Le retour de l’Empire

De Vierzon à Montargis, en passant par Orléans ou Salbris, l’extrême droite avance ses pions et impose sa marque en réveillant les vieux démons. Derrière les habits de bonne famille, certaines logiques impérialistes d’hier reprennent ainsi du service.
 

Une pancarte contre le RN lors de la manifestation contre l’extrême droite le 17 octobre 2026 à Orléans. ©Magcentre
 
 
Par Fabrice Simoes.
 
 

La présence de l’extrême droite, en région Centre-Val de Loire comme ailleurs dans l’hexagone, a le don de créer des polémiques là où, généralement, il n’en existait pas jusqu’alors. C’est le cas à Vierzon avec une polarisation de la vindicte, basée sur des critères sociaux ou de couleur, de la majorité municipale à l’encontre de ses opposants identifiés. C’est le cas à Salbris avec l’incitation à l’installation de nouveaux habitants, bien propres sur eux. À partir d’une campagne d’affiches IA, sur les réseaux sociaux itou, en contrepoint des récentes manifestations nationales, est ainsi proposé un grand remplacement des populations en place. C’est le cas à Montargis avec l’augmentation de l’indemnité allouée au maire et, pour toute réponse à l’opposition, une espèce de « parce que je le vaux bien », tel un slogan publicitaire du siècle dernier. C’est le cas à Orléans, avec la mise à disposition gratuite des transports pour les militants RN se rendant au meeting national dans la capitale régionale. À chaque populiste son bouquet d’épines sans les roses au bout de la tige.

Quand le vernis craque

Quelles qu’elles soient, ces inopinées éruptions d’acné sur le visage devenu lisse du RN et de ses inféodés démontrent que, derrière un discours policé, l’autoritarisme le dispute à des relents de néocolonialisme. Et comme souvent l’un ne va pas sans l’autre… Même maquillé comme une voiture volée, ça se gâte toujours quand les pustules éclatent !

Sur ces territoires conquis se reconstruit un ancien-nouveau monde, une société bipolaire qui s’appuie sur un substrat d’idéologie impérialiste du XIXe siècle. D’un côté de la route se crée une utopie bourgeoise de l’entre-soi de gens bien comme il faut. La vitrine passe par des galeries d’art, espaces de génuflexions artistiques où le beau se doit d’être codifié. Là, l’éphémère, comme les graphs, n’a pas sa place. Surtout pas de ces saltimbanques qui laissent penser qu’un monde différent puisse exister. Sur le trottoir d’en face s’amalgame une communauté qui pensait s’être émancipée des tutelles de classe. C’est celle-ci qu’il convient de maintenir sous syndrome de Stockholm, pièces de Barillet et Grédy, décors de Roger Hart et costumes de Donald Cardwell, à l’appui. Il faut, en des lieux de culture dévolus au bon peuple, ne pas donner libre cours à la réflexion. Réfléchir c’est déjà désobéir ! À Vierzon le premier magistrat l’assume : « Quel bonheur de retrouver une artiste qui vient simplement faire ce qu’elle sait faire de mieux : chanter, partager son talent et nous faire passer un beau moment. Juste de la musique, de la joie et de l’élégance. Comme quoi, parfois, la plus belle des prises de position, c’est de n’en imposer aucune. » Manquerait plus que l’artiste pense, le fasse savoir et que les spectateurs fassent de même.

Morts ou vifs, choisis ton camp camarade

En Sologne, on retrouve ces demeures cossues au milieu des bois devenus châteaux. Elles n’avaient pas disparu, toujours occupées par une noblesse d’argent et d’héritage venue en toute quiétude retrouver sa « campagne ». Elles étaient juste un peu masquées par ces pavillons et lotissements populaires dévolus à la plèbe locale. Il est désormais convenu que ses circonvolutions vociférantes doivent rappeler l’ancien « À vous Monsieur le Comte » des jours de chasse plutôt qu’une quelconque revendication.

Aux confins du Berry, l’emploi industriel, autant en voie d’extinction qu’un dinosaure au lendemain de l’impact d’un astéroïde géant au Mexique, n’émet plus que l’assourdissant silence des voix d’un prolétariat éteint. Quant à la Venise du Gâtinais, le recul des derniers services de l’État suffit à lui seul à rendre plus malléables des esprits déjà plombés par une vorace diagonale du vide qui avale tout, véritable trou noir au cœur d’une galaxie perdue.

Dans ce contexte, il y a ceux qui s’en accommodent, émules de Jean Dutour et d’Au bon beurre, espérant en tirer un vrai bénéfice. Ceux-là donnent du « Monsieur », du « Madame » à quiconque. Il y a ceux qui négocient la longueur et le diamètre des maillons de la chaîne pour ne pas être trop blessés, espérant en une ultime miette, comme les six bons numéros et le numéro complémentaire au loto de la vie. Ceux-là baissent la tête. Ils n’ont plus la casquette à la main, mais le « not’bon maître » n’est pas si loin. Enfin, il y a ceux, pas forcément les plus nombreux, qui se rebiffent, moins caves, espérant en un avenir meilleur. Ceux-là sont vivants. Comme dans les chansons, au fond du bus, au retour du match du dimanche après-midi, car ils gueulent encore. Car ils gueulent encore…

 
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Commentaires

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  1. J’ose le dire très timidement : je trouve hasardeux un certain nombre d’éléments de ce papier, des rapprochements tirés par les cheveux. Mais peut-être y a t il du vrai dans cette peinture sociologique bien écrite et donc pas désagréable à lire, il faut en convenir.

  2. Les capitalistes (aujourd’hui une poignée d’ultrariches et puissants par leur argent) sentent que la situation pourrait leur échapper (montée de la misère, catastrophes climatiques, rejet des “nouvelles “techniques, jeunes gens qui se révoltent…) quoi de mieux que la brutalité, surtout si ce sont des nervis, des gens habitués à la haine des autres qui se chargent du boulot de répression et de restriction des libertés.
    Qu’on les qualifie de fascistes, néonazis ou autres qualificatifs signifiant en fait une gestion des masses,qui osent se révolter ou qui sont stigmatisées pour leurs différences par la terreur et le mensonge, la flatterie pour les autres, la démagogie, l’essentiel pour les capitalistes c’est que leur pouvoir par l’argent ne soit pas remis en question.
    Mais s’ils estiment que le FN-RN n’est pas le bon cheval, voire même s’ils se disent que Philippe ne peut pas être mis en selle, en scène, ils n’hésiteront pas à faire avec le projet social libéral de LFI comme avec la coalition sociale libérale de 1981 , ils donneront un peu de mou un an ou deux pour mieux presser le fruit ensuite n’hésitant pas à faire faire réprimer avec les Hordes Intérieures de Sécurité HIS ex CRS toute tentative de prise du pouvoir par la population.

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