Trois jours au fil du Lot, de Figeac à Cajarc

Loin des sentiers battus, cet été, rendez-vous à Figeac et à Cajarc. Deux communes fort sympathiques du Lot, où il fait bon flâner dans des rues riches d’un patrimoine exceptionnel, tout en se cultivant dans des musées qui valent à eux seuls que l’on s’attarde.

Place Champollion Figeac – cl Laurent Rizzo



Par Bénédicte de Valicourt.


Jour 1 – Figeac

À Figeac, ville d’art et d’histoire, 10 000 habitants aujourd’hui, dans un somptueux dédale de rues bordées de belles demeures médiévales, le dernier lieu où l’on cause, c’est de toute évidence la place Champollion. Près de la maison du grand homme transformée en musée dédié aux écritures, dont la façade est ornée d’un moucharabieh de caractères d’écriture très inspirant et à l’ombre de la très délicate façade sculptée d’une demeure du XIVe siècle, les deux cafés y sont toujours très animés. Particulièrement le samedi matin, jour du grand marché, qui s’étale sous la halle de la place Carnot toute proche et dans les rues adjacentes jusqu’à l’office de tourisme, installé dans l’hôtel de la Monnaie, une splendide maison gothique à arcades du XIIIe siècle, dont l’une des façades a été si bien reconstruite au XXe siècle que l’on n’y voit que du feu.

C’est un bel exemple de ces vastes demeures dans ce qui fut le cœur du Figeac médiéval, bâti à partir du IXe siècle autour d’une abbaye bénédictine, dont l’église Saint-Sauveur, non loin des eaux du Célé qui traverse la ville, est le seul vestige. « À Figeac, qui se traverse du nord au sud en quinze minutes à pied, il faut lever la tête pour admirer les maisons dont certaines sont coiffées de soleihos, des greniers ouverts sous les toits qui servaient à faire sécher le linge et les aliments, tout en faisant attention où l’on met les pieds », explique avec humour Brigitte Billet, guide conférencière entre autres pour l’office de tourisme de Figeac. Beaucoup datent de la période médiévale, l’âge d’or de la ville, à une période où la ville était un centre de commerce important d’où l’on exportait vers les ports méditerranéens et le Moyen-Orient, du vin, du chanvre, des chaudrons, du cuivre…

L’enfant du pays : Champollion

Depuis, Figeac a vu naître le jeune Champollion (1790-1832), qui n’a que 9 ans quand il se passionne pour les langues et les anciennes écritures orientales. La ville lui a également dédié une place, la place des Écritures, que l’on atteint en empruntant un court passage juste derrière le musée. C’est une cour du XIIIe siècle entourée de murs de pierre et réaménagée en 1990 par l’artiste américain Joseph Kosuth qui y a installé sur le sol une grande réplique de la pierre de Rosette, celle-là même que Champollion a réussi à déchiffrer, ce qui le rendit célèbre. Il s’y donne régulièrement des spectacles et des concerts.

La place des Écritures à Figeac – cl Laurent Rizzo


Ensuite, quelques marches mènent à l’hôtel de Colomb, un hôtel médiéval restructuré au XVIIe siècle, offert à la mairie par les descendants du maître verrier à qui il appartenait autrefois. Il abrite aujourd’hui le service du patrimoine et de l’urbanisme de la ville, qui y a monté une exposition permanente sur l’histoire de la cité. De là, on peut repasser par la place Champollion où une pause à la brasserie Le Seth s’impose. Avant de grimper à droite de la maison du Griffon, au-dessus du tabac, qui serait l’une des plus anciennes de la ville, vers l’église Notre-Dame-du-Puy, ancien bastion de guet des protestants d’où l’on a une belle vue sur la vieille ville.

À voir absolument : le musée Champollion, les Écritures du Monde

Le musée Champollion, les Écritures du Monde, a ouvert en 2008 après deux ans de restauration et d’extension de l’ancien musée qui se situait depuis 1986 dans la maison de Champollion, qui appartenait à sa mère. L’idée : élargir les collections au-delà de l’égyptologie et en faire un musée dédié à la fabuleuse histoire humaine de l’écriture, apparue il y a plus de 5 000 ans, dans plusieurs endroits du monde. Depuis les quatre écritures fondatrices, les cunéiformes mésopotamiens (– 3500 ans av. J.-C.), les hiéroglyphes, les caractères chinois et les glyphes mayas, jusqu’aux tablettes et smartphones contemporains.

Plus qu’un tournant, une révolution pour ce musée assez unique puisqu’à son ouverture, c’était le seul au monde à s’intéresser à l’écriture avant qu’un autre n’ouvre en Corée. Et c’est absolument passionnant. À condition, mais pas que, – c’est un conseil d’ami – de suivre un guide-conférencier comme Jérémie, qui tient en haleine pendant plus de deux heures. Qu’est-ce qu’une écriture ? À quoi servaient-elles au début ? Comment les alphabets ont-ils été inventés ? Pourquoi certains peuples, comme les Celtes, n’ont-ils pas d’écriture ? Autant de questions auxquelles le musée tente de répondre à travers plus de 600 objets, prêts, acquisitions de la ville ou dons.

Musée Champollion – cl Pal-N. Buisson


Peu importe la provenance, depuis l’histoire du livre du Moyen Âge à la liseuse, en passant par la vie et l’œuvre de Jean-François Champollion, qui décida à 17 ans qu’il consacrerait sa vie à déchiffrer les hiéroglyphes, ici on apprend en peu de temps, au vu de cette histoire si ancienne, tout ou presque sur la fabuleuse histoire de l’écriture. Tout en admirant au passage de fort beaux objets : du livre des morts de Néfériou (IIIe siècle avant J.-C.) à une momie, en passant par une Bible enluminée de 1230, des écailles de tortue sur lesquelles les Chinois gravaient des tablettes d’argile datant du IVe siècle avant J.-C. ou la magnifique façade du musée, un moucharabieh typographique polyglotte, fruit d’un travail de recherche de plus de 5 ans avec plus de 28 écritures de tous les continents, toutes les cultures, toutes les époques. ou le fac-similé de la pierre de Rosette, dont l’originale est à Londres.

Jour 2. Direction Cajarc par la vallée du Lot

Cajarc, c’est la patrie de Françoise Sagan qui y est née dans une grande maison bourgeoise du XIXe siècle encore visible à ce jour. Georges Pompidou y avait aussi une maison sur le Causse et en a été conseiller municipal. Mais ce qui a rendu le plus célèbre ce petit bourg de 1 000 habitants, c’est Coluche, avec son fameux sketch le Schmilblick. Il avait une maison dans la région et y faisait ses courses. On peut d’ailleurs encore voir la fameuse boutique « Chez Moulino » qui s’est transformée en restaurant.

Le Lot à Cajarc – cl Laurent Rizzo


Pour s’y rendre en partant de Figeac, on prend le chemin des écoliers, direction Faycelles (724 habitants), quelques maisons perchées sur une falaise autour d’une église, pas du tout désert comme pas mal de villages dans le Lot, avec sa zone multiservice, où l’on ne compte pas moins qu’un coiffeur, une boulangerie ouverte deux fois deux heures par semaine et « La petite pause », un restaurant, gîte, épicerie, salle de spectacle ouvert 7 jours sur 7 d’avril à septembre, depuis trois ans, et aux horaires plus restreints en hiver. À sa tête, Maiwand Noorzai, un ancien financier afghan et son amie, originaire du village, musicienne et ingénieure agronome qui travaille en partie à Paris. L’été, le couple y organise deux concerts par mois qui drainent des gens de la région.

En cet après-midi de juin, c’est le repère des randonneurs qui sillonnent le fameux chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, très couru par ici. Autre activité locale prisée : suivre à pied le circuit des falaises, 4 kilomètres avec de beaux points de vue sur les monts d’Auvergne, la vallée du Lot et le village. La route descend ensuite vers le Lot, avant de remonter à flanc de Causse vers Saint-Pierre-Toirac où une pause s’impose à l’église fortifiée romane, 53 chapiteaux du XIIe siècle très bien conservés, puis aux Loupiotes, un restaurant de village ouvert il y a 5 ans par Coline et Laure. « Le village (140 habitants) est hyper dynamique, expliquent-elles. Nous avons choisi d’ouvrir ici car nous y vivons avec nos enfants et nous voulions y rester et y travailler. Autour il y a de grandes prairies sèches, de l’eau, des élevages de brebis sur le Causse et un gros réseau de producteurs avec qui nous travaillons toute l’année ».

L’équipe des Loupiottes – cl Laurent Rizzo


Au programme de ce restaurant de terroir : des plats de saison à base de produits frais et locaux. Et le soir c’est pizza. La « clientèle du territoire », comme dit Coline, ne s’y est pas trompée et est au rendez-vous.

Mais il est temps de redescendre vers le lit du Lot que nous allons longer jusqu’à Cajarc. Au passage, une petite pause s’impose au château de Larroque-Toirac, une impressionnante forteresse privée, nichée au creux de la falaise, qui se visite en saison l’après-midi. Mais mieux vaut prendre rendez-vous car la châtelaine a ses humeurs. On passe ensuite devant Montbrun, autre village perché, dominé par les ruines d’un château médiéval, avant d’atteindre Cajarc, au-delà d’une des boucles du fleuve. Le petit bourg, très actif dans le commerce sur le Lot au Moyen Âge (1 000 habitants), était un port batelier avant de se lancer dans les phosphates au XIXe siècle puis aujourd’hui dans la culture du safran relancée depuis les années 90 par une poignée de passionnés. Lové au pied du Causse et construit en rond autour de son église, il garde de belles traces des différents épisodes de sa longue histoire. Pour s’en apercevoir, il faut suivre Jacques Borro, l’ancien maire jusqu’en 2020, qui se fait un plaisir de nous faire visiter, dans le cadre du dispositif « Entrez-visitez avec l’habitant ». Saxophoniste amateur, il a un groupe de blues et a créé une école de musique qui accueille 204 élèves. Pas mal pour une si petite commune, qui a eu son heure de gloire dans les années 60, quand toute l’intelligentsia parisienne y descendait. Depuis, cela s’est calmé mais Cajarc reste « un bassin de vie de 4 200 habitants car à 25 kilomètres à la ronde, il n’y a pas de commerçants », nous explique Jacques Borro, tout en nous guidant dans les rues du petit centre ancien, au-delà du Boulevard du Tour-de-Ville, construit sur les anciens remparts et qui délimite le village médiéval. « Il y a d’ailleurs dix restaurants, trois bouchers, trois traiteurs et trois médecins. Et 120 000 visiteurs par an, surtout en été ». Nous passons devant des demeures des XIVe et XVe siècles, dans les rues qui mènent à l’église Saint Étienne, avant de rejoindre l’ancien port marchand transformé en base de loisirs.

L’ancienne gare de Cajarc – cl Laurent Rizzo


Autre lieu central de la ville : la maison des Arts Georges et Claude Pompidou, installée actuellement dans l’ancienne école de garçons (fermée dans les années 60) devenue résidence d’artistes à Saint-Cirq-Lapopie. Elle a été créée par un groupe d’amateurs d’art avant d’être labellisée Centre d’art contemporain d’intérêt national en 2018. Une belle reconnaissance qui est venue après coup, pour ce lieu qui est le seul centre d’art contemporain du Lot qui organise des expositions d’art contemporain de référence et mène des projets de sensibilisation à l’art contemporain dans les écoles et les collèges et des projets de création avec des artistes français et internationaux accueillis toute l’année pour des périodes allant de quelques jours à plusieurs mois. Dont « Champ libre », une résidence d’artiste en milieu agricole. « C’est une autre façon de montrer l’art », explique Thomas Delamarre, son directeur, tout en précisant que la maison des arts rayonne jusqu’à 100 kilomètres à la ronde et travaille avec les écoles d’art de la région. « Avec aussi tout au long de l’année, des concerts, des visites d’ateliers d’artistes, des soirées de projection et des rencontres. La prochaine exposition, montée en partenariat avec les Abattoirs de Toulouse et le musée Frac Occitanie en collaboration avec le musée Goya de Castres, promet d’être inoubliable » (cf. Carnet de bord).

Jour 3 – La grotte de Pech Merle à Cabrerets

Direction Cabrerets et la grotte de Pech Merle. Avec ses superbes cavités et sa racine de chêne qui descend tout droit au fond d’une immense salle pour capter l’humidité ambiante, elle vaut en soi le détour. Mais Pech Merle c’est aussi et surtout l’une des grottes ornées naturelles majeures de l’art paléolithique européen. Sa grande taille, plus de 2 kilomètres de long, permet de la visiter sans endommager les exceptionnelles peintures pariétales très bien préservées, car l’entrée a été comblée par un éboulis à la fin de l’ère glaciaire il y a environ 12 000 ans. La visite se fait en petits groupes avec un guide qui ne manquera pas de vous montrer les perles de caverne, des pierres arrondies par le ruissellement des eaux et parfaitement rondes, absolument incroyables. Ou les empreintes de pas laissées là il y a 12 000 ans probablement par un adolescent.

Chevaux à Pech Merle – cl P. Cabrol


Mais le clou du spectacle reste sans conteste les dizaines de dessins, peintures et gravures, dont une représentation humaine, « l’homme blessé » – ce qui est rare – et la très belle frise noire, large de plusieurs mètres, qui représente une série de bisons, aurochs, chevaux et mammouths, réalisée avec du charbon de bois il y a plus de 29 000 ans. Un film et un petit musée complètent la visite.

Carnet de bord

Où dormir ?
Hôtel du Pont d’Or, 2 avenue Jean-Jaurès à Figeac au bord du Célé.
Tél. : 05 65 50 95 00
hoteldupontdor.com

Où manger ?
-Le Safran à Figeac. Cuisine raffinée dans une ancienne cour ; 17, rue de Clermont. Tél. : 05 65 38 45 41.

-La Petite différence à Figeac pour un déjeuner sur le pouce. 15 rue Gambetta. Tél. : 05 65 50 31 08.

-La petit’ Pause, bistrot de pays, café culturel, épicerie, restaurant et gîte, 5 rue de la Forge à Faycelles. www.lapetitpause.fr

-Les Loupiottes, 4 place des Platanes à Saint-Pierre-de-Toirac. Tél. : 06 35 25 53 56.

-Le jeu de Quille, une adresse reconnue de Cajarc. Cuisine de saison et de terroir par Grégory Dattiches, un jeune chef formé chez le chef étoilé Pascal Bardet, 7 boulevard du Tour-de-ville. Cajarc. Tél. : 05 81 24 01 43

-Hôtel restaurant des grottes à Cabrerets. Cuisine locale simple mais goûteuse sur une grande terrasse fort agréable sur la rivière.

À ne pas rater

Au musée Champollion, Les Écritures du Monde : « Hangeul, la volonté d’un roi ». Cette exposition, organisée avec le National Museum of World Writing Systems d’Incheon (Corée du Sud) à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, présente la culture coréenne à travers son rapport à l’écrit et notamment l’invention de son écriture, le hangeul. Créé en 1443 par le roi Sejong dans une volonté de faciliter l’alphabétisation de son peuple, le hangeul est l’une des rares écritures dont la genèse et la mise en place sont parfaitement documentées. En replongeant dans la culture coréenne des périodes Koryo et Joseon et en évoquant la culture actuelle où le hangeul est si présent, l’exposition, labellisée par l’Ambassade de Corée du Sud, nous place aux origines d’une des plus grandes révolutions connues par ce pays.

Du 4 juillet au 11 octobre, place Champollion, Figeac. Tél. 05 65 50 31 08. Comptez une visite moyenne d’une heure trente minimum pour la collection permanente.


https://musee-champollion.fr/

– À consulter, pour repérer les monuments remarquables de Figeac : « Le circuit découverte des clés » édité par l’Office de tourisme. Ou s’adresser à l’office de tourisme pour un guide-conférencier.

À Cajarc :
– Un tour à l’exposition « Un désir souterrain » de Lionel Sabatté, prix Marcel Duchamp 2025, s’impose. Il a séjourné dans le Quercy à l’invitation de la Maison des Arts et y a imaginé un bestiaire hybride, dessins aux poils de brebis, tapisseries rehaussées au brou de noix, gravures sur bloc de pierre calcaire, tout droit surgi des grottes souterraines et composé de matériaux porteurs d’histoire. Des œuvres à contempler en regard des dix peintures prêtées par le musée Goya. C’est superbe. Entrée libre.
À Cajarc, du 5 juillet au 30 août.
Maison des Arts, 134 av. Germain Canet, Cajarc. Du 2 septembre au 1er novembre 2026.
Tél. : 05 65 40 78 19 

– Les safraniers du Quercy à Cajarc. Tél : 05 65 23 22 11, visites de safranières vers la mi-octobre. Renseignements à l’office de tourisme de Cajarc ou auprès de l’association octobresafranduquercy.com

– Grottes de Pech Merle à Cabrerets. Tél. : 05 65 31 27 05. www.pechmerle.com. Réservation obligatoire. Entrées limitées à 700 visiteurs/jour par groupe de 25 personnes toutes les demi-heures. Température constante à 12,5°.
Et aussi activités plus nature, comme randonnées ou canoës-kayak sur le Lot. Renseignements à l’office de tourisme.

www.tourisme-lot.com
www.tourisme-figeac.com
info@tourismefigeac.com


Plus d’infos autrement :

Pour une découverte printanière de l’Aisne

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    31°C
  • mardi
    • matin 29°C
    • après midi 41°C
Copyright © MagCentre 2012-2026