Moustiques tigres : il faudra désormais adapter nos villes et jardins

Implanté en France depuis 2004, le moustique tigre ne cesse de gagner du terrain dans les grandes agglomérations du Centre-Val de Loire. Face aux risques d’arboviroses (chikungunya, dengue, zika…), adapter nos villes et jardins devient un véritable enjeu de santé publique. Mobilier urbain, aménagement paysager, gestion de l’eau : comment agir à la source pour éviter de « créer du moustique » ? Réponse.
 

The Invascience Company développe des solutions durables pour permettre de profiter des espaces extérieurs en se protégeant des moustiques. Photo The Invascience Company.


Par Estelle Boutheloup.


Ils étaient partout cet été ! Sur les terrasses, dans les jardins, les maisons… Un cas autochtone de Chikungunya a même été confirmé fin septembre à Orléans, donnant lieu à une opération de démoustication pour limiter les risques de transmission. En cause les vagues successives de canicules ? « En période de fortes chaleurs, il n’y a pas de moustiques tigres : il fait trop chaud pour eux, ils ne résistent pas », explique Yseult de Dreuille, entomologiste médicale pour The Invascience Company (Toulouse) et spécialiste du moustique tigre. « En revanche, si plusieurs facteurs favorables sont réunis, ils se développent. À savoir : une température entre 18°C et 30°C. Une paroi humide où va pondre la femelle. De l’humidité pour les gîtes larvaires : quelques millimètres d’eau stagnante suffisent pour que les œufs se développent. Une zone de repos ombragée et végétalisée. Et des hôtes, les femelles se nourrissant du sang humain ou d’animaux. » 

Éviter l’eau stagnante

Quasiment présent dans toute la France métropolitaine, aedes albopictus a fortement progressé ces dernières années, incitant Santé publique France et l’ARS à renforcer la période de surveillance du moustique du 1er mai au 30 novembre. En Centre-Val de Loire, l’Agence régionale de santé souligne même une augmentation de 40 % de communes colonisées en 2025 et près de 45 % de la population régionale concernée par un risque potentiel de transmission épidémique d’arbovirose, voire 65 % en Indre-et-Loire et 56 % dans le Loiret. « Il faut donc prévenir avant d’agir », poursuit l’entomologiste médicale. Comment ? « En évitant de créer du moustique notamment en milieu urbain où il s’est fortement adapté. »  

Ainsi, l’aménagement de nos villes et jardins devra être repensé. « Continuer à les végétaliser bien sûr mais en évitant des dispositifs qui favorisent l’eau stagnante. » Par exemple les terrasses sur plot où l’eau s’accumule et s’évapore moins vite, les gouttières sans pare-feuilles, les arrosoirs et coupelles de pots de fleurs et de plantes à vider, retourner ou supprimer, les citernes de récupération d’eau à protéger d’un filet… « Éviter d’installer du mobilier urbain qui présente des creux, des cavités, des rétentions d’eau comme des bancs incurvés, certains équipements de parcours sportifs ou des jeux de jardins publics, certains types de poubelles, les avaloirs d’eau pluviale, et dans les cimetières attention aux vases et aux caveaux qui ne sont pas hermétiques : les moustiques y repèrent et sentent les molécules d’eau. » Chez soi aussi il faut être vigilant avec les outils de jardin ou encore les jouets d’enfant à abriter de la pluie.
 

La borne à CO2 est un leurre qui piège les femelles qui cherchent à piquer en imitant la respiration et l’odeur humaine. Photo The Invascience Company.

Une législation nécessaire ? 

« C’est une lutte collective qui ne peut pas reposer que sur un particulier. Les moustiques se déplaçant dans un rayon de 150 à 200 mètres, il faut que chacun agisse à l’échelle de son quartier. » Plus encore. Les villes aussi doivent agir concrètement et prendre en compte dans leurs projets d’urbanisme l’évolution des connaissances établies sur le moustique tigre, voire l’intégrer dans le cahier des charges des promoteurs immobiliers : « une législation à l’échelle d’une ville devient nécessaire pour tirer la sonnette d’alarme et faire en sorte d’éviter qu’on en arrive comme à l’Île de la Réunion », souligne Yseult de Dreuille. Les professionnels et les communes peuvent faire appel à un réseau de surveillance comme Santé publique France, l’ARS, l’IRD, La Fredon pour les aider à la prise de décision, mais aussi à qualifier et identifier les moustiques sur le territoire, ou encore à installer des pièges pondoirs et à CO2, indicateurs d’abondance. 

Si la TIS (Technique de l’Insecte Stérile), aujourd’hui en test à Toulouse, a pu réduire la quantité de moustiques de 60 à 70 % sur l’île de La Réunion, les particuliers peuvent en attendant recourir aux larvicides biologiques, aux moustiquaires ou boîtes à moustiques. Car, prévient l’entomologiste médicale, « le moustique tigre ne peut pas être éradiqué et il faut s’attendre, dans les années à venir, à en avoir de plus en plus. »

Photo de Une : Pixabay


Plus d’infos autrement :

La menace du moustique tigre en Centre-Val de Loire

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