On brûle les livres quand ?

À Vierzon comme ailleurs, les spectacles sont parfois jugés trop engagés, et donner matière à réfléchir devient suspect. Théâtre et culture sont ainsi priés de rentrer dans le rang. Il ne reste plus qu’à savoir quand viendra le temps de s’occuper des bibliothèques.



Par Fabrice Simoes.


Dans la deuxième ville du Cher, le porphyrogénète spirituel d’Alexandre Avril, premier magistrat de Salbris, ne veut pas que l’on sigle « extrême droite » sa majorité municipale, malgré la directive préfectorale (sacré gauchiste ce préfet). Cependant, il ne suffit pas de cracher en l’air pour dire qu’il pleut… par contre on sait d’où vient le vent.

De l’Oncle Tom à celles des définitions d’un quelconque Maître Capello cruciverbiste, il coche toutes les cases. Il ne manque jamais une occasion de conforter le choix préfectoral. Pas plus de droite extrême pour un sou, la dernière en date de ses positions concerne la vie culturelle vierzonnaise. Cette décision entre parfaitement dans le cadre de ce que peut, et probablement doit, proposer un élu extrême droitiste. « Aux Estivales du Canal, on a eu des chansons antifascistes. On paye des gens qui viennent cracher sur la municipalité présente, ou sur les idées qu’on peut porter ou défendre… » Là, on vient clairement d’éliminer un paquet de groupes de rock du champ des possibles dans le jardin de l’abbaye, Trust en premier lieu, les Bérurier Noir itou. Pour les punks, on avait déjà eu un aperçu lors de la venue de Jean-Philippe Tanguy.

À moins que personne n’explique au maire de Vierzon, et à son directeur de cabinet, quelle est la métaphore de Rhinocéros, aucune pièce d’Eugène Ionesco ne devrait donc être proposée, dans les six et demi à venir, sur la scène du théâtre vierzonnais Mac Nab. L’édile, Yannick Le Roux, et son potentiel subalterne, ont probablement banni de leurs playlists le boss, Bruce Springsteen, tout autant que Joan Baez. Des gens qui terminent leurs concerts avec le poing levé, ça ne peut décidément pas le faire !

Culture et extrême droite, un net antagonisme

Les rapports entre la droite pure et la pure culture ont toujours été distendus. Depuis des lustres, on refait la culture comme on refait l’histoire, de manière approximative. On inverse les valeurs pour mieux les détourner, les retourner aussi. On mélange un bout d’onanisme cérébral bourgeois à un bout de beaufitude populiste et non-populaire. Pour amuser le bon peuple, on retapisse les rues pour la procession de Saint-Maclou. On ressuscite la fête du Boudin qui n’a jamais existé. On fait renaître des traditions dont personne n’avait eu connaissance jusque-là. Un nouveau modèle de Panem et circenses.

C’est bien tout l’art de l’Extrême droite. On débaptise le cinéma René-Vautier (Avoir 20 ans dans les Aurès), à Elne, sous prétexte de neutralité politique. On annule une pièce d’Alexis Michalik à Castres, parce qu’elle parle des migrants. Dans une vision culturelle identique, l’élu Marolo-Vierzonnais vient, lui aussi, de sévir dans la programmation du théâtre local. « Je n’ai pas envie de continuer dans cette ambiance régnante d’anticapitalisme, de lutte des classes… Je veux que les gens aillent au théâtre pour se divertir, pas pour qu’on essaie de leur insuffler quelque chose dans l’esprit. » Le sourire de commis voyageur et les lunettes dans les derniers cheveux, etc. On est effectivement bien loin de la lutte des classes.

Depuis que les bistrots sont moins fréquentés, les réseaux sociaux, véritables foires aux bestiaux de l’intelligence, ont pris la relève. Au cœur de ces nouvelles assemblées du peuple où les concombres ne sont plus les seuls masqués, il est préférable que les masses approchent le grand vide cérébral. La manipulation en devient plus aisée. À l’évidence, l’esprit critique est une arme que l’on ne peut confier à tous les cerveaux si on veut gouverner tranquille. Comme chez les militaires où un soldat qui réfléchit est un soldat qui désobéit. À la manière d’un Fahrenheit 451 revisité, théâtre, spectacle et tutti quanti se doivent de passer sous les fourches caudines de ces nouveaux ministères locaux de l’information mode vichyste.

Un spectacle qui met en scène un travailleur résistant à un système de management chez Amazon, ça craint. Ce n’est pas acceptable dans cet ordre nouveau promis pour demain. Parce qu’on n’a pas besoin de sortir de la cuisine de Jupiter, expliquait Coluche, pour avoir un minimum de jugeote, il ne faudrait pas que les spectateurs se mettent à réfléchir en sortant de la salle. Par contre, si on peut maintenir les gens dans l’état de Charlie Gordon au début de Des fleurs pour Algernon, la pilule sera plus facile à faire avaler. Dans un tel contexte, déjà fortement impacté par les restrictions budgétaires, le spectacle vivant pourrait manger chaud au printemps prochain. La liberté d’expression aussi d’ailleurs…

Qu’on se le dise, malgré la croyance populaire, Goebbels, en son temps grand amateur d’autodafés, ne serait pas l’auteur du célèbre « quand j’entends le mot culture je sors mon revolver ». Par contre, selon le chanteur d’Il était une fois, il l’a pensé si fort que les draps s’en souviennent encore.

Image : crédit Unsplash


Plus d’infos autrement :

Ha, si j’étais Belge !

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    12°C
  • vendredi
    • matin 9°C
    • après midi 16°C
Copyright © MagCentre 2012-2026