Avec plus de 3 millions de modèles en circulation en France, la trottinette électrique apparaît comme un moyen de locomotion écologique symbole de liberté. Cet engin de déplacement personnel motorisé passe-partout ne semble présenter que des avantages. Seulement voilà, ce moyen de transport accessible à tous à partir de 14 ans présente tous les aspects d’un cadeau empoisonné. Et aucune ville n’échappe à l’utilisation dangereuse qui en est faite par certains de ses propriétaires.
En France, circuler en trottinette électrique sur un trottoir est passible d’une amende de 135 euros. ©Pixabay
La vie de piéton n’est pas de tout repos car les trottoirs sont de moins en moins sûrs. À Orléans par exemple, il faut redoubler de vigilance pour ne pas se retrouver nez à nez avec une trottinette sur un trottoir Faubourg Saint-Jean, rue Bannier ou rue de la République, certains « trottinettistes » n’hésitant pas à vous klaxonner ou vous sermonner l’air excédé. Certains cyclistes ne sont d’ailleurs pas en reste et imitent leurs homologues jusqu’à descendre la rue Royale sous les arcades ! Et au cas où le piéton ferait valoir au contrevenant son bon droit, les réactions sont diverses et variées. Cela va du bougonnement à l’indifférence, en passant par un florilège d’insultes. Enfin, il y a ceux qui ne se démontent pas, sûrs de leur fait, et qui font claquer un imparable : « Ouais, j’suis sur l’trottoir, mais moi, j’suis écolo, j’pollue pas ! »
Alors c’est quoi le problème ? Méconnaissance du code de la route ou manque de civisme ? Législation trop permissive ? Signalétique pas assez claire et couloirs dédiés pas assez visibles ou nombreux ?
Une législation à géométrie variable et trop peu respectée
L’État, comme sur beaucoup d’autres sujets, semble à la traîne pour suivre l’évolution des mœurs, pallier les dérives et légiférer de façon claire. Ce sont les communes qui doivent s’emparer du problème à coups d’arrêtés municipaux sporadiques à l’échelle nationale, comme dans la ville d’Annemasse qui demande désormais de circuler en centre-ville avec le vélo ou la trottinette à la main, sous peine d’une amende.
Si vous utilisez un engin de déplacement personnel motorisé (trottinette électrique, hoverboard, gyropode, monoroue, cyclomobile léger), un certain nombre de règles sont pourtant claires. Circulation sur les pistes cyclables ou sur les routes limitées à 50 km/h, circulation interdite sur les trottoirs, vitesse maximum autorisée de 25 km/h, interdiction de transporter une personne, de porter des écouteurs ou un casque audio, obligation d’avoir une assurance responsabilité civile. Enfin votre engin doit être équipé d’un système de freinage, d’un avertisseur sonore, de feux de position (avant et arrière) et de dispositifs réfléchissants arrière et latéraux. Mais c’est le port du casque qui reste dans le flou. Si celui-ci est obligatoire hors agglomération, il est seulement « recommandé » par la loi en ville, même si certaines villes ont décidé d’imposer localement le port du casque (Nice, Paris, Chartres). Quant aux peines encourues par les contrevenants, des amendes de 4e classe, à hauteur de 135 euros pour une conduite sans casque, ou de 5e classe pour les excès de vitesse (1 500 euros) sont bien prévues.
Des initiatives locales
Le port du casque en trottinette électrique n’est pas encore obligatoire sur l’ensemble du territoire national en France, mais il est rendu obligatoire par des arrêtés préfectoraux et municipaux dans de plus en plus de zones. Depuis le 7 août 2026, une nouvelle réglementation s’applique aux utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) circulant à Paris et dans les départements de la petite couronne. Un arrêté du préfet de police impose désormais le port d’un casque et d’un équipement rétro-réfléchissant pour les conducteurs d’EDPM circulant sur la voie publique. Il en est de même depuis le 1er septembre dans le Nord.
Mais après avoir rappelé tout cela, force est de constater que, la plupart du temps, peu d’utilisateurs d’EDPM sont en règle. Face à une réglementation incompréhensible et trop peu respectée, à géométrie variable, à des contrôles insuffisants, il ne faut pas s’étonner de la recrudescence des accidents et des entorses au code de la route.
Une hausse constante des accidents mortels
Les accidents mortels et corporels impliquant des trottinettes électriques sont endémiques. Les données récentes confirment l’urgence d’agir. À l’échelle nationale, rien qu’en mai 2026, le bilan est éloquent avec 7 morts et 119 blessés. La région Centre-Val de Loire n’échappe pas à ce constat. Fondettes, Orléans, Chartres, Déols, Tours, La Ferté-Imbault, Vignoux-sur-Barengeon, Saint-Jean-de-la-Ruelle ou encore au Blanc, le nombre d’accidents impliquant des trottinettes avec des voitures ou des piétons explose. À Orléans, les forces de l’ordre estiment qu’environ un accident de la route sur dix implique une trottinette électrique. À Chartres, face à la recrudescence des collisions, le maire a imposé le port du casque obligatoire pour tous les usagers d’EDPM. Mêmes causes et mêmes effets dans l’Indre avec un arrêté préfectoral promulgué en mai.
Les jeunes conducteurs et les adolescents sont particulièrement touchés par les accidents graves. Une étude publiée dans Scientific Reports en août 2026 par l’équipe du chirurgien David Bodansky, à l’hôpital Chelsea and Westminster de Londres, a établi que les conducteurs de ces petits engins urbains subissent 3,45 fois plus de lésions cérébrales que les motards. Le non-port du casque, la vitesse excessive, le non-respect des règles de circulation, la consommation d’alcool ou de stupéfiants sont autant de facteurs aggravants.
Un achat accessible à tous
En 2026, la trottinette s’est démocratisée. C’est un produit accessible à toutes les bourses, dont le prix moyen s’est stabilisé autour de 400 euros, même si le haut de gamme peut dépasser les 2 500 euros. Les trottinettes électriques du moment se distinguent par leur rapport qualité-prix, leur confort et leurs performances urbaines. Malheureusement, c’est l’utilisation qui en est faite par certains conducteurs n’ayant aucune notion du code de la route qui vient ternir le tableau.
Une trottinette débridée peut rouler de 35 à 50 km/h pour les modèles urbains courants, et jusqu’à 100 ou 125 km/h pour les modèles sportifs haut de gamme. En février 2026, à Veuzain-sur-Loire, en pleine agglomération, les gendarmes du Loir-et-Cher ont intercepté une trottinette circulant aussi vite que les voitures et qui pouvait atteindre 100 km/h. Sans assurance et positif aux stupéfiants, le conducteur a vu son véhicule immobilisé. Il n’existe pas de chiffre officiel précis recensant le nombre de trottinettes électriques débridées, mais cette pratique illégale, réalisable via de simples modifications logicielles ou mécaniques, est monnaie courante.
On l’aura compris, en 2026, le trottoir n’est plus un havre de paix et de sécurité pour les bipèdes, mais source de multiples dangers. L’idée n’est pas d’interdire les trottinettes mais plutôt de remettre chacun à sa place dans le paysage urbain. Il serait peut-être temps de généraliser sur tout le territoire le port du casque obligatoire aux trottinettes et aux cyclistes. Quant aux comportements, il y a du pain sur la planche.
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