Plus encore que les canicules, c’est la sécheresse et ses conséquences qui nous menacent désormais

Alors que nous arrivons cette semaine à la cinquième période caniculaire de la saison, de plus en plus de voix se font entendre pour mettre l’accent sur la sécheresse qui sévit actuellement en France, sur le déficit hydrique considérable que nous constatons aujourd’hui, et ses conséquences immédiates comme à plus long terme, avec en arrière-plan de réelles interrogations sur la gestion de l’eau dans notre pays.
 

Des cours d’eau de plus en plus fragilisés par le manque d’eau, un signal qui alarme sur la gestion de cette ressource. ©Magcentre


Billet par Éric Botton


C’est officiel, à l’occasion de la 33e semaine de l’année, celle du 15 août, nous allons devoir affronter la 5e canicule de la saison, avec à nouveau des températures qui vont flirter avec les 40 °C sur une bonne partie de l’Hexagone, mettant à mal notre vie quotidienne, mais aussi nos organismes, qui récupèrent de moins en moins bien. Au-delà de la chaleur, c’est pourtant le déficit hydrique qui doit nous préoccuper davantage désormais. Car, si les effets accablants de la chaleur s’estompent assez rapidement, une fois le thermomètre redescendu, rattraper des semaines et des semaines sans pluie est une toute autre affaire. Nous évoquions d’ailleurs déjà cet aspect des choses dans notre article paru la semaine dernière sur l’assèchement du lit de la Loire et surtout de ses affluents. Où en est-on aujourd’hui ?

L’épisode le plus sec qu’ait jamais connu la France contemporaine

Le mois de juillet 2026 est désormais le plus chaud jamais enregistré en France (en attendant 2027 ?), avec des températures de plus de 5 °C au-dessus des moyennes habituelles, et même de plus de 7 °C pour les régions allant de la Bretagne jusqu’au Limousin. À la moitié de l’été, la sécheresse qui sévit depuis des semaines est inédite. Selon l’OFB, l’Office français de la biodiversité, ce ne sont pas moins de 43 % des petits cours d’eau français qui se retrouvent en rupture d’écoulement, c’est-à-dire plus concrètement qu’il n’y a plus du tout d’eau qui circule dans leur lit. Cela concerne 1 373 cours d’eau, deux fois plus que l’année dernière ! Du jamais-vu, dépassant largement la dernière grande sécheresse de 2022. Là où l’écoulement de l’eau s’est arrêté, les espèces aquatiques sont évidemment anéanties (algues, insectes, poissons…). Mais même quand il reste encore un peu de débit, celui-ci peut s’avérer trop faible. On constate alors un réchauffement anormal de l’eau, une concentration de la pollution, une diminution de l’oxygène et l’extinction accélérée des espèces vivantes, une catastrophe pour la microflore et la microfaune. Certains climatologues parlent de véritable « rupture écologique ». Et côté nappes phréatiques, le BRGM indique que les deux tiers d’entre elles sont en dessous des niveaux attendus.

La plus grande sécheresse depuis 1947

Côté grands cours d’eau, la Loire n’est certes pas encore à sec, et les retenues d’eau en amont permettent encore de gérer un peu son débit, mais le fleuve royal souffre quand même énormément. Son débit n’a jamais été aussi faible, et beaucoup de ses nombreux bras secondaires sont d’ores et déjà totalement asséchés. En particulier en amont de Nantes. Mais ne nous y trompons pas : la situation pourrait être bien pire s’il n’y avait pas justement ces lâchers d’eau qui régulent le débit au-dessus du seuil critique. Mais jusqu’à quand ?

Les prévisions météorologiques annoncent quelques précipitations ces prochains jours, mais avec une fiabilité qui reste encore à vérifier. Côté sols, ils sont encore plus secs qu’en 2022, dernière année de référence en matière d’incendies majeurs. Les couches superficielles de terre sont devenues arides, ce qui est catastrophique pour la végétation. Nous avons tous vu depuis des semaines l’herbe jaunir, les potagers péricliter, les arbres perdre leurs feuilles comme en automne. C’est la plus grande sécheresse jamais enregistrée depuis 1947, avec un déficit de pluie de 70 % à fin juillet. L’absence de toute précipitation, combinée à un fort rayonnement solaire et à des températures très élevées, accentue bien entendu la dynamique d’assèchement et le besoin en eau des végétaux.

Des conséquences dont on ne mesure pas encore l’importance

Certaines communes ont déjà besoin de camions-citernes pour se ravitailler, les ressources en eau potable étant momentanément épuisées ou devenues impropres. Et on s’interroge pour la suite, et plus généralement sur la question de la gestion de l’eau au niveau national. Pas de vie sans eau, on le sait. Mais nos gouvernants ont l’air de l’avoir oublié, comme tant d’autres choses d’ailleurs (cf. les récents incendies sur tout le territoire national). Ainsi, l’Assemblée nationale a récemment voté une loi d’urgence agricole calquée sur les volontés de l’agro-industrie, dont l’une des conséquences est d’affaiblir les ressources en eau… Cherchez l’erreur ! Le texte supprime plusieurs mesures de préservation de l’eau et réduit la prise en compte des pollutions chimiques permettant de lister les captages d’eau à protéger en priorité. La loi menace également les zones humides françaises, dont la définition légale est modifiée, facilitant leur destruction. Pourtant, la moitié des zones humides ont déjà disparu en quelques décennies, alors qu’elles sont essentielles pour absorber les pluies en hiver et atténuer les sécheresses en été, mais aussi capter l’excédent de chaleur. En plein été sec et caniculaire, cette loi représente tout ce qu’il ne faut pas faire face au dérèglement climatique. Dans son budget 2026, le gouvernement a aussi diminué de 26 millions d’euros les moyens alloués à l’Office français de la biodiversité (OFB). Une coupe sévère qui prive l’organisme de près de 4,5 % de ses fonds annuels. Jusqu’où va-t-on aller comme ça ?

Une véritable gestion à établir enfin

Notre pays a bâti une partie de son indépendance énergétique sur les centrales nucléaires. Seul hic, celles-ci ont besoin de l’eau des rivières ou des fleuves pour se refroidir. C’est pourquoi elles sont toujours construites à proximité immédiate d’un cours d’eau ayant un débit suffisamment important. Si ce débit chute en dessous d’un certain seuil, c’est l’arrêt des réacteurs. Et donc momentanément plus de production d’énergie. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel scénario. La question se posait d’ailleurs la semaine dernière pour la centrale de Dampierre-en-Burly (45). Au-delà des dossiers brûlants (sans mauvais jeu de mots) de la gestion des forêts et des incendies, le dossier non moins brûlant de la gestion globale de l’eau se pose de façon encore plus aiguë, tant la ressource est précieuse et surtout vitale. On peut en effet toujours essayer de s’accommoder des grosses chaleurs, un certain temps, mais sans eau on ne tient pas très longtemps. Et sa raréfaction ou son absence a aussi des conséquences sur nos ressources alimentaires, fruits et légumes pâtissant également de ces circonstances. Espérons que ces sujets, et celui de l’eau en particulier, viendront au premier plan dans la future campagne présidentielle. Non pas seulement pour en débattre, mais pour poser enfin les fondations de solutions indispensables et durables.


Plus d’infos autrement :

Hausse des températures en Centre-Val de Loire : +3,5 °C en moyenne entre 1960 et 2025

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    35°C
  • jeudi
    • matin 27°C
    • après midi 39°C
Copyright © MagCentre 2012-2026