A Bourges, un cinoche pas si moche

Dans la préfecture du Cher, ce 21 mai, en prélude aux festivités culturelles de 2028, les berrichons et berruyers étaient invités à débattre sur le caractère bourgeois du cinéma. Sans faire leur tête de cochon.

Par Mag’Asine

« Le cinéma est-il un domaine réservé aux Bourges ?» La plaisanterie est facile, usée jusque à la corde, et peu digne d’un émule de Michel Audiard, sinon en mal d’inspiration, ou victime d’une aphasie momentanée. Mais qu’importe, pour une fois elle fera l’affaire, car elle sonne bien en cette période de Festival de Cannes et, surtout, de pertinente question posée ce jeudi 21 mai, justement, aux cinémas de la préfecture du Cher, appelée à devenir capitale européenne de la culture en 2028. Car la culture, avec un grand C, comme Confluence ou Convergence, est un tout aux multiples facettes, et bien présomptueux est celui qui voudrait la découper en tranche ou l’étaler comme de la confiture pour mieux s’en délecter au détriment du voisin, de palier ou de fauteuil d’orchestre.

Donc, ce jeudi, à 19h30, la militante féministe Rose Lamy, qui fit ses études à Bourges puis à Tours, propose un scénario inédit face au « Bourgeois gaze » identifié dans un bouquin par l’iconoclaste Rob Grams en souhaitant, nous dit l’invitation à ce colloque, « que le cinéma français multiplie les points de vue et intègre les récits des milieux populaires. Sans point de vue surplombant, sans humiliation ni racisme ». Présent pour l’occasion aux côtés de l’actrice Corinne Masiero pour débattre du sujet, et affirmant que dans le cinéma « 70% des auteurs viennent d’un milieu aisé », il considère donc qu’ils ne sont pas aptes à parler correctement d’un sujet concernant les milieux populaires, car ayant un regard trop extérieur trop décalé, trop « bourgeois ». Cette soirée proposée par Rose Lamy, « si agile à capter l’air du temps » s’inscrit dans une série de conférences intitulée Ce qui nous lie. En 2025, c’était notamment Lio qui était venue pour un débat consacré à « la domination masculine et aux sorcières modernes », face à 400 personnes réunies dans le hall de la mairie de Bourges.

Vaste débat identitaire et peu universaliste, où seules les personnes membres d’une communauté seraient aptes à en parler. Tout comme des musiciens pourraient débattre pour savoir si un africain peut adapter une bourrée berrichonne, un humoriste québécois d’origine finlandaise raconter des histoires juives, ou un inuit reprendre à sa façon Titanic de Céline Dion. A ce titre, un réalisateur devrait en premier lieu se crever les yeux pour mieux aborder un sujet sur la malvoyance. Voilà un beau débat qui plairait aux adeptes de l’Oulipo régulièrement réunis à Bourges, justement.

Quand l’humoriste vierzonnais Patrick Raynal, en référence historique, rappelait que « 99 moutons et un Berrichon, ça fait 100 bêtes », Jacques Brel, qui avait vu Vierzon, chantait que « les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête ». Certes, on entre là dans un bestiaire très populaire, mais, après tout, même quand le débat est ferme, il y a richesse culturelle.

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