Alors que le Conseil départemental se réunit ce vendredi 30 janvier pour débattre de ses orientations budgétaires, l’exécutif prévient que l’année 2026 sera marquée du fer de l’austérité. Dans la continuité de ces dernières années, le Loiret, plombé par les efforts d’économies imposés par l’État et une dette record, voit sa situation financière se dégrader.
Le Conseil départemental se réunit en session pour débattre des orientations budgétaires ce vendredi 30 janvier. © Magcentre
Par Mael Petit.
Trouver 50 millions d’euros d’économies pour éviter la mise sous tutelle. La formule sonne comme une menace et sert, depuis plusieurs mois, de narratif au discours grave de l’exécutif du département du Loiret, emmené par son président Marc Gaudet (UDI). À l’approche de la session consacrée aux orientations budgétaires, ce vendredi 30 janvier, le décor est planté, avec des injonctions d’économies financières sévères et la fonte des marges de manœuvre pour les départements. Car le contexte dépasse largement les frontières du Loiret. À l’échelle nationale, l’instabilité politique et la dégradation des finances publiques pèsent lourdement sur les départements. Le projet de loi de finances 2026 prévoit une contribution de plus de 2 milliards d’euros des collectivités locales à l’effort de redressement de l’État. Une perspective qui inquiète « même s’il semble que nous ayons un Premier ministre assez départementaliste », glisse Marc Gaudet pour se rassurer.
« On découvre de nouvelles taxes »
Méthode Coué ou lucidité contrainte, le président du Loiret reconnaît pourtant que la situation de sa collectivité « se dégrade fortement ». La capacité d’autofinancement, divisée par trois, passe désormais sous la barre des 40 millions d’euros. Depuis 2022 les voyants passent au rouge un à un, ce qui avait conduit le département à relever début 2025 le taux des DMTO à 5 %, offrant une respiration budgétaire aussi bienvenue que provisoire. « Il nous faut une fiscalité dynamique pour reprendre en main nos finances », plaide Marc Gaudet, rappelant que les départements réclament depuis des années une réforme fiscale leur redonnant de véritables leviers. En attendant, l’incertitude demeure sur les dotations de l’État, tant que le budget national n’est pas définitivement adopté. « La situation est assez inconfortable », résume Christophe Bouquet, vice-président chargé des finances. « Nous avions construit le budget 2026 sur la base du projet de loi de finances présenté à l’automne. Depuis, nous réécrivons sans cesse la copie. On découvre de nouvelles taxes, des petites surprises ici et là », soupire-t-il.
Une dette qui s’envole
Avec une dette qui culmine aujourd’hui à 523 millions d’euros, le Loiret figure parmi les départements les plus endettés de France. Un constat que l’exécutif assume pleinement, mettant en avant les investissements réalisés ces dernières années : rénovation des collèges, nouvelles archives départementales, pavillon de la citoyenneté, ou encore le pont de la déviation de Jargeau. Mais cette période faste est désormais révolue. « On ne peut plus se permettre de dérives. Si on veut se désendetter, il faut faire tomber les investissements », tranche Marc Gaudet. Le département entre ainsi dans une phase de gestion à la papa, presque austère, que l’opposition ne manquera pas de critiquer. Le président, lui, réplique en disant qu’y’a pire ailleurs, avec d’autres départements aujourd’hui au bord de la mise sous tutelle.
Protection de l’enfance, poids incompressible
Mais si le Loiret croit encore pouvoir amortir le choc, sa fragilité demeure structurelle. Le budget reste largement conditionné par la protection de l’enfance, qui représente près de 70 % des dépenses départementales. Un poste en constante augmentation. « Globalement, nous prévoyons une hausse de 15 % pour le volet enfance-famille cette année », indique Florence Galzin. La vice-présidente déléguée à l’Enfance souligne que le cap des 150 places d’accueil est désormais atteint dans les différentes maisons de l’enfance du territoire, et annonce même la création de 16 places supplémentaires en 2026. À cela s’ajoute une enveloppe de 482 000 euros destinée aux professionnels du secteur, restés à l’écart du Ségur de la santé. « On assume, mais cette dépense ne sera pas compensée par l’État », souffle-t-elle.
Et s’il est une dépense en hausse non compensée qui irrite, c’est bien le versement du RSA. Le Loiret, comme d’autres départements de droite et du centre, avait un temps brandi la menace de ne plus assumer les revalorisations successives. Désormais engagé dans la réforme du RSA – qu’il a largement soutenue – le département entend surtout durcir la lutte contre la fraude aux prestations sociales. « On ne peut pas simplement être guidé par le juste droit », lance Marc Gaudet, convaincu que de nombreux fraudeurs passent encore sous les radars, tout en rappelant que plus de 110 millions d’euros de RSA qui ont été versés par le département en 2025.
Travailler mieux pour moins dépenser
Parmi les leviers d’économies, la réduction du nombre de postes dans les services départementaux figure aussi en bonne place. Non-renouvellement de contrats, non-remplacement des départs à la retraite. Une stratégie si limpide que la vice-présidente Anne Gaborit, en charge des ressources humaines, avait appelé les agents à « se réinventer », prônant l’optimisation des services. Objectif affiché : 8 millions d’euros d’économies sur la masse salariale. Un message non sans conséquence puisqu’il avait suscité une vive réaction syndicale, cristallisée par la mobilisation d’agents devant le Conseil départemental en décembre dernier. « Évidemment qu’il y aura une dégradation du service public départemental… », concédait alors Marc Gaudet.
Associations, sport, culture… le coup de rabot généralisé
Mais que les agents des services départementaux se rassurent, aucune politique n’échappe à l’effort. Le sport subira une baisse globale de 20 % de son budget, dont une réduction de 10 % sur l’aide à la licence pour les clubs. Dans l’éducation, plusieurs dispositifs à destination des collèges sont stoppés. L’insertion n’est pas épargnée, avec 10 % de moins sur les aides associatives. La culture verra les subventions aux associations amputées de 20 % en moyenne. Alors que l’entretien des routes constituera, comme en 2025, l’un des principaux postes d’économie. « On va se limiter à des opérations localisées. On se contentera de pallier l’urgence », regrette Hervé Gaurat, vice-président en charge de l’aménagement du territoire. Toutes ces orientations seront débattues ce vendredi lors d’une session qui s’annonce d’ores et déjà animée, prélude au vote du budget primitif prévu les 2 et 3 avril 2026.
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