Une exposition originale se tient face au musée Poterie et Forêt de Nibelle dans le Loiret jusqu’au 25 octobre, présentant ces fameux pichets à tête de chien. Une spécificité locale et emblématique du village depuis le XIXe siècle.

Les bouelles de l’atelier Rivière exposées à Nibelle. Photo AC Chapuis
La première énigme tient dans le nom donné à ces pichets à tête de chien. Les recherches, établies par Bruno Lagarde, président de l’association Histoire et Patrimoine de Nibelle, suggèrent deux étymologies issues du latin : Botellus (viscères ou petit cours d’eau) ou Puella (jeune fille). Ce dernier vocable a donné le mot bouelle encore utilisé dans les patois du Gâtinais, de Sologne, de Beauce ou du Montargois, et est probablement l’origine du nom donné à ce pichet aux formes rondes.
Quant à la tête de chien, c’est sans doute et tout simplement une représentation d’un animal familier qui avait un rôle majeur dans le milieu rural et forestier de Nibelle.
Les bouelles de Nibelle : un récipient devenu une marque identitaire
Les plus anciennes productions remontent au XIXe siècle, lancées par une famille de potiers, les Rivière, que l’on peut suivre sur plusieurs générations jusqu’en 1914. L’objet est repérable et caractéristique : par sa taille, sa forme et sa particularité d’un petit orifice à la place du bec verseur. Son utilisation était multiple, mais appréciée pour la préparation de l’absinthe avec la précision du jet du précieux liquide sur le sucre.

Clin d’œil aux « chiens » d’Orléans. Photo AC Chapuis
Au XXe siècle, la tradition a été reprise et a généré des modèles produits par les plus grands céramistes comme Jean-Claude et Pascal Laristan, Véronique Durey, Virginie Péchard (enseignante à l’ESAD Orléans). Un marché de potiers est régulièrement organisé à Nibelle où a lieu un concours de bouelle. La tradition perdure !
L’autre spécificité de Nibelle : les sifflets à eau
Nibelle a une tradition de potiers attestée depuis le XIIIe siècle et son musée « Poterie et forêt » renferme des trésors. C’est un petit musée comme on les aime, accueillant, bien référencé, qui renseigne sur cette histoire de poterie à Nibelle, sur ses origines et son savoir-faire.

Sifflets à eau du XVIe siècle trouvés par hasard à Nibelle en 1990. Photo AC Chapuis
Une collection rare de sifflets à eau datant du XVIe siècle y est présentée. L’histoire de leur découverte tient du conte de fées. Comme dans tout territoire de poterie, les objets ratés servent de remblai ou de soubassement aux maisons. Les habitants qui effectuent des travaux chez eux sont habitués à découvrir des tessons ou poteries de toute sorte. Dans les années 90, un habitant de Nibelle au lieu-dit « les Poteries » (ça ne s’invente pas !) a découvert une énorme quantité de sifflets à eau ou globulaires. Il en a fait don au musée qui a pu les dater du XVIe siècle, grâce aux recherches du spécialiste en la matière, Pierre Catanes. Plusieurs vitrines présentent ces petits personnages naïfs et touchants, tous différents suivant la technique du modelage et celle, assez complexe, du sifflet à eau avec tube, bec, trou de remplissage, fenêtre…

Sifflets du XVIe siècle en forme de cavaliers ou personnages. Photo AC Chapuis
Le musée, par ailleurs, renseigne sur la poterie et sur les métiers de la forêt. Ces deux espaces méritent le détour et sont ouverts le dimanche. Des ouvrages très documentés, réalisés par Histoire et Patrimoine et en vente au musée, peuvent permettre d’en savoir plus et de garder trace d’une visite ou rencontre passionnante.
Pratique :
Musée Poterie et forêt, 44 bis rue Saint-Sauveur – 45340 Nibelle
Ouvert tous les dimanches du 15 mars au 15 novembre
De 10h à 12h et de 14h à 18h
Tarif : 4€, enfants : 2€
Exposition : la bouelle de Nivelle
Tous les dimanches jusqu’au 25 octobre
De 10h à 12h et 14h à 18h
Entrée gratuite
Plus d’infos autrement :
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