2027, annus horribilis pour la Région Centre-Val de Loire ?

Le budget régional qui sera voté le 17 décembre passera une première étape ce jeudi à Orléans lors de la session consacrée aux orientations budgétaires. Les mauvaises nouvelles s’accumulent avec un nouvel effondrement des dotations gouvernementales.
 

Ce jeudi 5 novembre à Orléans, les élus régionaux se réunissent pour une session consacrée aux orientations budgétaires. ©Magcentre
 
 
Par Jean-Jacques Talpin.
 
 

Ter repetita ! Pour la troisième fois, la Région Centre-Val de Loire connaîtra l’an prochain un budget de crise. Rien d’étonnant quand on connaît la situation budgétaire du pays, sous réserve qu’un budget national 2027 soit adopté, dans la mesure où les finances régionales, de moins en moins autonomes, dépendent largement des « largesses » de l’État avec des impacts qui se répercutent dans les territoires.

Les élus régionaux se retrouveront ce jeudi 5 novembre à Orléans pour une session consacrée aux orientations budgétaires, premières esquisses d’un document financier qui doit présenter les grandes lignes du prochain exercice. À ce niveau rien de bon ne s’annonce ! Le président régional François Bonneau va donc monter une nouvelle fois au créneau pour dénoncer une chute des dotations gouvernementales mais aussi le non-respect – répété – de la parole de l’État dans plusieurs programmes.

La parole de l’État en question !

« En 2025 et 2026, l’État nous a réduit à chaque fois ses dotations de 50 millions d’euros. En 2027 ce seront 68 millions, ce qui fera pour nous une perte de recettes de 168 millions en trois ans », explique-t-il. Le désengagement de l’État se manifeste d’abord par le non-respect d’engagements successifs. C’est vrai notamment pour le financement des trois lignes desservies par des « trains d’équilibre du territoire » (Paris-Orléans-Tours, Paris-Bourges-Montluçon, Paris-Montargis-Nevers) pour lesquelles l’État envisage de rayer d’un train de plume un engagement de financement de 24 M€. C’est vrai aussi pour la formation professionnelle dont la part de l’État passera entre 2024 et 2027 de 51 M€ à… 0. Mais c’est vrai encore pour l’apprentissage, la santé avec le protocole Ségur et bien d’autres dispositifs. Face à ces désengagements, la Région envisage bien sûr des économies, notamment sur la formation professionnelle et l’investissement mais sans renoncer à ses priorités et à ses investissements (estimés à 500 millions en 2027). Et surtout, précise François Bonneau, « nous allons préserver toutes les mesures qui protègent le pouvoir d’achat des habitants de la région » : gratuité des transports pour les jeunes le week-end (la gratuité en semaine est renvoyée à plus tard), gratuité des manuels scolaires, des ordinateurs, aide aux licences sportives, tarif social de la restauration scolaire, etc. Pas question non plus de « faire de la culture – dont le budget sera préservé – une variable d’ajustement budgétaire ».

Répondre à la crise lycéenne

Cette sauvegarde des politiques de solidarité est d’autant plus nécessaire que « la colère gronde » et que « les gens décrochent de plus en plus de la vie matérielle confrontés à l’inflation, aux hausses des prix des énergies et aux attaques contre le pouvoir d’achat ».

C’est également le cas pour répondre à la crise lycéenne avec des investissements compris chaque année entre 80 et 100 millions. Après l’isolation contre le froid, la Région va faire un effort (+5 millions dès cette année) pour l’isolation contre la chaleur avec protections solaires, isolation, achat de brasseurs d’air, sans exclure une climatisation partielle. Tout cela ne résoudra pas pour autant en profondeur la crise lycéenne que François Bonneau, ancien chef d’établissement dans le Montargois, comprend et attribue d’abord à la réforme Blanquer… un temps candidat aux législatives dans le Montargois !

Le CESER (Conseil économique, social et environnemental), réuni lundi dernier sous la présidence de Pierre Allorant, partage les craintes du conseil régional et lui attribue un satisfecit global. Et cela d’autant plus que la Région s’oriente vers une planification de ses investissements, vieille revendication du Ceser qui plaide depuis des années pour un recentrage et une priorisation des investissements de la Région sur ses compétences exclusives (formation, mobilité) avant ses compétences partagées ou facultatives (enseignement supérieur, culture, santé).

2027 année politique !

Le Ceser tempère cependant les inquiétudes régionales en rappelant que l’an prochain le montant des recettes régionales dépassera de 24 millions le montant de 2026 grâce notamment aux recettes de cartes grises ou du versement mobilités. Le rapporteur du Ceser Pierre-Yves Brun appose également un gros point d’interrogation à l’exercice budgétaire 2027 en rappelant que l’élection présidentielle puis les probables législatives « pourront générer de nouveaux arbitrages en cours d’année »… mais sans pour autant s’engager à prendre position sur le caractère positif ou prometteur pour l’avenir de ces choix politiques…

L’année 2027 sera aussi marquée par la fin du Contrat de plan État/Région (CPER), document contractuel associant État et Région (avec éventuellement les départements) sur les grands investissements. Pour 2021-2027, ce contrat pèse 1,4 milliard pour le Centre-Val de Loire. Que sera le prochain contrat 2028-2032 ? François Bonneau s’en inquiète. « Les discussions n’ont pas débuté avec l’État, c’est inquiétant alors que le CPER doit débuter en 2028. Ce ne sera sans doute pas possible avec un risque d’année blanche en 2028 ».

2027 avant les régionales de 2028 !

Autre incertitude avec les fonds européens pour la période 2028-2034 : la région qui gère ces crédits a tout dépensé de la précédente enveloppe… ce qui correspond d’abord à un critère de bonne gestion. Cela réjouit d’ailleurs le Ceser. Pour le prochain contrat, les trois fonds européens (Feder, FSE, Feoga pour les crédits de développement régional, du social et de l’agriculture) seront regroupés en une seule enveloppe. Sur les 90 milliards promis à la France, la part de la région Centre-Val de Loire est encore incertaine même si le conseil régional entend maintenir ses financements communautaires, et même les faire progresser notamment pour l’agriculture.

Autant dire qu’au niveau budgétaire, financier et politique, 2027 sera une année charnière. Ce qui en rassure certains et en effraie beaucoup d’autres, notamment les candidats aux prochaines élections régionales de 2028 !

 
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