“My Fair Lady”, une fête éblouissante de fraîcheur

Réjouissant et décoiffant… Superbe production avec cent-quatre- vingt interprètes sur scène…  Joli triomphe  pour la première des trois représentations,  pleine de fraîcheur et haute en couleurs, de la comédie musicale “My Fair Lady” , nouvelle création de La Fabrique Opéra Val-de-Loire donnée, ce vendredi,  devant quelque trois mille spectateurs au Zénith d’Orléans. A la fin de cette comédie musicale  de Frederick Loewe et Alan Jay Lerner d’après le Pygmalion de George Bernard Shaw, reprise judicieusement mise en scène par Franck Jublot, place à l’heureuse et légitime  ovation debout à l’adresse d’une grande histoire. Celle qui conte la rencontre tumultueuse d’une petite marchande de fleurs pleine de gouaille et d’un linguiste machiste qui parie de la faire devenir la plus lady des ladies, une vraie duchesse,  au grand bal de la reine.  

Marie Oppert, Kris Bellig GP

Comme le veulent les belles romances enlevées hollywoodiennes, au terme d’une floraison de vifs et tendres tableaux, l’amour finit par triompher sur les jeux de la cruauté et de l’innocence. Le professeur succombera à son élève et se jettera, éperdu et perdu,  dans les bras d’une personne à la frimousse à  nulle autre pareille, celle d’une jeune femme dont la piquante authenticité ne peut que désarçonner. 

Une distribution d’un naturel radieux

Remarquable de talent, de naturel et de mordant,  est  ici Marie Oppert dans le rôle d’Eliza Doolittle, jeune artiste conjuguant théâtre et chant, langue française et langue anglaise,  avec une grâce étourdissante qui soulève l’émotion et le rire par une présence absolument radieuse. Epatants sont aussi,  à ses côtés, l’élégant Kris Belligh en professeur Higgins, Arnaud Masclet en impatient colonel Hugh Pickering, Julien Salvia en Freddy Eynsford-Hill (crooner de haut vol épris d’Eliza), et enfin Jean-Michel Fournereau, truculent père de la marchande de fleurs, personnage  “au gosier fort en pente” qui fait montre d’une énergie festive qui retourne le public.

Une partition dansante et langoureuse

Dès les premières notes d’une partition dansante  et langoureuse qui  distille impeccablement swing et mélancolie, La Musique de Léonie, ensemble de cordes et de cuivres  de haut vol placé sous la direction de Clément Joubert, directeur artistique du projet, donne de l’éclat au charme et du festif à une intrigue nourrie de ce désir d’abolir les différences entre les classes sociales au bénéfice du respect de chacun.

Bal de la reine avec Marie Oppert et Jean-Claude Cotillard. JDB

Comme à la parade, ces musiciens , comme chacun de leurs partenaires, choristes et danseurs, professionnels et amateurs,  diffusent un évident parfum de bonheur de se retrouver  qui captive un public  par ailleurs bluffé par  l’incroyable travail de cinq cents élèves, apprentis et étudiants qui participent, côté costumes, décors et maquillages, à cette réalisation divertissante et mélodieusement musclée.

Dans les coulisses d’un gracieux divertissement

François Bonneau signe, sur le bureau du professeur Hggins la nouvelle convention unissant Région et Fabrique Opéra. JDB.

Peu avant le spectacle de vendredi, François Bonneau, président du Conseil régional du Centre Val-de-Loire a signé, avec Estelle Dufour, présidente de La Fabrique Opéra Val -de- Loire,  une convention sur trois ans garantissant l’apport de 60.000€ à l’association. Pour François Bonneau, “l’énergie du projet, le plaisir d’y participer, l’évidente dimension humaine qui nourrit l’entreprise et l’implication des élèves du territoire,  ne pouvaient que séduire une Région extrêmement attachée au développement de la culture”.

Clément Joubert, serein et confiant, à quelques minutes d’entrer en scène,  parle  quant à lui de la “ferveur renversante” des élèves,  se félicite du travail de Franck Jublot qui dirige sur scène son mentor,  Jean-Claude Cotillard , alors  que lui-même doit aussi diriger une choriste particulière, à savoir Arlette Biget, belle musicienne et pédagogue qui fut son grand professeur de flûte traversière.  Clément Joubert, malicieusement souriant et généreux:  “Si Franck et moi nous en sommes là, c’est que nos mentors nous ont inculqué  de bonnes manières artistiques,  et le désir de partager humblement nos connaissances humaines.” 

Le public est lui-même un acteur

Clément Joubert GP

Comment Clément Joubert vit-il cette direction d’orchestre ? “Que ce soit avec le choriste tout au fond de la scène  ou avec le premier  violon juste à côté de moi,  je suis au contact. Le concert et le spectacle,  je ne les vois en fait que de manière analytique,  avec une émotion artistique pure, celle qui me rend par instant admiratif et m’emplit de bonheur lorsque je mesure qu’un effet tombe pile, qu’une phrase musicale est à point  et que tout  relève  du fait de jouer ensemble. 

En vérité, si je me laisse emporter par l’émotion,  je ne peux pas gérer ce qui se passe  dans l’orchestre. Il faut que mon corps soit avec lui mais que je garde la tête hors du son. Le public, je la sens comme un souffle, une présence,  je tente de lui répondre, de lui parler, c’est ce qui contribue aussi à donner de la magie à ce métier dans lequel faire rire et pleurer,  réclame un grand et long travail. “

Un souffle d’ouverture et d’audace

Passeur, homme soucieux de démocratiser l’art lyrique, de tisser des liens enrichissants entre interprètes et spectateurs, de créeer des spectacles qui ne sont que des marchepieds, des invitations à découvrir ce qui se joue sur d’autres scènes, Clément Joubert a déjà donné rendez-vous au public , au Zénith, du 22 au 24 mars 2019. Quel sera le spectacle qui succédera à cette comédie musicale qui n’est autre, selon lui, qu’un opéra du XXe et du XXIe siècle ? C’est encore un secret. Reste que le nom du prochain metteur en scène est d’ores et déjà annoncé. Il s’agira de Gaël Lépingle. 

Derniers mots: le budget de cette production My Fair Lady est de 550.000€ . Incroyable mais vrai , il provient à 65%  de la billetterie (!) et à 35% du mécénat privé et du mécénat public. Chapeau bas pour l’audace, le risque, le talent et le sens de l’audacieux partage d’une entreprise artistique qui est une magnifique respiration culturelle.

Jean-Dominique Burtin

Nouvelles représentations  le   samedi 24 mars à 20 heures et le  dimanche 25 mars à 16 heures au Zénith d’Orléans.

Nombreux tarifs selon catégories et tarifs réduits allant de 19€ à 59€. En savoir plus : www.lafabriqueopera-valdeloire.com

L’album photos du spectacle:

Et les coulisses:

Commentaires

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  1. Brillant! ,absoluely gorgeous at all levels ,,
    Thanks every so much for a great moment of pure Enjoy ment !

  2. Mise en scène parfaite.
    Bravo à toute la troupe et aux équipes engagées dans ce magnifique spectacle.

  3. tout simplement sublime. quel beau travail d’ensemble !
    ça vaut bien broadway !
    je ne comprends pas qu’ils ne partent pas en tournée, au moins dans la région, et pourquoi pas à Paris !,

  4. Ni ĉeestis kun grandega plezuro la spektaklon sabatan: la publiko mem partoprenis la entuziasmon ĝeneralan! Gratulojn!
    (En la Lingvo Internacia ESPERANTO, la 26-an de marto 2018-a)

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