L’Asie rêvée des collectionneurs au château de Blois

Au château de Blois, l’exposition « Reflets du lointain, l’Asie rêvée des collectionneurs » dévoile une cinquantaine d’œuvres chinoises et japonaises issues de collections locales.
 

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Par Emmanuelle Viora


Les réserves du château royal de Blois regorgent de merveilles historiques et patrimoniales, que le public ne peut pas voir. En effet, 36 000 objets stockés dans les greniers et les sous-sols ne sont que très rarement, voire jamais exposés. L’idée de faire une exposition sur l’art asiatique est issue d’une « étude des collections en 2022, qui a permis de déterminer l’origine et l’époque d’un certain nombre de pièces », ainsi que la présence de collectionneurs locaux.

Ainsi, jusqu’au 16 mai 2027, l’exposition « Reflets du lointain, l’Asie rêvée des collectionneurs » présente une cinquantaine d’œuvres asiatiques, plus précisément originaires de Chine et du Japon, léguées ou données au château par des collectionneurs de la région, et choisies en fonction de leur conservation et de leur variété. Ce rendez-vous culturel s’inscrit dans la programmation « Asie en Val de Loire », portée par l’Association Musée en Centre-Val de Loire, avec le soutien de la région et de la DRAC. Les visiteurs qui découvriront le musée des Beaux-Arts pourront s’embarquer pour un voyage dépaysant avec un parcours inédit et des animations, afin de raconter plusieurs facettes des cultures asiatiques.

Six thèmes sont abordés

L’exposition se déploie en six thèmes avec panneaux explicatifs et objets d’art ou du quotidien. La cérémonie du thé est évoquée par la présence d’objets usuels, boîte à thé et théière, illustrant cet art de vivre ritualisé. Pour les croyances et rituels, statuettes et vases révèlent un univers où immortels et divinités incarnent la prospérité et la longévité. Évidemment, l’art de la céramique est mis en valeur, avec un magnifique vase « mille fleurs » illustrant la maîtrise de techniques comme l’art de l’émail et la richesse des décors. Les arts graphiques sont présents avec des peintures, estampes et objets de calligraphie. Comment parler d’Asie sans évoquer l’art du textile et de la broderie, qui révèle une véritable virtuosité des artisans avec un morceau de soie brodée, des petites chaussures pour « pieds bandés », signes de noblesse et de raffinement, et des statuettes de « mode ». Enfin, il ne faut pas oublier les céramiques créées spécialement pour « l’exportation » vers l’Occident, comme des soupières, vases, cafetières ou assiettes, dont les décors sont adaptés aux goûts étrangers.

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Des objets issus de grandes collections

Il s’agit aussi de mettre en valeur des personnages méconnus, des collectionneurs qui ont fait venir des objets à une époque où, du milieu du XIXe au milieu du XXe siècle, l’orientalisme était à la mode. Né à Chantilly en 1833, Henri Varenne s’installe à Tours en 1888 ; ce sculpteur très actif sur la Touraine, mais aussi à Paris, est un grand collectionneur d’art asiatique. À son décès, il lègue à la ville de Blois son fonds d’atelier qui comprend ses propres œuvres et de l’art asiatique. James Malfray n’est pas inconnu des Blésois, puisqu’une salle de l’Hôtel de ville porte son nom. En effet, né à Blois en 1867, cet artiste polyvalent, céramiste et marchand d’art, fonde même l’École de la Loire en 1940. Dès 1939, il donne à la ville de Blois sa collection de près de 1500 céramiques datant des origines au XIXe siècle, dont beaucoup d’origine asiatique arrivées par la Compagnie française des Indes orientales.

Georges Léopold Cochet, connu sous le nom de Pascal Forthuny, est né à Paris en 1872, sa famille étant originaire du Loir-et-Cher. Ce spécialiste des arts graphiques est aussi écrivain de romans et sinologue ; il s’intéresse à l’orientalisme comme discipline scientifique en étudiant l’évolution des collections d’art asiatique en Occident, et offre sa collection de peintures, d’œuvres d’art et d’écrits à la ville de Blois en 1943, bien avant son décès en 1962. Les collectionneurs peuvent aussi être des collectionneuses : il en est ainsi d’Augustine Cécile Adélaïde Berthe Jousselin, devenue Berthe Korewo par son mariage. Pour abriter ses riches collections, cette musicienne, cantatrice et musicologue, aménage un luxueux salon-cabinet de curiosités dans son manoir de la Haute-Borde à Rilly-sur-Loire. En 1946, elle lègue ses collections à la ville de Blois, qui y consacre alors un espace au château.

Des activités pédagogiques

Dans cette exposition qui se veut particulièrement pédagogique, on peut mentionner la présence de cartels établis en partenariat avec le service de médiation et le SAGE de Cellettes. Il s’agit d’un parcours FALC (Facile à Lire et à Comprendre) avec des textes simplifiés qui s’adressent aux publics « empêchés » et aux enfants. Il est également prévu de nombreuses animations, avec des visites guidées de l’exposition, des ateliers de calligraphie et peinture chinoises, des cérémonies du thé, un concert pour le Nouvel An chinois et des ateliers de pliage d’origami.

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