xavier Dateu, l’emporte ce jeudi soir devant la majorité de droite qui se réunit à huis clos. Mais il n’est pas exclu non plus que son adversaire Christophe Bouchet qui, toute sa vie a bénéficié de concours de circonstances favorables et qui n’aurait plus rien à perdre, tente le coup de poker et maintienne sa candidature. Devant l’intégralité du conseil municipal cette fois, mardi prochain, le 17 octobre. Que ferait la gauche dans cette hypothèse? Elle est minoritaire mais pourrait faire basculer le résultat et donner à Tours un maire plus dans la lignée de Jean Germain qu’avec Xavier Dateu? Selon nos sources, elle n’aurait pas pris sa décision, mais si la minorité joue le coup suivant, les municipales de 2020 (ou 2021), le vote de l’opposition, y compris du petit noyau qui a basculé chez “En marche”, en faveur de Christophe Bouchet, le maire de centre gauche, aboutirait à se tirer une balle dans le pied…

Ch.B

Nos confrères et partenaires de 37° présentent le scrutin municipal et font le portrait les deux protagonistes. Par Mathieu Guia

Alors que la ville de Tours aura dans les prochains jours un nouveau maire, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur ce bouleversement politique lié à l’élection de Serge Babary au Sénat. Et si la loi est claire, le nouveau maire sera désigné en interne au sein du Conseil Municipal, les Tourangeaux s’interrogent en effet sur qui dirigera la ville à partir du 17 octobre au soir, mais aussi quel projet appliquera-t-il…

Serge Babary, maire de Tours en partance vers le sénat.

L’équation est connue, les 42 élus de la majorité municipale désigneront jeudi soir le candidat qu’ils porteront devant le Conseil Municipal du 17 octobre et donc sauf surprise celui qui sera le prochain maire de Tours. Deux actuels adjoints se sont déclarés candidats et présenteront leurs projets devant leurs homologues : Christophe Bouchet et Xavier Dateu.

Xavier Dateu : un élu issu du sérail politique

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Né en 1965, Xavier Dateu, l’actuel adjoint aux sports, connaît bien la politique locale pour en faire partie depuis près de 30 ans maintenant. Pourtant le grand public a surtout découvert son nom au début des années 2010, lorsqu’il a pris des galons au centre-droit.

Arrivé dans la politique locale sous Jean Royer auprès de qui il a travaillé comme collaborateur à la fin des années 80, il a par la suite travaillé au cabinet du président du Conseil Général Jean Delaneau à partir de 1993, puis été proche de Renaud Donnedieu de Vabres, alors leader de la droite tourangelle. Il a également été assistant parlementaire de Sophie Auconie, alors députée européenne, pendant quelques mois entre 2009 et 2010, avant qu’une brouille ne vienne rompre cette collaboration, non sans conséquences sur la suite (voir plus bas dans l’article).

Longtemps homme de l’ombre, Xavier Dateu a longtemps eu une réputation de grognard de la droite et du centre-droit, capable d’intriguer discrètement, tout en étant adoubé en coulisses par les pontes locaux, Philippe Briand en tête. Une réputation qui tient également à son franc-parler et son verbe haut. Jamais avare de bonnes phrases et de punchlines bien sorties, Xavier Dateu ne mâche pas ses mots y compris en public. « Je n’aime pas l’hypocrisie » aime-t-il ainsi répéter pour défendre cet aspect direct et sans concessions qu’il peut arborer.

Mais une carrière ne saurait se construire sur ces seuls facteurs. Xavier Dateu a su en effet construire patiemment sa carrière. Après s’être détourné de la politique au milieu des années 2000 pour ouvrir un commerce dans la restauration dans le Vieux-Tours (liquidé judiciairement quelques années plus tard), Xavier Dateu se présente devant les électeurs lors des cantonales de 2011, qu’il perd face à Claude Roiron, alors au sommet de sa carrière. Un retour qui annonçait néanmoins une volonté de s’imposer via une stratégie claire en deux axes : conquérir dans un premier temps le parti centriste (chose faite en 2013) et arpenter le terrain. Son élection à la tête du Nouveau Centre d’Indre-et-Loire en 2013, sur fond de malaise interne, lui a permis ainsi de compter en vue des Municipales de 2014 pour obtenir une place de choix dans l’équipe de Serge Babary. Une première étape avant son « sacre personnel» en 2015 lors des Départementales où candidat sur Tours-Nord il bat avec sa binôme Cécile Chevillard, le président départemental sortant, le socialiste Frédéric Thomas.

Réputé fidèle en politique, Xavier Dateu n’a néanmoins pas toujours eu que des bonnes relations avec ses homologues. Au sein de la mouvance centriste déjà, où ses inimitiés avec Sophie Auconie ont créé moult remous dans cette famille politique à partir de 2010. Une brouille qui a conduit à divers épisodes plus ou moins flatteurs pendant lesquels chacun a essayé de mettre des bâtons dans les roues de l’autre.

Des relations tendues également avec certains de ses collègues de la majorité depuis 2014 et qui ont conduit à quelques affrontements plus ou moins larvés, obligeant Serge Babary à recadrer les choses.

Enfin, il y a le bilan de l’élu, celui aux sports à la ville de Tours, mais aussi celui de vice-président du Conseil Départemental couvant son territoire de Tours Nord. Au niveau des sports, Xavier Dateu a su mener la fusion de plusieurs clubs tourangeaux à l’instar de ceux ayant permis la création de l’UTBM, le dossier de la patinoire est également dans les clous, tout comme celui de l’Arena que l’adjoint aux sports a appuyé. Mais il y a aussi les conflits avec le Tours FC et son président, au caractère affirmé lui aussi, Jean-Marc Ettori. Du côté des territoires, si Xavier Dateu a compris la nécessité d’être présent et de jouer la proximité, certains avancent néanmoins l’argument d’un élu peu avare en promesses, mais qu’il est par contre parfois compliqué de tenir.

Christophe Bouchet : Journaliste et homme d’affaires venu sur le tard en politique

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Si Christophe Bouchet est issu lui aussi de la famille politique centriste, son parcours est tout autre.

Né en 1962, journaliste de formation ayant commencé sa carrière au sein du groupe NR, Christophe Bouchet a par la suite travaillé au sein de l’AFP ou du Nouvel Obs. En parallèle, il a écrit également plusieurs livres sur le monde du sport et notamment sur l’Olympique de Marseille et Bernard Tapie qui lui ont permis de se constituer un réseau important. Ses liens avec l’Olympique de Marseille lui permettront ainsi en 2002 de devenir actionnaire du club mais surtout d’en devenir le président. Une période clé dans sa carrière qui lui a permis de se faire un nom et une réputation nationale : transfert de Drogba, finale de la coupe UEFA, retour en ligue des champions pour l’OM, il reste une image positive de son passage au sein du club olympien, du moins en façade, les derniers mois et son départ en cours de saison en 2004 étant là pour rappeler que tout ne fut pas rose au final.

Christophe Bouchet au congrès des régions à Orléans.

Une expérience qui marque à jamais de l’aveu même de l’intéressé qui saura faire fructifier cette prestigieuse ligne sur le CV en se construisant une image publique autour. Après l’épisode marseillais il rebondit toujours autour du milieu du football, via une entreprise gérant le marketing de plusieurs clubs dont le Toulouse FC. Sport et business, deux univers intimement liés dans le parcours de Christophe Bouchet, ce dernier prenant la tête par la suite de Sportfive, une filière dans le marketing sportif appartenant au groupe Lagardère, avant de travailler au sein de sa propre société Goald, spécialisée là aussi dans la stratégie, le marketing et le consulting                                                                                       dans le milieu du sport.

Tourangeau de naissance, Christophe Bouchet se fait un nom à Tours en 2009, lorsqu’il prend la vice-présidence du Tours FC aux côtés de Frédéric Sébag. Une expérience qui durera jusqu’en 2011, année où il prend du recul avec le club, officiellement pour se lancer en politique, officieusement à cause de rapports qui se sont distendus avec le président du club.

Proche de Jean-Louis Borloo, Christophe Bouchet se lance en politique lors des élections législatives de 2012 sous l’étiquette du parti radical. Au terme d’une campagne difficile pour la droite dans son ensemble, il essuie un échec important puisqu’il ne récolte que 1,62% des voix. Un échec personnel qui le fait néanmoins entrer dans le cercle politique local et lui permet de se placer comme un des acteurs de la recomposition de la droite et du centre-droit en vue des Municipales de 2014. A la suite de la victoire de la liste de Serge Babary, il devient adjoint au tourisme et au rayonnement, sans avoir de services propres. Mais dans le meme temps Christophe Bouchet peine à s’imposer comme leader d’un centre-droit rongé par les conflits internes et batailles d’egos. Apres avoir eu quelques temps la presidence de l’UDI, il laisse cette place en 2016 à Sophie Auconie. Côté mandat apres un début où il aura plus marqué par sa discrétion, et aura ete critiqué par ses absences de Tours, il commence à prendre de l’importance au sein de la majorité dans le cadre des préparatifs de l’année martinienne qui se solderont finalement par un demi-échec. Un premier projet d’ampleur qui sera suivi du festival les Franco-Gourmandes, d’Envies de Loire, mais aussi d’une politique touristique réaffirmée en lien avec la désormais Métropole où il siège également. Malgré tout, hormis quelques réussites comme les illuminations de la cathédrale, son action sur le rayonnement peine à fédérer et à convaincre les Tourangeaux, ce que ses détracteurs rappellent, tout en pointant le portrait d’un élu « ayant souvent des bons projets mais qui manque de suivi des dossiers par la suite ».

Un degré en plus : quel projet pour la fin du mandat ?

Quel nouveau maire pur diriger la ville de Saint Martin.

Christophe Bouchet et Xavier Dateu candidats, reste à savoir quel projet ils porteront pour la ville de Tours. Si les deux candidats se placent en effet dans les pas de Serge Babary avec qui ils ont été élus en 2014, nul doute qu’ils voudront apposer leur patte à la politique municipale. Et si Christophe Bouchet en a esquissé les grandes lignes au cours d’une interview qu’il nous a accordé, Xavier Dateu reste pour l’instant silencieux malgré nos demandes. L’adjoint aux sports préférant garder ses arguments pour les élus de la majorité a même décommandé un débat prévu sur TV Tours ce mardi face à Christophe Bouchet. Dommage, les Tourangeaux auraient bien aimé y voir plus clair, même s’ils ne votent pas…

M.G






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