“La petite reine de Kaboul”: le sens de l’humain

Ce vendredi, la librairie orléanaise les Temps Modernes avait convié avant les vacances Masomah et Zhara, celles que tout le monde appelle aujourd’hui “les petites reines de Kaboul” avec Patrick Communal, auteur du livre éponyme, et la foule des grands jours se pressait dans la chaleur pour cette présentation-dédicace d’un livre qui unit le récit de l’extraordinaire histoire de ces deux jeunes cyclistes afghanes et la description des méandres administratifs des réfugiés demandeurs d’asile en France.

Albi, 29 mai 2016. Course cycliste l’Albigeoise. Les membres de l’équipe afghane présents à Albi. De gauche à droite : Zhala Sarmast, Saddiq Saddiqi (entraîneur), Masomah et Zahra Ali Zada. Photo : Patrick Communal

Tout commence par une belle histoire contée dans une documentaire diffusé sur Arte qui décrit le combat de ces deux filles qui ont décidé, avec le soutien de leur père, de défier les interdits sur le sport féminin et le vélo en particulier, devenue des championnes dans leur spécialité malgré les risques permanents que représentent leur entrainement dans la banlieue de Kaboul. Les provocations sont nombreuses et le sort réservé aux femmes qui bravent la coutume islamique peut les conduire aux pires extrémités. Le reportage trouve un écho en France et les deux sœurs sont invitées à participer à une course en France, à Albi, c’est là que Patrick Communal, ancien avocat et passionné de vélo les rencontrera.

Et c’est là que la belle histoire se complique, car Patrick Communal comprend très vite qu’en plus des menaces physiques permanentes, les deux championnes sont promises, sur l’injonction des oncles, à un prochain mariage forcé afin que cesse leur scandaleuse et déshonorante activité sportive. Il faut, très vite, les faire échapper à ce sort si commun des femmes afghanes, la seule solution étant d’obtenir des autorités françaises un statut de réfugiées pour les deux sœurs mais aussi pour toute la famille car pour Masomah c’est “never without my dad”. Commence alors une course d’obstacles décrites par l’auteur redevenu avocat pour la circonstance, qui nous fait soudain découvrir toutes les subtilités juridiques d’un droit d’asile pour le moins dissuasif malgré les bonnes intentions affichées à l’égard des “petites reines”.

Et l’histoire se finit dans un village breton où toute la famille atterrit, et où les préjugés vite dissipés vont laisser place à une vraie solidarité doublée d’une certaine curiosité publique pour ces afghanes combattantes de leur liberté.

Cette aventure humaine, contée avec simplicité par Patrick Communal dans ce livre, est l’occasion de nous livrer une belle réflexion sur l’altruisme comme source d’enrichissement réciproque et de découverte d’êtres humains “si loin, si proches”. Ces réfugiés ne sont plus des “flux migratoires” mais des hommes et des femmes riches de leur diversité et de leur croyance. Masomah et Zhara continuent ainsi de porter le voile de leur religion qu’elles pratiquent quotidiennement (elles font partie de la minorité chiite Hazara particulièrement ciblée par les attentats de Daesh) et, en femmes libres, renvoient un certain dogmatisme laïque à un peu plus de tolérance à l’égard de l’autre.

Masomah  s’entraine aujourd’hui avec le rêve d’accéder aux prochains Jeux Olympiques, et ce n’est pas le moindre paradoxe que cette jeune cycliste afghane devienne le symbole du combat des femmes dans un sport qui reste médiatiquement dominé par les hommes.

Un livre à mettre sur le dessus de la pile des lectures d’été.

GP

 

“La petite reine de Kaboul”

Patrick Communal avec Masomah Ali Zada

 

206 p. Les éditions de l’Atelier  16 €

 

http://www.editionsatelier.com/

 

 

 

 

 

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