Alors que la presse écrite traverse toujours une crise profonde, le groupe de presse Centre France vient d’annoncer un nouveau plan social touchant plusieurs titres en Centre-Val de Loire. Mais derrière les économies brandies comme justification, c’est l’information de proximité qui recule… et le silence qui gagne du terrain.
La rédaction du journal La République du Centre (Loiret) devrait perdre 13 postes cette année. ©AM
Sixième plan social en douze ans pour le groupe de presse Centre France, qui détient huit quotidiens, dont plusieurs en région Centre-Val de Loire comme La Rep du Centre, Le Berry Républicain ou l’Écho Républicain, entre autres. Un plan de coupe qui prévoit la suppression de 152 postes, soit près de 10% des 1 600 salariés qui composent l’effectif du groupe. Un plan, associé à un contrôle strict des coûts pour permettre de « dégager 13 millions d’euros d’économies annuelles ». Selon les représentants des personnels, ce nouveau projet de transformation donne « l’impression d’une spirale du déclin dont on ne voit pas l’issue » et ils regrettent que ces suppressions de postes amoindrissent la capacité à « couvrir l’actualité, et en particulier de proximité ». Un plan qui cible tous les secteurs et les journalistes en particulier.
Un devoir de respect
L’annonce démontre que la presse régionale est en pleine mutation et n’a pas encore validé les nouveaux modes de vie, les nouveaux codes de consommation de l’info. La trajectoire qui va du papier au numérique n’est pas linéaire. Celle de la compréhension des phrases et des mots encore moins. Pendant que les pseudos-professionnels de la presse phagocytent les espaces de médias mainstream, du papier aux écrans, d’obscurs tâcherons de la plume, un qualificatif souvent appliqué par manque de reconnaissance plutôt que de qualité de production, donnent l’info au quotidien, celle d’ici plutôt que celle de là-bas. Les fake news passent rarement par ceux-là, ou alors très involontairement. Parce que, un journaliste a un devoir de respect : celui de son lectorat, celui de ses sources, celui de la liberté d’expression, celui de la critique, celui de la vie privée aussi. On apprend ça auprès des anciens du reportage ou du monde l’info. On apprend ça sur les bancs des écoles de journalisme. Ainsi se forge sa propre vision du métier, de ce que l’on peut dire, de ce que l’on peut écrire. De ce que l’on peut montrer aussi. On ne l’apprend pas des communicants, cette autre race d’informateurs inféodés à une quelconque pression financière ou idéologique. Une grande partie de la presse people s’en exclut d’office. Cela écarte les influenceurs et les animateurs de shows télé. Pourtant quand la presse régionale aura disparu, ce sont ces derniers qui tiendront le haut du pavé médiatique avec leurs lots d’abrutissements et de travestissements de l’information. Avec leurs excès et leurs approximations.
Un drapeau bleu reste un drapeau bleu…
Pourtant, pas d’obligation d’objectivité même si elle est le plus souvent au rendez-vous. Elle existe au détour d’un fait divers. Elle existe dans la présentation de faits simples, d’éléments factuels. Un drapeau bleu reste un drapeau bleu. Un drapeau rouge reste un drapeau rouge… Au-delà, l’objectivité est un leurre. Sinon les journaux ne seraient remplis que de copier-coller de notes de l’AFP et de « papiers » générés par IA. Déjà, les éditions sans âme, images sur papier recyclé pour nostalgiques des grands formats et de l’imprimerie, ne sont plus assez proches de leur public. Derrière cette uniformisation se cache une volonté d’objectivité unitaire à en faire oublier le quotidien, la vie de l’autre côté de la rue et la vision que l’on pourrait en avoir. Tenter de rendre uniforme ce qui fait les différences, effacer ce que l’on est, ses particularités, a permis, un temps, aux groupes de presse de faire des économies de marché… tout en perdant le cœur de cible : les habitants des territoires. Ceux qui les lisent. De la diagonale du vide comme ceux des agglos de province. De la même manière que tout le monde est devenu écrivain, tout le monde est devenu journaliste. Pourtant il ne suffit pas de livrer sa verve sur papier ou sur un blog pour l’être vraiment.
Pour résumer la situation, un ancien secrétaire général de rédaction du groupe régional a cité Tolstoï : « La presse locale, c’est un vrai travail de journaliste. Et on ne peut être décideur dans un groupe de presse si on ne connaît pas cette réalité : « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village ». À force d’oublier d’où l’on vient, on fini toujours par ne pas voir le mur dans lequel on va !
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