Musculation : la guerre des petites salles face aux géants du fitness est-elle déjà perdue ?

Comme partout en France, l’agglomération orléanaise voit le nombre de ses salles de sport exploser. Même les petites et moyennes villes n’échappent pas au phénomène. Le culte du corps est devenu religieux et les investisseurs se sont engouffrés dans ce nouveau marché, source de profit insondable. Autrefois réservée à une petite catégorie d’adeptes, la musculation est devenue une pratique généralisée. Dans la jungle des offres de machines à rêves, les clubs traditionnels préservent difficilement leur territoire. Pourtant, face au discount et aux prix cassés, ils ont des arguments pour lutter contre l’individualisme et l’exhibitionnisme.

Ouvertes 24h/24 et 7j/7, l’argument marketing imparable des grandes enseignes de musculation. ©Magcentre


Par Philippe Voisin.


Gien avec ses 13 500 habitants attend l’ouverture d’une succursale de Gigafit. Le nom de cette enseigne ne cache pas l’esprit du concept qui s’annonce : « un réseau de salles de sport premium, en France et à l’international, au design soigné. Le concept qui allie sports et lifestyle est conçu pour s’adapter aux zones de chalandise. » Voilà comment les exigences de remise en forme et de santé se sont transformées en objets de consommation. 

Comme Gigafit, les Fitness Park, Basic-Fit, Métabolik, On Air, Keepcool proposent des bouquets de services pour vivre « une expérience unique ». Les concepteurs de ces enseignes se décrivent comme des experts en marketing, événementiel et développement commercial. Tout sauf des sportifs !

Ce sont souvent des franchises avec un droit d’entrée de plusieurs centaines de milliers d’euros. Tout est uniformisé à l’image de l’enseigne. Couleurs, espaces, bandes son et même matériels puisque certaines marques sont associées ou adossées aux fabricants de machines souvent étrangers.
 

La marque néerlandaise de fitness Basic-Fit, leader en Europe, s’est imposée en France. Photo Magcentre

 
Les offres commerciales sont très agressives. L’abonnement mensuel de base est imbattable : 25 à 30 €. Pour garantir un taux de rentabilité, il faut attirer un maximum d’adhérents et diminuer les frais de personnel. Et tant pis pour ceux qui abandonnent en route. L’accueil est réduit au minimum. Le digicode remplace la présence humaine. Les horaires d’ouverture sont élargis. On peut trouver du 7 jours sur 7 et du 24 h sur 24. Toutes les informations sur les services de la marque et les performances personnelles sont sur des applications.

Il est incontestable de voir dans le développement des réseaux sociaux les causes des changements de comportements. Réservée précédemment aux sportifs confirmés et aux adultes endurcis, la musculation attire aujourd’hui les jeunes et les ados qui comparent sur leurs écrans leurs transformations musculaires par échanges de vidéos. Les grandes enseignes ont su exploiter ces nouveaux besoins et les habitudes anciennes sont de plus en plus malmenées. Dans la métropole orléanaise, Basic-Fit a ouvert 7 établissements !

Le modèle associatif en résistance

À l’opposé des pratiques individualistes, les salles associatives et les indépendants proposent une autre vision de l’activité physique et sportive basée sur l’accompagnement et la vie de groupe. C’est ce qui a fait le succès pendant une trentaine d’années du Club Énergie créé à Orléans par Jean-Luc Boulay en 1987. 2 300 abonnés recherchaient un lieu convivial, une assistance personnalisée et des événements extra-sportifs comme des voyages collectifs. Un record.
 

 
À Saint-Jean-le-Blanc, Élite Asso, installée dans un local discret, cultive sa différence dans le sillon du club Énergie. Elle n’a pas peur des clichés vieillots mais revendique seulement 220 adhérents pour 300 places disponibles. « C’est une salle familiale, pas de code vestimentaire. Mais nous sommes loin du point d’équilibre malgré le soutien de la ville. Nos charges sont trop importantes », précise Mathieu, un bénévole passionné qui ne compte pas le temps passé pour la vie de l’association et l’accueil des membres. Ici, on retrouve côte à côte en débardeur des champions en préparation et des séniors en mode contrôle-cardio. Des rugbymen pros venus en voisins cohabitent avec des mamies qui préfèrent les cours collectifs. « Ici, tout le monde donne des coups de main ». Dans le bureau d’accueil, on sent immédiatement la chaleur des échanges entre adhérents et usagers. C’est ce lieu singulier que Wahid fréquente assidûment avec ses clients. Wahid est un coach sportif confirmé qui entraîne des golfeurs classés haut niveau. Il est fidèle à l’esprit « sport pour tous ». Dans l’association, il utilise les ateliers et en échange, il donne des cours gratuitement. Il intervient aussi auprès de clients qui viennent faire du sport sur ordonnance. « C’est moins cher et beaucoup plus efficace que les traitements chimiques ». Il ajoute : « C’est difficile de trouver des salles qui s’adaptent aux demandes particulières et aux pratiques médicalisées. »

Le coaching, nouveau phénomène d’aide au développement personnel

Mathis Bérault, coach sportif indépendant, enregistre une vidéo pour un client. Photo Magcentre

 
Mathis est un jeune autoentrepreneur qui habite encore chez ses parents. C’est un sportif accompli qui s’est déjà présenté dans des concours de bodybuilding. On le retrouve sur une machine devant une caméra portative pour enregistrer une vidéo dynamique personnalisée. Depuis un an, il accompagne une quinzaine de personnes pour perdre du poids et prendre du muscle, pour mieux manger et mieux bouger. Ses clients ont moins de 25 ans sauf deux quarantenaires. C’est 150 € par mois pour un suivi complet. Il espère faire ce nouveau métier pendant quelques dizaines d’années.

Ces professionnels sont de nouveaux venus dans le business du sport. Ils proposent leurs services sur Internet à une clientèle de particuliers aux motivations diverses : manager en recherche de performances, adulte confronté au déséquilibre de la vie active, jeune complexé par une adolescence mal assumée. Ils exercent en solo et louent parfois des heures de salles avec leurs clients. Mais le plus souvent, c’est en visio sur leur chaîne en ligne qu’ils interviennent. Une présence quotidienne dématérialisée. Le monde a changé.


Plus d’infos autrement :

Sport business : l’Iron « manne » de Tours Métropole 

 

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