Une boutique de seconde main en réponse à la précarité étudiante

Du 26 au 30 janvier, le campus universitaire d’Orléans La Source accueille pour la seconde fois une boutique éphémère de seconde main. Cette initiative séduit un nombre croissant d’étudiants davantage attirés par des produits de qualité à petits prix que motivés par des préoccupations écologiques.

De gauche à droite, Frédéric Moal, vice-président délégué en charge de la vie des campus, Catherine Dupaz, responsable du site d’Emmaüs La Source et Yoann Moriconi, président de la Ressourcerie AAA. Ils étaient tous les trois déjà présents à la première édition de la boutique en octobre dernier.


Par Pierre Dussin.


Devant le succès remporté par la première édition en octobre dernier, les trois associations porteuses de la boutique (Emmaüs Loiret, la Ressource AAA, Envie Orléans) ont décidé de renouveler l’opération en s’y adjoignant cette fois-ci l’expertise de l’association 1Terre-Actions qui propose aux étudiants des vélos reconditionnés à des prix imbattables, en moyenne autour de 60 euros.

« Nous avons des cafetières à partir de 9 euros », souligne Caroline Mayet, chargée de développement à Envie Orléans, entreprise d’insertion de 90 salariés, qui met en vente toute une gamme de petit et gros électroménager ainsi que des ordinateurs et téléphones testés et réinitialisés. « Tous nos produits sont garantis deux ans et peuvent être réglés en 5 fois sans frais. Nous avons élargi notre gamme de prix. Pour les ordinateurs cela démarre à 179 euros mais cela peut aller jusqu’à 600, 700 euros en fonction des besoins ». Consciente des budgets très serrés de beaucoup d’étudiants, l’association cherche depuis deux ans à les cibler via une campagne de communication estivale qui leur offre 10% de remise supplémentaire. Mais seulement 200 jeunes sont venus cet été à la boutique d’Envie à Ingré. « Nous avons participé en septembre sur le campus à la journée d’accueil des nouveaux étudiants et nous allons tenter de toucher à l’avenir les apprentis en CFA qui ont un salaire et sont dans une démarche d’équipement de leur logement », précise la chargée de développement.

Même préoccupation pour 1Terre-Actions qui souhaite gagner en notoriété sur les trois facultés d’Orléans La Source. « Nous entretenons la flotte des vélos de l’Université et nos animateurs y sont déjà venus pour apprendre aux étudiants à réparer eux-mêmes leurs deux roues », indique Emmanuel Trouvé, responsable de l’atelier de La Source. « Mais beaucoup ne savent pas que nous avons tout un parc de vélos révisés et fonctionnels à vendre à notre local à deux stations de tramway ».

De la misère en milieu étudiant

Trois étudiantes en médecine, boursières, en 2e année de médecine


Le succès de cette boutique éphémère n’est-il pas aussi le symptôme d’une profonde dégradation des conditions de vie étudiantes ? Une enquête nationale publiée il y a trois semaines par l’Union étudiante rappelle que près de la moitié des jeunes en études supérieures ont déjà renoncé à se nourrir pour des raisons financières. Un tiers d’entre eux disposent d’un reste à vivre inférieur à 50 euros mensuels pour assurer leurs frais de santé, de loisirs et les éventuels imprévus. 9% déclarent n’avoir tout simplement aucun reste à vivre après avoir réglé leurs charges fixes (loyer, factures, alimentation).

Dans ce contexte, le bureau des aides de l’Université d’Orléans a vu récemment exploser le nombre de demandes. « De septembre à novembre dernier, nous avons enregistré 2 186 sollicitations, soit près de deux fois plus que l’an passé à la même période », constate la responsable du bureau, celle que tout le monde appelle Madame Angélique. Cette hausse peut s’expliquer par les difficultés croissantes à obtenir un job étudiant mais aussi et surtout à trouver un logement. 

« Beaucoup de jeunes viennent nous voir car ils ont été contraints de prendre un Airbnb souvent très cher faute d’avoir réussi à dégoter une location à l’année. Toutes leurs économies finissent par y passer et ils n’ont plus aucune ressource », poursuit-elle.

« Nous repérons vite les étudiants précaires et les redirigeons, soit en interne vers nos assistantes sociales ou services de santé, soit en externe vers des associations avec lesquelles nous avons noué des partenariats », explique Frédéric Moal, vice-président délégué à la vie du campus. « Pour l’alimentation en cas d’urgence, on peut leur donner des bons d’achat pour l’épicerie solidaire étudiante ESOPE tout près d’ici ou les orienter vers Emmaüs, le Secours populaire ou les Restos du Cœur qui opèrent des distributions étudiantes le samedi. Grâce à la CVEC (Contribution Vie Étudiante et de Campus), nous avons pu acheter l’an passé des couettes, mais aussi de la vaisselle et des fournitures scolaires que certains étudiants n’ont pas les moyens de se procurer ».

Des motivations environnementales en second plan

César et Prestonn, deux étudiants en L3 Sciences de la vie


« Nous n’avons pas les moyens de faire beaucoup d’extras. Juste de petites sorties les jeudis soirs et des pauses au distributeur »,
déclare Nesrine qui est venue avec Prune voir les vêtements mis en vente à la boutique. « Moi je m’autorise un petit plaisir une fois par mois comme l’achat d’une bague », ajoute Prune. Toutes les deux sont boursières, hébergées au CROUS, en 2e année de médecine. Nesrine dit qu’elle achète systématiquement ses smartphones sur des sites de réemploi. Mais avoue qu’une fois ses études terminées, elle manquera sans doute de temps pour aller chiner dans des friperies et préférera sûrement commander en un clic sur internet.

« En octobre dernier, nous avions trouvé un micro-ondes et des fringues pas chers, c’est pour cela que nous sommes revenus aujourd’hui », affirment Prestonn et César, étudiants en 3e année en Sciences de la vie. « Nous sommes là avant tout pour trouver de bonnes affaires », reconnaît César qui s’est fait prêter un ordinateur à l’année par l’université. Pour Prestonn, les petits extras comme l’achat d’une belle paire de chaussures, c’est seulement une fois par trimestre.

Maëlle, 25 ans, prépare le concours de la magistrature et bénéficie d’une bourse « talents » du service public. « J’essaie le plus possible de m’habiller avec des vêtements de seconde main », confie celle qui vient de choisir un sèche-cheveux à 15 euros. « Je chipe aussi beaucoup d’habits à ma famille. Mon smartphone a plus de 4 ans. J’essaie de le garder le plus longtemps possible ». Elle a travaillé tout l’été car son emploi du temps chargé ne lui permet pas d’occuper un job tout au long de l’année. « Honnêtement, je ne me considère pas comme précaire ».

Julien Meimon, enseignant et chercheur en sciences politiques a publié en octobre dernier un court essai au titre lourd de sens : « Faim d’études – En finir avec la précarité étudiante ». Il y rappelle qu’en France, « près de la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans. Parmi eux, le sous-groupe des étudiants précaires, peu identifié jusqu’en 2020, se distingue : (…) Ils éprouvent des fins de mois très difficiles et disposent d’un reste à vivre, une fois acquittées les charges fixes, de moins de 100 euros par mois. Mais comment pourrait-on se nourrir, se soigner et s’habiller avec une telle somme ? Les aides publiques (bourses du CROUS en premier lieu) ne protègent pas ces jeunes car elles ne les atteignent pas : les étudiants précaires sont très largement non boursiers ».

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 3°C
    • après midi 9°C
  • vendredi
    • matin 7°C
    • après midi 8°C
Copyright © MagCentre 2012-2026