Ride Along Borders : embarquement immédiat !

Jusqu’à fin juillet, Magcentre suivra étape après étape l’expédition Ride Along Borders. Depuis Aigle, en Suisse, jusqu’à l’île grecque de Lesbos, ces cyclistes nous feront partager leurs rencontres, leurs réflexions et leurs coups de pédale sur les routes contemporaines de l’exil. Sans oublier Paddington, l’ours voyageur devenu mascotte de l’aventure.

Mascotte du voyage et symbole de l’exil, l’ours Paddington prendra la route avec les cyclistes de Ride Along Borders jusqu’en Grèce – photo Patrick Communal


Par Izabel Tognarelli.


Ce mercredi, pendant que beaucoup cherchaient encore un coin d’ombre pour échapper à la canicule, un groupe de voyageurs – parmi lesquels Patrick Communal, ancien avocat orléanais, son fils Thierry, ainsi que Baran, jeune réfugié kurde – a embarqué pour l’aventure Ride Along Borders. Ils ont pris la route en van en direction d’Aigle, en Suisse, point de départ d’un périple de près de 3 000 kilomètres.

Leur itinéraire les conduira à franchir les montagnes, traverser les frontières, parcourir les campagnes et longer les fleuves, en remontant les chemins empruntés ces dernières années par des milliers de réfugiés pour rejoindre l’Europe – Suisse, Allemagne, Autriche, Hongrie, Balkans, Grèce. Leur voyage les mènera jusqu’à l’île de Lesbos, où se trouve l’un des plus grands camps d’internement de demandeurs d’asile en Europe. Une question servira de fil rouge à cette aventure : que racontent aujourd’hui les routes de l’exil ?

Le collectif plus impressionnant que les kilomètres

Avant le départ, les inquiétudes de Patrick Communal ne portaient ni sur l’effort physique ni sur le matériel, déjà prêts depuis plusieurs jours, mais sur ce que change un voyage collectif. En amont, il a fallu jongler avec les fichiers GPX, les réservations, les horaires de bateau, les lieux d’hébergement et les contraintes du groupe. « Quand on est nombreux, il faut de l’organisation, sinon ça finit mal », résume-t-il.

Au-delà de la logistique, il faut aussi tenir compte des questions humaines : la fatigue, la chaleur et les rythmes différents de chacun, qui peuvent devenir source de tensions au fil des kilomètres. Patrick Communal a choisi son rôle : il restera à l’arrière avec les moins aguerris, afin que le voyage demeure une aventure collective plutôt qu’une performance.

Patrick et Thierry Communal, les deux piliers de l’organisation de Ride along borders – photo Catherine Viaud

Entre symboles et pragmatisme

Comme souvent dans les expéditions au long cours, l’itinéraire a été ajusté jusqu’au dernier moment. Certaines décisions relèvent autant du symbole que de l’organisation. En Autriche, le groupe a ainsi choisi de prolonger une étape d’une vingtaine de kilomètres afin d’éviter de passer la nuit au pied de ce qui fut le camp de Mauthausen : ils traverseront ce lieu de mémoire, mais n’y installeront pas leur bivouac.

Plus loin, dans les Balkans, un autre changement est venu modifier le tracé initial : au lieu de poursuivre vers la Bulgarie après Belgrade, les cyclistes descendront vers la Macédoine du Nord, un itinéraire plus direct et plus cohérent avec les routes empruntées actuellement par de nombreux réfugiés.

Restent aussi les contraintes de la traversée vers Lesbos : les vélos ne pourront pas embarquer directement sur le ferry et devront être acheminés dans un van qui accompagnera l’expédition pendant tout le parcours. Sa location a d’ailleurs absorbé une part importante du budget du projet.

L’ours Paddington, passager clandestin de la mémoire

L’expédition comptera un onzième passager : l’ours Paddington. Accroché au guidon de Patrick Communal, le célèbre petit ours britannique – cadeau de son épouse – accompagnera toute l’aventure comme mascotte du groupe, mais surtout comme symbole. Dans son histoire originale, Paddington est lui aussi un réfugié venu d’un pays lointain, accueilli dans un autre pays, qu’il ne connaît pas.

Au fil des semaines, nous retrouverons donc l’ours Paddington au bord du Danube, devant les montagnes autrichiennes, dans les Balkans ou sur les quais des ferries grecs. Compagnon silencieux et attachant, il rappellera que, derrière les statistiques et les débats, il est toujours question de destins humains. À l’arrivée, sur l’île de Lesbos, Patrick Communal espère offrir l’ourson à une petite fille réfugiée.

L’aventure humaine de Ride Along Borders dessinera ainsi une géographie de l’espoir, à une époque où certains appellent à ériger de nouveaux murs, multiplier les contrôles et refermer les frontières. Magcentre accompagnera cette expédition sous la forme d’un carnet de voyage, d’une chronique européenne, d’un récit cycliste et d’une réflexion sur notre époque.

Dans notre prochain épisode, Patrick et Thierry Communal pousseront les portes du Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Ce sera l’occasion d’interroger le rôle du sport face aux grandes questions migratoires et de comprendre ce que représente aujourd’hui l’équipe olympique des réfugiés.

À la veille de Noël 1956, Michael Bond achète un petit ours en peluche abandonné sur une étagère d’un magasin londonien et l’offre à son épouse. Il le baptise « Paddington », du nom de la gare voisine. Mais l’inspiration du personnage qu’il est appelé à créer est surtout un écho de ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale : cet ourson seul sur son étagère lui a rappelé les enfants réfugiés juifs arrivant en Grande-Bretagne, ainsi que les enfants londoniens évacués, souvent munis d’une valise et d’une étiquette. Ainsi naît Paddington, un ours venu du Pérou avec une valise et, autour du cou, une étiquette portant ces mots : « Please look after this bear. Thank you » (« S’il vous plaît, prenez soin de cet ours. Merci »).


À lire :

De la Suisse à Lesbos, un voyage à vélo sur les traces de l’exil

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