Dimanche après midi, au cinéma Les Carmes d’Orléans, le Cercil a rendu un vibrant hommage à sa fondatrice Hélène Mouchard-Zay, décédée le 2 mars dernier. Femmes et hommes engagés dans la mémoire de la Shoah et/ou amis ainsi que des documents vidéo ont dressé un magnifique portrait de cette infatigable militante de l’humanisme et de l’intelligence.

Hélène Mouchard-Zay en 2020. Photo Cercil.
Le jour choisi est celui de l’anniversaire de la rafle du « billet vert », le 14 mai 1941, les premiers internements de Juifs en France. Il s’agissait alors de 3700 Juifs étrangers venus de l’Est, qui ont « inauguré » le camp de Pithiviers. Ce camp qu’Hélène Mouchard-Zay a remis dans les livres d’histoire, alors que son existence était prête à s’effacer des mémoires.

Hélène et Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoa. Photo Cercil.
Conçu et orchestré par Annaïg Lefeuvre, cet hommage a rassemblé des témoignages de personnalités qui ont travaillé avec Hélène, qui ont œuvré dans le même sens. Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah à Paris, a rappelé avec émotion le jour ou Hélène lui a confié les clefs du Cercil, Centre d’Etude et de Recherche sur les Camps d’Internement dans le Loiret, qu’elle avait fondé avec Eliane Klein et Henri Bulavko. Il a rappelé son attachement à l’éducation, à la transmission de cette histoire. Annette Wieviorka, historienne renommée, a ensuite racontée sa rencontre et sa longue amitié avec Hélène.
La photo d’Aline
Eric Cénat a alors lu un texte d’Hélène à propos de la photo d’Aline Korenbajzer, cette petite fille avec sa poupée qui a tellement marqué Hélène, au point qu’elle en a fait la référence du Cercil. Car en plus de l’horreur de l’extermination des adultes, Hélène s’est attachée à celle des enfants. C’est pourquoi le Cercil a pour sous-titre Musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv Orléans. Ils se sont tous retrouvés dans les camps du Loiret, séparés de leurs parents et pour beaucoup en transit vers les camps de la mort.

Aline Korenbajzer est assassinée à Auschwitz le 31 août 1942, le jour anniversaire de ses trois ans. Photo Cercil.
Il y avait aussi des document audio-visuels intercalés, dont une formidable interview, réalisée par FR3, de Simone Veil lorsqu’elle est venue lors d’une exposition à la mairie d’Orléans, en 1992. En quelques mots lumineux, elle récapitule l’histoire de la mémoire de la Shoah avec une clairvoyance époustouflante, rappelant la nécessité, à la sortie de la guerre, de réunifier avant tout autre chose la population française.

Hélène et la pédagogie, en janvier 2015 avec un groupe d’enfants. Photo Cercil.
Et puis des interviews d’Hélène soit pour des radios ou des télévisions, soit en documents internes du Cercil. Notamment celle où elle raconte sa création. Elle y rappelle qu’un lieu de mémoire n’a de sens, de vie, que s’il s’y passe constamment quelque chose. D’où la bibliothèque et les archives pour que les historiens puissent travailler, les expositions, les conférences, les projections de films, les concerts. Et Annaïg Lefeuvre, présidente du Cercil, s’y emploie avec beaucoup d’énergie. Cet hommage en est un beau témoignage.