Orléans et la Nouvelle-Orléans : des liens qui remontent à 1917

Mardi 15 mai, l’écrivaine et historienne Anne-Marie Royer Pantin a tenu une conférence au Musée des Beaux-Arts sur les liens historiques entre Orléans et la NouvelleOrléans. C’est que les deux villes, jumelées depuis le 5 janvier 2018, sont en réalité liées depuis le XVIIe siècle ! Et il fallait bien la patience d’une historienne pour remonter le temps et retrouver ces indices oubliés…

Le maire d’Orléans, Fernand Rabier, reçoit la délégation de la Nouvelle-Orléans dans la cour de l’Hôtel Groslot, le 31 octobre 1917, à l’occasion du Bicentenaire de la Fondation de la Nouvelle-Orléans, Fonds ECPAD

« Aujourd’hui, je vais vous parler d’amitié » explique Anne-Marie Royer Pantin. Ce mardi, plus d’une quarantaine de personnes sont présentes dans l’auditorium du Musée des Beaux-Arts et l’écoutent avec attention. L’historienne a bien enquêté et elle a quantité d’histoires et d’anecdotes à raconter. Et comme souvent avec les gens passionnés, l’histoire devient passionnante.

Anne-Marie Royer Pantin

En ce qui concerne Orléans et sa ville sœur, l’histoire remonte à 1718, lorsque Bienville fonde la NouvelleOrléans, un nom qui rend hommage au régent d’alors, le duc d’Orléans. Mais c’est en 1917, avec la future célébration du bicentenaire de la ville qui s’annonce, que des liens vont se tisser. C’est un certain André Lafargue, issu d’une famille française installée depuis le XVIIe à la NouvelleOrléans, qui va faire avancer les choses. Francophone, très attaché à la culture française (il est même rédacteur au journal « L’abeille de la NouvelleOrléans », écrit en français), il encourage les liens entre les deux villes et souhaiterait voir une délégation orléanaise pour fêter le bicentenaire. Lui et plusieurs autres habitants forment alors un convoi et partent vers Orléans, en octobre 1917.

André Lafargue et Orléans

C’est une France en pleine guerre qui les reçoit. Ils sont célébrés à Paris avant de descendre vers Orléans. Le maire de la ville, Fernand Rabier les accueille chaleureusement et leur fait visiter Orléans. Mais la délégation est choquée par ce qu’elle voit de la guerre, et est admirative du courage des Orléanais, qui font face aux privations. Il ne faut pas non plus oublier que les Américains envoient leurs « boys » combattre en France à cette époque ; les liens France-Amérique sont à ce moment-là très resserrés.

Alors, même si aucune délégation française ne vient à la fin de la guerre, pour enfin célébrer le bicentenaire à la NouvelleOrléans, Fernand Rabier envoie tout de même un mot pour leur souhaiter de bonnes célébrations. Quant à André Lafargue, il revient régulièrement en France et à Orléans, et est même fait citoyen d’honneur de la ville en 1919. Anne-Marie Royer Pantin ne peut s’empêcher de lire les envolées lyriques des discours tenus ce jour-là. « Qu’est-ce que c’est beau… Je pourrais continuer à les lire des heures ! ».

Premières fêtes johanniques pour la NouvelleOrléans en 1921

C’est ensuite au niveau religieux que le lien se tisse entre « la citée mère » et la NouvelleOrléans. Lors de la canonisation de Jeanne d’Arc en 1920, l’évêque américain, Mgr Shaw entreprend d’instaurer des fêtes johanniques. Il suit les conseils de Mgr Touchet, l’évêque d’Orléans, et en 1921, « la sœur cadette sur les rives du Mississippi » célèbre pour la première fois « The Maid of Orléans » (la Pucelle d’Orléans). La ville américaine aura d’ailleurs sa statue de Jeanne en 1964, payée en partie par Orléans (une statue de Frémier tout de même !).

Le maire d’Orléans, Olivier Carré, reçoit la délégation de la Nouvelle-Orléans dans la cour de l’Hôtel Groslot, le 28 novembre 2017, à l’occasion du Tricentenaire de la Fondation de la Nouvelle-Orléans

« Je ne vous ennuie pas trop, je peux continuer ? demande l’historienne. Parce que là, avec tous mes documents, je peux tenir jusqu’à 22h ! » Le temps défile, alors vite, vite, une dernière anecdote. Saviez-vous par exemple, qu’après la Seconde Guerre mondiale, la NouvelleOrléans envoya un paquebot de 250 tonnes de nourriture pour Orléans ? Et que dans ce paquebot, il y avait aussi un plein troupeau de vaches offert ? Par ailleurs, c’est grâce aux dons des habitants de la citée sœur que notre statue de Jeanne, place du Martroi, a pu être rénovée.

Des histoires d’échanges, finalement il y a beaucoup entre ces deux villes. Des échanges sentimentaux et culturels, « mais jamais commerciaux » précise l’oratrice. Amitié et culture donc. « Une histoire d’hommes en somme » finit par conclure joliment Anne-Marie Royer Pantin.

Valentine Martin

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  1. La Nouvelle-Orléans qui n’est pas la capitale, mais la plus grande ville de Louisiane fait partie de la Paroisse d’Orléans.
    En effet, contrairement à la plupart du reste des USA, les subdivisions politiques sont dénommées paroisses et non comtés. Il s’agit là d’une survivance de l’administration française catholique. Survivance, car par ailleurs en 1916 il est interdit d’utiliser le Français dans les écoles !

  2. Un paquebot de nourriture envoyé après la guerre à Orléans par les habitants de Nola ?
    Qu’il eût été pertinent, ainsi que quelques Orléanais l’avaient suggéré avec insistance, que la ville d’Orléans prenne la tête des collectivités françaises soucieuses d’aider la Nouvelle Orléans après Katrina…
    Mais le maire de l’époque (2005) avait la tête ailleurs, ignorant de l’histoire et de la force des symboles, comme de tant d’autres choses d’ailleurs…

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