Cette année encore, durant le week-end de la Pentecôte, des catholiques traditionalistes se sont lancés dans un pèlerinage d’Orléans à Chartres. Parmi eux, de nombreux militants d’extrême droite parmi lesquels un néonazi et un ancien responsable du RN à Orléans. De son côté, l’association organisatrice déclare être apolitique.
Pèlerinage de Chartres le 28 mai 2023. Image d’illustration – Eichthus / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Les 23, 24 et 25 mai derniers, les catholiques intégristes orléanais se donnaient rendez-vous pour leur pèlerinage annuel direction la cathédrale de Chartres. C’était la 8e édition de ce « pèlerinage de Beauce » organisée depuis Orléans. Le « pèlerinage de Chartres » national, qui prend de plus en plus d’ampleur et se déroule le même week-end, a été fondé en 1983 par Bernard Antony, membre du Front national. Il se distingue de l’édition orléanaise par son point de départ – Paris – mais aussi par l’association organisatrice : Notre-Dame de Chrétienté.
Un nombre de pèlerins en augmentation
Notre groupe de pèlerins orléanais se retrouvait donc samedi 23 mai pour une messe à 8h à la cathédrale d’Orléans avant de s’élancer vers Chartres. Les messes du pèlerinage étaient assurées par les prêtres de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (une communauté intégriste d’extrême droite épinglée pour dérives sectaires) et de l’Institut du Bon Pasteur (dont le slogan d’un des abbés est « bagarre bagarre prière »). Selon les organisateurs, ce sont plus de 120 personnes qui sont parties d’Orléans cette année pour 70 kilomètres de marche sur trois jours.
Une vidéo avait été postée après l’édition de l’année dernière où l’on reconnaissait le néonazi violent Gaëtan Pichonnat, militant du parti pétainiste « Les Nationalistes » connu pour avoir été arrêté après avoir exhibé un tatouage comportant une croix gammée. Loin d’avoir effacé son tatouage depuis 2021, celui-ci l’exhibe encore régulièrement sur ses réseaux sociaux publics au milieu de propos antisémites et de clins d’œil au nazisme. L’ambiance semble sensiblement la même que l’on parte d’Orléans ou de Paris puisque Le Canard enchaîné a repéré des chants glorifiant le régime vichyste et la colonisation dans l’édition parisienne.
Un pot-pourri de l’extrême droite orléanaise
Cette année, un montage vidéo de 3 minutes a été publié par un compte YouTube dédié au pèlerinage de Beauce. On y aperçoit de nouveau Gaëtan Pichonnat (58 sec.) ainsi que sa femme, Coleen Pichonnat, qui avait été candidate pour la liste du parti Les Nationalistes « forteresse Europe » aux élections européennes de 2024. D’autres pèlerins exhibent des tee-shirts floqués aux couleurs d’Academia Christiana, un mouvement catholique intégriste qui réunit différentes mouvances de l’extrême droite radicale. Ils discutent avec Alexis Lecervoisier, responsable local de l’Action française à Orléans. On distingue également Yves Alphé, dit « Goldofaf », rappeur nationaliste reconverti en patron de pompes funèbres et ancien militant du parti pétainiste Renouveau Français (mis en sommeil en 2017).
Les participants de ce pèlerinage sont donc nombreux à appartenir à l’extrême droite radicale, mais on retrouve aussi parmi eux l’ancien référent du Rassemblement National à Orléans, Hubert de Meuse. En 2024, celui-ci avait annoncé la création du Rassemblement Pour la République (RPR), une copie du parti de droite des années 1990 destinée à une alliance avec le Rassemblement national dans un but de dédiabolisation. Selon France 3 Centre-Val de Loire, Hubert de Meuse se voyait déjà tête de liste de l’alliance RPR/RN à Orléans, malheureusement le parti lui a préféré la jeune Tiffanie Rabault. Contacté, Hubert de Meuse indique ne plus être membre du bureau du RN et être retourné « à la vie civile », bien que toujours mentionné comme référent départemental sur le site du RPR.
Comment se fait-il donc que cet ancien haut responsable du RN Loiret se retrouve aux côtés de néonazis et de profils radicaux ? Hubert de Meuse nous assure ne pas connaître les personnes en question et s’être rendu à cet événement à titre uniquement personnel. La dédiabolisation espérée via le RPR prend malgré tout, une nouvelle fois, du plomb dans l’aile avec cette troupe de pèlerins d’un genre particulier.
Un rassemblement religieux uniquement
Un autre ex-militant RN, proche d’Hubert de Meuse, était présent à ce pèlerinage intégriste : Kellian F.. Ce dernier indique sur ses réseaux sociaux avoir quitté le RN en mai 2025. On retrouve pourtant sur son compte, dans une publication datée du 26 avril 2026, une photo de lui aux côtés de Guillaume Boutard, élu RN à Fleury-les-Aubrais, lors de la cérémonie en mémoire des victimes de la déportation, dissonance cognitive ?
Il indique lui aussi que sa participation au pèlerinage relève « d’une démarche religieuse et spirituelle personnelle ». Contactée, l’association organisatrice du pèlerinage « Notre-Dame des Carnutes » nous a répondu qu’elle était « seule responsable de l’organisation » et que « les prêtres qui acceptent d’assurer l’aumônerie et le soutien spirituel n’en sont pas les organisateurs ».
Questionnée sur la présence pour la deuxième année de suite d’un militant néonazi ainsi que de nombreux autres militants d’extrême droite radicale, l’association indique que « l’inscription à un pèlerinage catholique n’appelle pas d’autres conditions que la volonté de prier et de se sanctifier. Les inscriptions sont libres et accessibles en ligne ; elles n’appellent ni la fourniture d’un casier judiciaire ni l’examen des publications personnelles de chaque participant. La démarche de chaque pèlerin ne regarde que lui, Dieu et son confesseur. »
Un catholicisme conquérant
Interrogée sur le port d’une des bannières du pèlerinage par un néonazi à l’avant du cortège, l’organisation précise : « Quant au port des bannières lors de l’arrivée à Chartres, il est proposé sur la base du volontariat à ceux qui en sont encore physiquement capables après soixante-dix kilomètres de marche. » Est-ce alors une coïncidence malheureuse que ce pèlerinage ait réuni toutes les chapelles de l’extrême droite orléanaise ?
Difficile à croire en analysant la vidéo rétrospective du pèlerinage publiée par la chaîne YouTube de l’association. Celle-ci met en scène un catholicisme conquérant avec de nombreux drapeaux à fleurs de lys ou appelant à « sauver la France ». Elle est accompagnée d’un chant célébrant une vision rétrograde de la famille – « nos pères furent forts », « nos mères furent lumières au foyer des maisons » – et une nostalgie royaliste « les couleurs des rois que nos pères ont portés ».
Parmi les nombreux étendards présents dans la vidéo, on retrouve celui du Chœur Montjoie Saint-Denis, une chorale d’extrême droite parisienne proche du Front national qui s’est produite aux obsèques d’un collaborationniste et publie des paroles de chants pétainistes sur son site internet d’après Le Canard enchaîné. Par ailleurs les paroles du chant de la vidéo mentionnent explicitement le Chœur de l’Oriflamme, émanation locale de son modèle parisien, qui était présent et réunissait le gratin de l’extrême droite orléanaise.
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« Habemus droitam incendiairae* »