[Rétro] Montargis : autopsie d’un déclassement

Pendant la trêve estivale, Magcentre prend le temps de revenir sur l’actualité qui a rythmé cette première moitié de l’année 2026. Nous vous proposons quelques articles qui ont marqué ces derniers mois.

Première publication jeudi 30 avril 2026

Ancien maire communiste de Montargis (1997-2001), arrivé en 1967 comme cheminot et élu dès 1977 aux côtés de Max Nublat (PCF), Jacques Reboul porte un regard sans détour sur l’évolution de la ville. Il décrit un déclassement progressif, qu’il attribue à des choix économiques et politiques accumulés sur plusieurs décennies.
 

À Montargis, l’ancienne Banque de France (à droite) reconvertie en logements incarne le lent effacement des services publics dans la ville centre – photo Izabel Tognarelli



Par Izabel Tognarelli


« Le Montargis que j’ai connu dans les années 1970 était une ville en pleine transformation », rappelle Jacques Reboul. Portée par les grands programmes de logements des décennies précédentes, la ville gagnait alors des habitants et attirait une population jeune. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 18 000 habitants dans les années 1970, contre 14 825 aujourd’hui. « C’étaient des jeunes couples, souvent ouvriers ou employés, avec une vraie diversité sociale. Cette diversité changeait complètement l’ambiance de la ville. »

Mais dès la fin des années 1970, un premier basculement s’opère. L’accession à la propriété en périphérie vide progressivement la ville-centre au profit d’Amilly, Châlette-sur-Loing ou Villemandeur. « La population de ces communes a augmenté pendant que celle de Montargis diminuait. » Un phénomène classique, mais dont les effets se cumulent avec une autre évolution : le vieillissement de la population restée sur place.

Désindustrialisation et fragilisation sociale

Parallèlement, le socle industriel du Montargois se fissure. « À partir du milieu des années 1970, les entreprises ont commencé à licencier puis à fermer. » Jacques Reboul rappelle que l’usine Hutchinson de Châlette-sur-Loing est passée de 5 000 ouvriers dans les années 60 à environ 1 000 salariés actuellement. De multiples sites industriels ont aujourd’hui disparu. « L’appauvrissement des couches populaires a été énorme, et il continue. »

À cette désindustrialisation s’ajoute un phénomène plus diffus mais tout aussi déstructurant : la disparition progressive des commerces de centre-ville, au profit des zones périphériques.

La fermeture de l’EAT : « un choc dont la ville ne s’est jamais relevée »

Mais pour l’ancien maire, la fermeture de l’École d’application des transmissions (EAT) dans les années 1990 est l’événement qui surpasse tous les autres, un véritable coup de massue.

L’établissement représentait alors bien plus qu’un site militaire : « C’était environ un millier de personnes, sans compter les familles. 200 à 250 foyers, installés durablement, impliqués dans la vie locale. » Parents d’élèves, encadrants associatifs, acteurs du tissu sportif et culturel : leur présence irriguait toute la ville. « Je ne suis pas militariste, mais je fais ce constat : tant qu’ils étaient là, Montargis était une autre ville. »

Au milieu des années 1990, le gouvernement d’Édouard Balladur décide de dissoudre l’EAT, avec une fermeture effective au début des années 2000. Tous les personnels sont partis en quelques années, emportant avec eux une part importante de la vie sociale locale.

Jacques Reboul insiste sur ce qu’il considère comme une faute politique majeure : « L’impact n’a jamais été mesuré. Ni sur la démographie, ni sur la vie associative, ni sur l’économie locale. » Le remplacement temporaire par une école de gendarmerie n’a, selon lui, jamais compensé la perte : « Le nombre d’élèves n’était pas le même et ils savaient qu’ils ne restaient pas très longtemps. » Sa conclusion est sans appel : « De ce coup-là, Montargis ne s’est jamais relevé. »

À Montargis, la caserne Gudin, ex-site de l’École d’application des transmissions, témoigne des conséquences durables du départ des militaires sur la ville – photo Izabel Tognarelli

Services publics et sentiment de relégation

À ce choc s’ajoute, dans les années suivantes, une érosion continue des services publics, souvent recentrés vers Orléans, notamment la Banque de France et les douanes, tandis que les menaces pèsent toujours sur d’autres services, comme partout en France.

Le constat est le même pour les infrastructures : la disparition de la ligne SNCF vers Orléans symbolise, pour Jacques Reboul, un abandon progressif des services publics. « Peut-être n’était-elle pas très fréquentée, mais cela faisait partie de ces voies de communication qui desservaient le territoire et rendaient service aux habitants ».

Ce sentiment de relégation est accentué par la position géographique de Montargis, à l’écart de l’axe ligérien qui structure la région Centre-Val de Loire. « Quand on parle de Montargis, on parle de l’autre bout du monde », résume-t-il, non sans ironie.

Une ville plus pauvre et plus inégalitaire

Résultat, une ville qui perd des habitants, mais aussi sa cohésion sociale. « Aujourd’hui, beaucoup de logements sont occupés par une seule personne là où il y en avait plusieurs. » Et les inégalités se creusent : « Vous avez des gens très pauvres qui côtoient des personnes avec un bon patrimoine. »

Au-delà des chiffres, Jacques Reboul pointe une rupture plus profonde, presque morale. « Dans les années 1970, il y avait un espoir. Aujourd’hui, l’avenir est sombre. » Moins de mobilisation, moins de participation électorale, moins de perspectives : « Je crains que nous n’ayons pas encore touché le fond. »

Son diagnostic est sévère, mais argumenté : pour l’ancien maire, le déclassement de Montargis n’est pas une fatalité isolée, mais le symptôme d’un affaiblissement plus large des villes moyennes, prises en étau entre métropolisation et retrait de l’État.


Plus d’infos autrement :

À Montargis, « il faut savoir piloter », répond Jean-Pierre Door à Côme Dunis

Commentaires

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  1. Montargis : un changement de façade, mais le même naufrage
    L’article de MagCentre met en lumière le déclassement historique de Montargis. Si le départ de Benoît Digeon a au moins eu le mérite de nous faire sombrer un peu moins vite, force est de constater qu’il n’y a eu aucun réel changement de cap avec les nouveaux maires RN de Montargis et d’Amilly.
    Sous leur mandature, la politique reste tristement la même :
    Un patrimoine bradé : Ils continuent de laisser mourir la Maison Feuillette et ne voient aucun inconvénient à brader le patrimoine local à Nexity, sans la moindre mise en concurrence transparente.
    Des projets en panne sèche : Aucune remise en question de l’appel à projets raté de la rue du Général-Leclerc, et les dossiers structurants restent au point mort.
    L’immobilisme du quotidien : Les incivilités perdurent, la pépinière d’entreprises moisit toujours dans l’enceinte de la déchetterie, et rien n’est fait pour l’emploi ou la formation.
    Ces élus se contentent d’une simple gestion à courte vue, totalement dépourvue de vision d’ensemble ou d’ambition pour le territoire. Incapables de se projeter, ils se limitent à gérer les problèmes au compte-gouttes, pendant que les décisions cosmétiques ou inutiles — comme le projet de couverture du Vélodrome — se succèdent sans rien résoudre du fond du problème.

  2. Il oublie de dire que l arrivée en masse de gens d ailleurs y sont pour quelques chose
    Les communes dont il parle sont peuplées de gens venus d ailleurs
    Mais certainement pas de gens locaux.Il est devenu Maire sur la démission de Mr Nublat car jamais il n aurait été élu ,il fait parti de ces personnes qui ont été d accord sur le déclin de la ville son parti ne propose pas grand chose pour sortir de cette situation mis à part être contre tout sans arrêt

  3. Quand je lis le commentaire de Mr Proffit c’est à mourir de rire, lui le fossoyeur de la caserne, 10 ans de perdu à cause de leurs recours.
    Et bien sûr aucune proposition concrète de sa part.

  4. Ce sont surtout les locaux qui par leur mauvais accueil, comme dans de nombreuses villes du Loiret qui ne nous invitent pas à venir. Remettez vous en cause.

  5. Comment pouvez vous accuser les nouveaux maires de Montargis et Amilly ? alors qu’ils n’ont été élus que depuis cinq mois et de plus le Maire de Montargis a été obligé de démissionner pour cause médicale ( je luis souhaite un prompt rétablissement ) . Vous êtes vraiment de mauvaise foie

Les commentaires pour cet article sont clos.

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