Avec L’Inconnue, Arthur Harari signe un étrange voyage au cœur de l’identité et de la dépossession. Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider, le film impressionne par sa mise en scène et son ambition, malgré une durée qui finit par peser sur le récit.

La photographie de l’Inconnue (Léa Seydoux) devenue l’affiche du film, qui apparaît après son développement en chambre noire. Crédit : bathysphere – To Be Continued – Pathé Films – France 2 Cinéma – Ascent Film – 2632-7197 Québec Inc.
Après Dimant noir, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle et sa participation au scénario d’Anatomie d’une chute, Arthur Harari revient avec un nouveau long métrage sorti en salle le 26 août. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, L’Inconnue adapte le roman graphique Le Cas David Zimmerman, coécrit avec son frère Lucas Harari.
David Zimmerman est photographe, solitaire et presque invisible aux yeux des autres. Lors d’une fête, il remarque une mystérieuse inconnue, interprétée par Léa Seydoux. Après une rencontre aussi silencieuse que troublante, les deux personnages couchent ensemble. Au réveil, David découvre qu’il habite désormais le corps de cette femme.
Le point de départ fantastique permet alors à Arthur Harari d’explorer la perte de soi et l’étrangeté du corps. Sans effets spéciaux spectaculaires, le réalisateur installe son fantastique dans un quotidien très réaliste, ce qui rend l’expérience d’autant plus dérangeante.
Léa Seydoux et Niels Schneider impressionnent particulièrement dans cet exercice. Schneider compose un personnage déjà profondément isolé, tandis que Seydoux doit faire exister, dans son corps, la présence d’un homme sans jamais tomber dans la caricature. Un véritable travail d’incarnation, que le réalisateur lui-même a placé au cœur de son projet.

Le face-à-face entre deux êtres bientôt dépossédés. Crédit : bathysphere – To Be Continued – Pathé Films – France 2 Cinéma – Ascent Film – 2632-7197 Québec Inc.
Une mise en scène hypnotique
La grande réussite de L’Inconnue réside sans doute dans sa mise en scène. Arthur Harari parvient à créer du malaise et du vertige avec des éléments simples : un regard, un miroir, un long zoom ou une musique lancinante et répétitive.
Le film propose ainsi une forme de body horror davantage mentale que graphique. Le corps ne se transforme pas réellement sous nos yeux : c’est le rapport que le personnage entretient avec lui qui devient inquiétant. L’inspection de ce nouveau visage, de cette peau et de détails physiques soudain devenus étrangers participe à cette expérience troublante.
La photographie et la musique renforcent cette atmosphère étrange, parfois hypnotique. Certaines séquences rappellent avec force la capacité du cinéma à produire des sensations qui dépassent les mots.

Dans le miroir, un corps devenu étranger. Crédit : bathysphere – To Be Continued – Pathé Films – France 2 Cinéma – Ascent Film – 2632-7197 Québec Inc.
Une réflexion riche, mais qui tourne parfois à vide
L’Inconnue pose une question passionnante : qu’est-ce qui fait réellement notre identité ? Notre corps, nos souvenirs, notre histoire, le regard des autres ? C’est pourtant ici qu’apparaît l’une des principales limites du film. Comment raconter la perte d’une identité sans réellement filmer ce qui la construit ?
Le film s’intéresse beaucoup à la dépossession intime de David, mais laisse largement de côté les éléments sociaux, familiaux ou culturels qui participent aussi à faire de nous des individus. La disparition d’une personne et le changement de corps auraient pu avoir des conséquences plus concrètes sur le rapport du personnage au monde. En privilégiant l’abstraction, Arthur Harari signe une réflexion stimulante, mais parfois trop détachée de la réalité.
Un film trop long, mais pas sans intérêt
Le principal défaut de L’Inconnue reste finalement sa durée. Ses 2h20 se font sentir. Si la lenteur des premières séquences participe à l’atmosphère mystérieuse du film, le récit finit par s’étirer et peine à maintenir l’intérêt.
C’est d’autant plus regrettable que le film ne manque ni d’idées ni de qualités. Arthur Harari propose un projet singulier, ambitieux et visuellement maîtrisé, porté par deux acteurs particulièrement investis.
L’Inconnue aurait sans doute gagné à être plus resserré. Mais malgré ses longueurs et une réflexion parfois trop abstraite, le film mérite d’être découvert pour son audace et sa capacité à créer un véritable trouble. Une œuvre imparfaite, parfois frustrante, mais qui ne ressemble à aucune autre.
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