Jazz or Jazz : une première soirée pleine de couleurs

La formation orléanaise United Colors of Méditerranée a ouvert ce mardi 24 avril le festival Jazz or Jazz, qui se prolonge jusqu’au samedi 28 à la Scène nationale d’Orléans. Outre les concerts, deux expositions sont aussi proposées : la collection photographique de Francis Paudras, un ensemble de clichés des grands noms du jazz des années 50, ainsi que les peintures de Daniel Humair, à qui l’on doit aussi l’affiche du festival.

Jazz or Jazz. Du jazz ou du jazz. Un nom qui sonne davantage comme une exclusion qu’une alternative. Sous-entendu, « ce sera du jazz et rien d’autre ». Certes, peu surprenant pour un festival de jazz. Mais le genre a cette réputation d’exigence quasi-hermétique, peu prône à l’ouverture. C’est pourtant faire fi de la richesse du (des) jazz, un genre presque fourre-tout tant il regroupe d’innombrables styles, dont on pourra découvrir une partie durant le festival. Jazz or Jazz, c’est un hommage à un genre généreux pour ceux qui se laissent porter par l’aventure. Et quelle aventure est proposée pour ce premier soir.

Des couleurs sur scène…

United Colors of Méditerranée. Concert de sortie de Sirocco. Photos Jean Puyo

En guise d’ouverture, le groupe United Colors of Méditerranée est venu présenter en avant-première à une salle complète des morceaux tirés de leur premier album, Sirocco, produit par O’Jazz et qui sort le 27 avril prochain. Un album qui porte bien son nom, tant la musique de la formation orléanaise, parfois violente mais toujours chaleureuse, invite au voyage. Un voyage musical autour de la Méditerranée, qui nous entraînera du détroit au Bosphore au delta du Nil en passant par le Sahara et l’Andalousie.

Si les influences du groupe sont nombreuses, leur synthèse est des plus cohérentes. Alternance de compositions abouties et d’improvisations héroïques, le groupe cherche à faire sens dans « un monde qui ne tourne pas rond ». Cela donne des morceaux sombres et plaintifs (Countdown, Silence After blow-up, This World is getting wrong) portés par les échos d’un violon électrique, ainsi que des airs plus lyriques, quasi liturgiques (Vue du ciel, Night in Cairo) dont le doux parfum d’Orient nous fait vaciller.

Si chaque membre est excellent, on retiendra les performances de Guillaume Dettmar au violon et Jean-Jacques Taïb au saxophone et à la clarinette. Le premier, également compositeur, donne le ton ; tantôt joyeux, tantôt mélancolique, mais toujours sincère. Le second se lance quant à lui régulièrement dans des solos virtuoses, entre bagou taquin et rage exutoire. Plus discret, Pierre Bluteau à la guitare, Philippe Draï aux percussions et Bernard Cochin à la contrebasse (remplaçant Brahim Haiouani) ne déméritent pas pour autant, infusant leur personnalité à chaque instant. Le plaisir qu’ils prennent ensemble est communicatif : le groupe s’éclate, et le public aussi.

et en galerie

Daniel Humair cl Patrice Delatouche pour O’Jazz

Si United Colors of Méditerranée nous propose un voyage musical plein de couleurs, Daniel Humair peint les couleurs avec musicalité. Si l’artiste est surtout connu comme étant célèbre batteur de jazz et chantre de l’improvisation, il est aussi un peintre étonnant, jouant des formes et des couleurs comme il joue des drums et des cymbales. C’est par ailleurs une œuvre de Daniel Humair qui fait office d’affiche cette édition de Jazz or Jazz. L’exposition, réalisée en partenariat avec la Galerie Le Garage, propose de découvrir l’œuvre d’un artiste à plusieurs casquettes.

Si Daniel Humair distingue son activité de peintre de celle de musicien (« je ne fais ni de la peinture de jazz ni du jazz de peinture » explique-t-il), ses préoccupations dans les deux restent les mêmes : la recherche de « tension, dans l’espace ou dans le son », ou de « tonalités qui fonctionnent », mais surtout la recherche de plaisir. Que ce soit sur scène ou dans l’atelier, il faut que l’artiste « s’amuse pour qu’il puisse donner de son meilleur ».

Le meilleur pour ce dernier, c’est « éviter le spectaculaire ». Dans ses toiles, cela veut dire jouer volontairement avec le plat, le lisse : ici, pas d’effets de reliefs, ni de matières. Pour autant, il émane des toiles une profondeur de champ, par les formes et les couleurs. La texture est à l’œil, et non au toucher. Le meilleur sur scène, on pourra quant à lui le découvrir avec Théo Ceccaldi pour le concert de ce mercredi 25 avril à 20h30 au Théâtre d’Orléans.

Outre les œuvres de Daniel Humair, la galerie du Théâtre d’Orléans expose également la collection de Francis Paudras. Ami des musiciens de jazz français et américains, ses clichés montrent tous les grands dont Miles Davis, Chet Baker, Duke Ellington, Ella Fitzgerald, ainsi que Bud Powell, que Francis Paudras admirait tout particulièrement. Des clichés rares d’artistes légendaires.

NPVS

Jazz or Jazz

du 24 au 28 avril 2018

Théâtre d’Orléans boulevard Pierre Ségelle 45000 Orléans

Tout le programme

 

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