La liberté de la presse face à la libre expression

De la liberté de la presse à l’expression libérée, il n’y a qu’un pas à franchir pour se perdre dans les méandres du web. Bien courageux sont ceux mobilisés pour bouter l’intox hors de nos idées, avec ou sans l’aide d’un bon whisky écossais.



Par Mag’Asine.


« Mieux vaut enfoncer des portes ouvertes que les laisser se refermer. » Adossée au comptoir taupien, Maggie, dernière de la tribu après le départ en février de ses congénères, trouvait encore à commenter quelques sujets d’actualité, mais se sentait bien seule devant son verre de Whistler hors d’âge, un bon vieux whisky fabriqué à Dundee, ville jumelle d’Orléans depuis 80 ans, à l’anniversaire célébré avec faste cette année. Déclaré Journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 3 mai la rendait des plus dubitatives sur son avenir, tout en rendant grâce à son média préféré de lui laisser libre chronique.

Ce même jour, sur les réseaux sociaux, elle avait essuyé quelques larmes en lisant le communiqué des salariés de la Rep’ et du groupe Centre France, victimes d’un énième plan social. « Les médias locaux et indépendants ont besoin de moyens humains et financiers pour réaliser un travail de qualité. En assurant une information de proximité, sourcée et vérifiée, ces médias sont les garants du débat démocratique et du lien social ; leur fragilisation pourrait les mettre en péril. » Un péril pas seulement dû à un éventuel retard technologique, mais surtout challengé par l’évolution d’un lectorat préférant l’expression individuelle de la pensée émotionnelle à celle de la réflexion argumentée, attisant ainsi un immédiat hédoniste peu soucieux de conséquences.

Surfant ainsi sur son vague à l’âme autant que sur le web, Maggie associait d’évidence la liberté de la presse à la liberté d’expression, en regrettant que nombre de ses concitoyens occultent à l’envi qu’à toute liberté de s’exprimer est liée la liberté de ne pas écouter. Cela aurait pu éviter moult commentaires acerbes adressés ce mercredi 6 mai à l’encontre de la députée écologiste Sandrine Rousseau, obligée de dédicacer son livre au bar culturel l’Archipel à Tours, après le rejet d’accueil exprimé par le Comptoir des Arts dénonçant une démarche politique. Tout comme ceux émis au détriment du romancier Didier Daeninckx pour son refus de venir inaugurer le 31 mai le salon du livre de l’agglomération montargoise, dont il est le parrain, ne voulant pas cautionner la nouvelle majorité municipale, aux opinions qu’il combat depuis des décennies. Il viendra toutefois dédicacer son dernier ouvrage le 27 juin prochain à la librairie Le Hérisson, dont la propriétaire est coorganisatrice du salon.

Face à elle-même, abusant peut-être un peu de son tourbé écossais préféré, Maggie en arrivait même à confondre Sandrine Rousseau avec Jeanne d’Arc, et Didier Daeninckx au fidèle Dunois, tous deux acharnés à bouter hors de nos contrées quelques idées un peu trop envahissantes dans les urnes. Mais de là à imaginer l’autrice de « Tu nuis à la cause » invitée à chevaucher de conserve ce 8 mai à Orléans avec l’auteur de « L’espoir en contrebande », il reste encore à franchir beaucoup de ponts sur la Loire.

Festivités écossaises au quartier de l’Argonne (Orléans) le samedi 2 mai – Photo MC.

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