Durant cinq jours, le festival des Rendez-vous de l’Histoire a fait de Blois la capitale de l’histoire. 60 000 personnes ont débattu sur le thème des Marchands. Alors que tout s’achète et se monnaie désormais dans une économie mondialisée, ce rendez-vous entièrement gratuit reste un symbole.
Les narcotrafiquants sont des commerçants criminels que le PNACO combat sans relâche avec une stratégie renforcée de lutte contre le blanchiment. Crédit JL Vezon.
À l’heure des plateformes numériques, la logique marchande gagne chaque jour du terrain avec un chiffre d’affaire de 4 500 milliards de dollars en 2026 et 15 % du PIB mondial. Pourtant, comme l’a rappelé Marc Gricourt, maire de Blois, dans son discours d’inauguration, le festival des Rendez-Vous de l’Histoire porte l’ambition de la gratuité. « Une gratuité qui n’est pas un détail comptable, mais un choix politique : celui des nombreux partenaires, dont le premier d’entre-eux, la Ville de Blois, qui considèrent que la connaissance est un bien commun et non un produit ».
Porté par le Centre européen de promotion de l’histoire (CEPH) que préside avec talent l’historien tourangeau Éric Alary avec le soutien d’une équipe de salariées mobilisée autour de son directeur Francis Chevrier et de nombreux bénévoles, l’édition 2026 a donc abordé la thématique sous tous les angles : économique, philosophique, cinématographique et bien – sûr historique.
Depuis la nuit des temps, la société a toujours eu ses marchands. La question n’est pas de savoir s’il en faut, mais des limites du commerce. Une interrogation se pose ainsi à nos démocraties : qu’est-ce qui doit rester hors du marché ? Ce que l’on sait, ce que l’on apprend, ce que l’on soigne mais aussi l’information comme l’a brillamment rappelé Nathalie Sonnac: auteure de « Qui veut la peau de l’audiovisuel public ? » lors de la conférence inaugurale vendredi 9 octobre. Pour cette spécialiste des médias, une démocratie a besoin d’une information libre et pluraliste.
Le Commerce en crise
Chacun en convient, le monde marchand est en crise et traverse la plus radicale de ses mutations. L’échoppe en bois a cédé le terrain aux écrans en verre trempé rendant actuelle la prédiction d’Emile Zola, il y a 135 ans qui affirmait que « toute l’industrie, tout le commerce finira par n’être qu’un immense bazar unique, où l’on s’approvisionnera de tout. » Ce “grand bazar unique”, nous y sommes : il s’appelle Internet. L’e-commerce représente désormais 6 % des marchandises échangées et contribue à la vacance commerciale de nos centre villes.
Dans le cadre de la 12e édition du cycle économie (1) , le sujet n’a pas manqué de susciter plusieurs débats. A Vendôme, une intéressante table-ronde consacrée aux transformations du commerce a pourtant rappelé qu’il y a bien une vie commerciale en dehors d’Amazon. S’il est clair que les commerçants se doivent désormais de posséder une vitrine numérique et d’être présents sur les réseaux sociaux, le commerce reste avant tout une affaire d’êtres humains.
À l’image d’Andrès Bernat, qui gère Aux produits d’Espagne, une épicerie créée par son grand – père en 1902, le commerce de centre-ville est vecteur de liens et de convivialité. Mais au-delà, le consommateur est aussi un citoyen. Chaque fois qu’il sort son porte-monnaie, il accomplit un acte politique. Choisir d’acheter chez son boulanger, chez son libraire de quartier, chez son maraîcher ou auprès d’artisans ce n’est pas seulement acquérir un bien, c’est décider de maintenir une certaine société, pour que les emplois restent locaux et que notre environnement conserve son humanité.
Aujourd’hui, les nouveaux marchands ne tiennent plus des comptoirs mais des plateformes à l’échelle mondiale. Ils ne vendent plus seulement des biens : ils captent nos données, notre attention, et parfois notre débat public. Ils vendent aussi des drogues, blanchissent leurs revenus et jouent d’influence comme l’a présenté Vanessa Perrée, procureure nationale anticriminalité organisée (PNACO) lors de la passionnante conférence de clôture. Il est donc urgent de poser des règles et de les appliquer car il y a bien un danger pour l’existence de nos démocraties.
(1) 12é édition, 40 conférences et 8 000 participants.
La jeunesse, thème de l’édition 2027
Comme chaque année, Jean-Noël Jeanneney, éminent président du comité scientifique des Rendez-vous de l’Histoire depuis 22 ans, a livré le thème de la prochaine édition. C’est donc la jeunesse, qui rassemblera à Blois du 5 au 9 octobre 2027 la grande communauté des historiens de France. Rendez-vous est pris pour une 30e édition post élection présidentielle.
En prélude à la conférence de clôture, le prix Augustin Thierry, distinction de l’équipe des Rendez-vous de l’histoire a été remis à l’historienne et universitaire de Paris I, Sophie Cras pour son livre “L’œil du capitaliste – Musées, commerce et colonisation”, (Ed. Flammarion). Il s’agit d’un travail inédit sur les musées commerciaux à la fin du XIXᵉ siècle dont l’institution a accompagné la mondialisation du commerce et les entreprises coloniales.
La jeunesse, le thème de la 30e édition des RVH, est en résonance avec l’actualité. Crédit JL Vezon.
La guerre de l’information, conférence au château avec l’épicente.
Le commerce de centre-ville connait une transformation profonde.
Antoine ZENONI, directeur adjoint des RVH de Blois avec Sophie Cras.
Jean-Noêl Jeaneney, président du Comité scientifique des RVH.
Magcentre était présent aux RVH 2026.
Francis Chevrier, directeur des Rendez-Vous de l’Histoire.
L’Europe, un marché captif pour la Chine et une menace pour notre souveraineté. Crédit JLV.
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